Le 4 novembre, à Paris, Marine Tondelier a dévoilé « Travailler mieux », son livret thématique de campagne pour la présidentielle d’avril 2027. La dépêche AFP en retient deux phrases : « augmenter le Smic à 2.000 euros brut dès 2027 » et « expérimenter la semaine de 4 jours en 32 heures pendant 3 ans dans 200 entreprises volontaires ». La candidate écologiste promet aussi un congé climatique de cinq jours par an et un droit de veto écologique confié aux comités sociaux et économiques.
Marine Tondelier a présenté, mercredi 4 novembre 2026 à Paris, son livret « Travailler mieux ». La mesure phare tient en une phrase : porter le Smic à 2 000 euros brut dès 2027. Aucun chiffrage du coût n’accompagne la promesse, qui financera cette nouvelle architecture salariale ?
Une hausse imposée aux employeurs mais sans facture présentée
Marine Tondelier propose de porter le Smic à 2 000 euros brut dès 2027. Elle défend également un plafonnement des écarts de rémunération : dans chaque entreprise, le salaire le plus élevé ne pourrait dépasser vingt fois le salaire médian. La mesure ne se limiterait pas à une déclaration de principe. Les entreprises qui ne respecteraient pas cette règle pourraient perdre le bénéfice des aides publiques. Autrement dit, l'accès aux dispositifs de soutien financés par les contribuables serait subordonné à une grille salariale conforme aux exigences politiques de la candidate.
Dans son programme, l'État fixe les règles, mais ce sont les employeurs qui doivent absorber les conséquences financières. Pour une grande entreprise, une hausse des rémunérations peut être intégrée à une stratégie de gestion, négociée avec les représentants du personnel ou répartie sur plusieurs exercices. Pour un boulanger, un restaurateur ou un petit commerçant employant quelques salariés, la marge de manœuvre est autrement réduite. Une augmentation du salaire minimum entraîne aussi des ajustements possibles dans la hiérarchie des rémunérations, sans que la hausse du chiffre d'affaires suive automatiquement.
Le programme ne fournit ni de chiffrage global permettant d'évaluer le coût de cette revalorisation pour les entreprises, ni les éventuelles compensations publiques.
Quatre jours, congé climatique : l'entreprise devient aussi un terrain d'expérimentation administrative
La hausse du Smic n'est qu'une partie du programme. Marine Tondelier souhaite également réduire à 32 heures hebdomadaires, sans diminution de salaire, le temps de travail dans les métiers pénibles et de nuit. Elle propose parallèlement d'expérimenter la semaine de quatre jours en 32 heures pendant trois ans dans 200 entreprises volontaires.
À cela s'ajoutent cinq jours minimum de congé climatique par an, destinés à protéger les salariés confrontés aux températures extrêmes ou aux catastrophes climatiques. La candidate entend aussi donner aux comités sociaux et économiques (CSE) un droit de veto écologique sur certains projets d'entreprise et étendre la clause de conscience environnementale.
Ces dispositions ne sont pas toutes de même nature : certaines relèvent de l'expérimentation, d'autres impliqueraient une modification du droit du travail. Mais leur accumulation dessine une transformation profonde des relations entre employeurs, salariés et administration.
Pour une petite entreprise, la difficulté ne se résume pas au montant inscrit sur le bulletin de paie. Il faut également organiser les remplacements, maintenir les horaires d'ouverture, absorber les absences et préserver la continuité de l'activité. Dans un commerce de proximité où trois ou quatre personnes assurent le fonctionnement quotidien, une réduction du temps de travail sans réduction de salaire suppose soit une augmentation de la productivité, soit des recrutements, soit une réorganisation coûteuse.
La question du financement du congé climatique mérite la même attention. Qui assumera précisément les rémunérations correspondantes ? Quelle sera la répartition entre employeurs et protection sociale ? Le livret présenté le 4 novembre expose les droits envisagés, mais les modalités financières doivent encore être précisées.
Le programme comporte également un volet consacré à la fonction publique : indexation de la valeur du point d'indice sur l'inflation et revalorisation des catégories B et C. L'État entend donc revaloriser simultanément les rémunérations publiques et imposer de nouvelles obligations au secteur privé.
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Le salaire devient un instrument de contrôle des entreprises
Tondelier veut plafonner les écarts de rémunération à 1 pour 20 au sein de chaque entreprise, sous peine de perdre les aides publiques. Le principe n’est pas nouveau : des amendements de gauche l’ont porté à l’Assemblée et au Sénat depuis des années. Ce qui change, c’est la conditionnalité des subventions, qui transforme l’accès à l’argent public en droit de regard administratif sur la structure des salaires.
Dans une TPE, le ratio 1 à 20 est souvent une abstraction. Une entreprise de cinq personnes dont le dirigeant se verse 3 000 euros et dont le salarié le moins payé touche 1 500 euros est à un rapport de 1 à 2. Mais dans une structure de vingt à cinquante salariés, le même dirigeant peut être à 4 000 euros face à un apprenti ou un temps partiel au Smic : le rapport bascule. La conditionnalité créerait ainsi une incitation à ne pas embaucher au Smic, ou à écarter les salariés à temps partiel dont le salaire annualisé tire le ratio vers le bas. Une mesure présentée comme protectrice des bas salaires peut produire l’inverse : moins d’embauches au niveau du salaire minimum dans les entreprises qui dépendent des aides. En 2026, la France a enregistré 52 700 défaillances d’entreprises sur les neuf premiers mois, et les petites structures, les commerces de proximité et la restauration restent « particulièrement exposés » selon le cabinet Altares. Les TPE concentrent trois quarts des procédures collectives.
Cette règle soulève plusieurs questions: comment calculer le salaire médian dans une entreprise employant quelques salariés ? Comment traiter les primes, les rémunérations variables, les filiales ou les dirigeants indépendants ? Et surtout, quelle marge de négociation restera-t-il aux employeurs ? L'administration ne se contenterait plus de contrôler le respect du salaire minimum et des obligations sociales. Elle pourrait aussi intervenir indirectement dans la structure des rémunérations en conditionnant les soutiens publics à une norme définie politiquement. Améliorer les bas salaires et protéger les travailleurs constitue une ambition légitime. Mais une politique salariale ne se finance pas par décret. Elle dépend de la productivité, des marges, de la situation économique des entreprises et de leur capacité à maintenir l'emploi.
C'est précisément là que le programme doit apporter des réponses. Les petites entreprises ne disposent pas des mêmes ressources que les groupes capables de réorganiser leurs activités ou d'absorber des coûts supplémentaires. Sans évaluation précise des conséquences sur les charges, les prix, l'emploi et les finances publiques, la promesse des 2 000 euros reste incomplète. Dans leur courrier du 15 mai 2026 à Matignon, la CPME, l’U2P, la FNSEA et l’UDES soulignaient déjà qu’« alourdir le coût du travail fragiliserait encore davantage les conditions de la croissance ». Le 23 octobre, elles ont réitéré : « En augmentant le coût du travail, le gouvernement menace les augmentations de salaire ».
La candidate écologiste ne les cite pas. Elle promet un plan d’aide, mais le plan n’existe pas dans le document présenté. La seule chose qui existe, ce sont les 21,9 % de salariés des TPE dont le salaire sera mécaniquement renchéri, et les 52 700 entreprises déjà tombées en 2026. Le débat présidentiel ne pourra faire l'économie d'une question élémentaire : qui paiera, concrètement, cette transformation ?
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Rédaction