Par Thibault de Varenne
Le 14 octobre, l'essence américaine tenait au-dessus de 4 dollars le gallon depuis 158 jours d'affilée, un record. En France, le gazole a pris 68 centimes depuis février. Le 3 novembre, neuf électeurs américains sur dix ont voté sur les prix, et six sur dix ont jugé mauvaise la guerre contre l'Iran.
Le 14 octobre, l'automobiliste américain a battu un record dont il se serait passé. Ce jour-là, selon l'AAA, la fédération des automobile-clubs, le prix moyen de l'essence se maintenait au-dessus de 4 dollars le gallon pour le 158e jour consécutif. Le précédent record datait de 2022, année de l'invasion de l'Ukraine. En février 2026, le gallon valait environ 2,90 dollars. Le 26 octobre, il en valait 4,29, contre 3,05 un an plus tôt. En septembre, le gazole avait touché un sommet historique de 6,53 dollars.
Entre février et octobre, une seule chose suffit à l'expliquer : la guerre.
Le 3 novembre, l'électeur a présenté la note. Selon les enquêtes de sortie des urnes, neuf votants sur dix ont été influencés par le coût de la vie. Six sur dix jugent que l'entrée en guerre contre l'Iran était une mauvaise décision. J'ai dit hier ce que ce désaveu signifiait pour le populisme. Je voudrais aujourd'hui suivre un seul fil : celui qui va d'une réunion à la Maison-Blanche, le 11 février, jusqu'à la pompe.

La chaîne de la facture
Les États-Unis et Israël ont ouvert les hostilités contre l'Iran le 28 février 2026. J'en ai présenté les acteurs le 3 novembre. Je n'en rappelle que la mécanique, que tous les états-majors connaissent depuis quarante ans. Frappé, l'Iran ferme le détroit d'Ormuz, ce goulet entre le golfe Persique et l'océan Indien par où passe d'ordinaire un cinquième du pétrole mondial. Le baril s'envole : le Brent, la référence européenne, a touché 118 dollars en octobre. Le transport suit, puis l'engrais, le chauffage, le panier de la ménagère.

L'Europe paie plus que l'Amérique, parce qu'elle n'a ni pétrole ni gaz à elle. En octobre, dans la zone euro, les prix de l'énergie avaient augmenté de 20,8 % sur un an, et l'inflation était remontée à 4 %. En France, l'énergie a pris 24,1 %. La semaine du 2 octobre, le gazole se vendait 2,356 euros le litre, soit 68 centimes de plus qu'en février.
Voilà la facture. Reste à savoir qui l'a commandée.
Qui a fixé l'heure de la guerre
Le 11 février, à la Maison-Blanche, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a présenté une stratégie complète contre l'Iran. Selon le New York Times, relayé par Ynet sur la foi de responsables anonymes, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, aurait jugé « farfelus » les scénarios de changement de régime. Marco Rubio, le secrétaire d'État, aurait résumé d'un mot plus cru. Le président aurait conclu : « Je crois qu'il faut le faire. »
D'après Reuters, Netanyahou aurait ensuite soutenu, dans un appel téléphonique, qu'il n'y aurait peut-être jamais de meilleure occasion de tuer le Guide suprême. Cet appel aurait précipité l'ordre du 27 février. Le 2 mars, Marco Rubio a dit le

