Par Vincent Clairmont
En octobre, l'inflation de la zone euro a atteint 4,0 % et l'énergie +20,8 %. En septembre, la production industrielle française a reculé de 0,5 %, et les prix de production ont pris 8,2 % sur un an. Le 9 juin, nous écrivions que la stagflation n'était pas un accident. Elle vient de faire un pas de plus.
Mercredi 4 novembre, l'estimation rapide d'Eurostat a situé l'inflation de la zone euro à 4,0 % sur un an en octobre, son plus haut niveau depuis septembre 2023. L'énergie a augmenté de 20,8 %. L'inflation sous-jacente, qui exclut l'énergie et l'alimentation, est restée à 2,5 %. Dans l'Union à vingt-sept, l'inflation atteignait déjà 3,8 % en septembre.
Jeudi 5 novembre, l'Insee a publié la production industrielle de septembre : −0,5 % sur un mois, alors que le consensus Reuters attendait +0,3 %. Une semaine plus tôt, l'institut avait publié les prix de production de l'industrie : +8,2 % sur un an.
Ma thèse est la suivante. La France n'est pas encore en stagflation, mais elle vient d'en franchir une marche. Elle paie le choc de l'énergie trois fois : à la pompe, à l'usine, puis au guichet de la dette.
D'abord, la pompe
L'écart entre 4,0 % et 2,5 % dit d'où vient l'inflation. Les prix de production le disent plus crûment. Sur un an, le gaz vendu aux industriels a pris 23,4 %, l'électricité 7,5 % et le raffinage 92,4 %. Hors énergie, la hausse est de 3,2 %. Ce n'est pas la planche à billets qui fabrique ce mois-ci la hausse des prix. C'est le détroit d'Ormuz, fermé depuis l'hiver par la guerre contre l'Iran. La planche à billets a fait pire, et plus tôt : elle a laissé une économie incapable de supporter des taux normaux au moment où il le faudrait.
Ensuite, l'usine
Soyons exacts. La baisse de septembre vient de l'énergie, en recul de 3,8 % sur le mois, et surtout de l'électricité. Le manufacturier, lui, progresse de 0,5 %. Ce qu'il faut regarder est ailleurs. Sur le marché français, les prix de production augmentent de 6,8 % sur un an, deux fois plus vite que les prix à la consommation (3,4 % en octobre selon l'Insee). Bastiat appelait cela ce qu'on ne voit pas : une marge qui se comprime. Elle finit soit en hausse des prix de détail six mois plus tard, soit en suppressions de postes. Des prix qui montent et une activité qui cale, c'est la définition même de la stagflation.
L'or le confirme
Il a pris environ 3 % au lendemain des élections américaines et cotait autour de 4 135 dollars jeudi, encore à plus d'un quart sous son record de janvier. Le World Gold Council dit l'essentiel. Au troisième trimestre, les banques centrales ont acheté 321 tonnes, 42 % de plus qu'un an plus tôt. Dans le même temps, la bijouterie est tombée à son plus bas troisième trimestre depuis 2000, et les achats de lingots et de pièces ont reculé de 19 %. Les institutions se couvrent contre les monnaies. Les ménages n'en ont plus les moyens.