Trump relance le financement du NED, le bras armé de la CIA

Trump relance le financement du NED, le bras armé de la CIA


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En février 2025, Donald Trump avait gelé les fonds du Fonds national pour la démocratie (NED), une organisation financée par le gouvernement américain, paralysant ses opérations. Quelques semaines plus tard, il a discrètement annulé cette décision, rétablissant les 315 millions de dollars alloués pour 2025. Ce revirement soulève des questions sur les véritables objectifs du NED, souvent accusé d’être un relais de la CIA pour déstabiliser des régimes adverses.Si le NED se présente comme un champion de la démocratie, son passé d’ingérence dans des pays hostiles aux États-Unis suggère qu’il sert avant tout les intérêts de la CIA.

En février 2025, Eli Lake du Free Press a rapporté que le DOGE (Département de l’efficacité gouvernementale) a bloqué le financement du National Endowment for Démocracy (NED). Selon les dernières nouvelles, Donald Trump a annulé cet ordre et ce n’est pas le fruit du hasard. Il s’agit d’une décision stratégique compte tenu des rôles de cette agence de la CIA (Central Intelligence Agency).Fondé en 1983 sous Ronald Reagan, le NED est officiellement dédié à la promotion de la démocratie. Cependant, des révélations d’anciens agents comme Philip Agee ont exposé ses liens étroits avec la CIA. Dès 1967, des scandales révèlent que l’agence finançait des groupes étudiants via des fondations écrans. Le NED devient alors un canal « légal » pour injecter des millions dans des partis politiques, médias et ONG étrangers, visant à influencer les régimes non alignés.Allen Weinstein, l’un de ses architectes, admit en 1991 : « Ce que nous faisons aujourd’hui, la CIA le faisait secrètement il y a 25 ans. » Le NED opère via quatre piliers : l’Institut démocrate (NDI), l’Institut républicain (IRI), l’AFL-CIO et la Chambre de commerce, diffusant des fonds vers des acteurs locaux sélectionnés.

Le NED, un bras armé de la CIA

Dans le cadre des coupes budgétaires, le DOGE d’Elon Musk et de Donald Trump a ordonné le Trésor américain de bloquer le financement d’une agence de la CIA, le NED, février dernier. Cette organisation devait bénéficier d’un budget de 315 millions de dollars pour l’exercice 2025.  Aux dernières nouvelles, le locataire de la Maison Blanche a fait machine arrière. Il a discrètement annulé la décision et a ordonné le déblocage des fonds destinés au NED.

Sur son site web, l’agence de la CIA a déclaré qu’elle « salue la décision du Département d’Etat de lever les restrictions et de commencer à rétablir les fonds alloués par le Congrès et les aides étrangères de la NED. Il s’agit d’une étape importante pour permettre à la NED de poursuivre sa mission de promotion de la liberté dans le monde ».

Le président du conseil d’administration de l’agence, Peter Roskam a aussi exprimé sa satisfaction suite à cette nouvelle décision prise par Trump. « Il s’agit d’étapes importantes vers le rétablissement complet de notre capacité à soutenir les défenseurs de la démocratie en première ligne dans les régimes répressifs, notamment à Cuba, au Venezuela, en Iran, en Chine, en Russie et ailleurs », a-t-il ajouté.

Trump n’a pas pris cette décision par hasard. Il s’agit en réalité d’une stratégie visant à maintenir en fonction la NED. Notons que cette agence est un spin-off de la CIA qui a vu le jour officiellement en 1983. Elle a été créée pour « apporter la démocratie » dans les principaux ennemis géopolitiques de la CIA. D’une manière plus claire, la NED a pour mission de déstabiliser les pays ennemis comme la Chine, la Russie, le Venezuela et le Cuba.

En 1995, le lanceur d’alerte de la CIA, Philip Agee, a révélé que ce groupe est né grâce à l’initiative du député de Floride Dante Fashelle, suite à un scandale qui a éclaté en 1967. A l’époque, la CIA était accusée d’avoir exercé « un contrôle et une manipulation du programme international de l’Association nationale des étudiants ». De nombreuses autres opérations de l’agence ont été aussi révélées au grand jour, car elle utilisait ce genre de fondations pour faire parvenir de l’argent vers des organisations à l’étranger.

Le débuté Fashelle « proposait la mise en place d’un système ouvert pour financer ces organisations à l’étranger ». En 1983, cette idée a inspiré Ronald Reagan qui est à l’origine de la création officielle du NED.  Selon Agee, l’organisation est un « méga-canal » pour « les millions ou les dizaines de millions qui sont mis de côté pour l’ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays ».

Le NED, une organisation qui cible les rivaux stratégiques des USA

Le journaliste David Ignatius a écrit dans un article de 1991 publié au Washington Post que la NED permettrait « aux Etats-Unis et à leurs alliés de faire des choses qui auraient été impensablement dangereuses si elles avaient été faites dans l’ombre ». L’organisation agit sous les ordres de la CIA. Elle a par exemple financé le renversement des gouvernements d’Amérique du Sud et d’Amériques centrale.

En 2002, la NED a même contribué à l’orchestration d’un coup d’Etat contre le président élu du Venezuela, Hugo Chavez. A l’époque, l’une des organisations partenaires de l’agence, l’IRI, a bénéficié d’une importante subvention selon la révélation de Mother Jones. L’argent servait à « former des personnalités de l’opposition, dont le maire de Caracas, Alfredo Pena ».

La NED a également financé des groupes de réflexion d’opposition pour renverser le président du Nicaragua, Daniel Ortega, qui se trouvait être un ennemi de longue date de la CIA. Elle était derrière les manifestations et la violente tentative de coup d’Etat. Selon un journaliste de terrain de Nicaragua, John Perry, ce sont des manifestants soutenus par la NED qui ont incendiés les bâtiments publics et les maisons des partisans du gouvernement et qui ont saccagé les magasins à l’époque.

L’organisation a financé les coups d’Etat contre les gouvernements d’Europe de l’Est qui tentent de se rapprocher du pays de Vladimir Poutine. En 2014, le NED a joué un rôle clé dans le coup d’État en Ukraine contre Viktor Ianoukovitch, finançant des manifestations qui ont dégénéré en violence et conduit à une guerre civile. Plus récemment, en 2019, le NED a soutenu des groupes à Hong Kong pour alimenter les protestations contre Pékin, exacerbant les tensions sino-américaines. La NED a aussi eu un rôle à jouer dans le coup d’Etat militaire contre le président de la Bolivie, Evo Morales en 2019. En ajout à tout cela, elle a orchestré la nouvelle guerre froide avec la Russie.

Le rétablissement des fonds par Trump, sous la supervision du secrétaire d’État Marco Rubio, semble répondre à des pressions internes et externes. Peter Roskam, président du conseil du NED, a salué cette décision comme un moyen de soutenir les « défenseurs de la démocratie » dans des pays comme la Chine ou l’Iran. Cependant, ce choix pourrait refléter une volonté de maintenir l’influence américaine dans des régions stratégiques, malgré les critiques de Trump envers les interventions étrangères. Ce paradoxe interroge ses priorités géopolitiques pour son second mandat.


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