Royaume –Uni : l’enquête COVID dénonce les contrats opaques dans le marché des EPI

Royaume –Uni : l’enquête COVID dénonce les contrats opaques dans le marché des EPI


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L’enquête publique britannique sur la gestion des équipements de protection individuelle (EPI) durant la pandémie a rejeté une demande tardive de Michelle Mone et de son mari, Doug Barrowman, visant à participer aux auditions. Le couple, impliqué dans l’attribution controversée de contrats à leur société PPE Medpro, souhaitait accéder à des preuves et interroger des témoins. Une décision qui soulève de nouvelles interrogations sur l’opacité des « voies VIP » et l’utilisation de 15 milliards d’euros de fonds publics.

L’enquête sur le Covid a refusé la demande de Michelle Mone et de son mari Doug Barrowman à devenir des « participants principaux » à l’investigation. Un tel statut leur aurait permis d’accéder à des documents et des preuves concernant les transactions d’EPI (équipements de protection individuelle) pendant la pandémie. Notons que l’enquête sur le Covid a ouvert une série d’audiences publiques à ce sujet.

Rejet de la demande de Michelle Mone

Le 27 février 2024, Michelle Mone, ex-pair conservatrice, et Doug Barrowman, dirigeant de PPE Medpro, ont sollicité le statut de « participants » à l’enquête Covid..

Dans une lettre adressée à l’enquête, les deux individus et l’entreprise PPE Medpro ont déclaré avoir joué un rôle majeur dans la procédure et qu’ils « pourraient faire l’objet de critiques explicites et importantes ». Ils ont également exprimé leur crainte concernant la conduite de la National Crime Agency (NCA), l’agence de lutte contre le crime organisé du Royaume-Uni. Notons que cette dernière mène une enquête sur PPE Medpro depuis le mois de mai 2021.

Ce statut de « participants principaux » leur aurait permis de consulter des documents confidentiels et de questionner des témoins. On cite entre autres l’accès aux documents et aux autres preuves sur l’achat et la distribution des EPI ainsi que le droit de faire des déclarations ou de poser des questions aux témoins.

La présidente de l’enquête, la baronne Hallett, a rejeté leur requête, estimant qu’ils ne jouaient pas un rôle « suffisamment central » dans les éléments examinés. Elle a également souligné le non-respect de la date limite de novembre 2023.

La baronne Hallet a ajouté que même si Medpro était l’un des principaux fournisseurs d’EPI pour le gouvernement britannique, d’autres contrats sont concernés par l’enquête. De plus, son objectif principal est d’examiner l’approche des ministres et du gouvernement, une décision qui a d’ailleurs provoqué de la colère chez les groupes représentant les familles endeuillées. Ces derniers s’attendaient à entendre les témoignages des fournisseurs d’EPI.

En avril 2020, les ministres, les députés, les membres de la Chambre des Lords et d’autres hauts fonctionnaires ont décidé d’accélérer les offres de fourniture d’EPI. A l’époque, le gouvernement a exprimé son « besoin désespéré » de protéger les professionnels de santé et des services sociaux.

PPE Medpro avait obtenu des contrats d’une valeur de 200 millions d’euros en 2020, après que Michelle Mone eut recommandé la société aux ministres. Aucune charge pénale n’a encore été retenue contre eux, mais la National Crime Agency (NCA) mène une enquête séparée, justifiant le traitement in camera de certaines preuves.

L’enquête sur le Covid a décidé d’organiser une séance à huis clos durant laquelle, les témoignages de la baronne Mone et de son mari seront entendus, pour ne pas nuire au déroulement de l’enquête menée par la NCA. Elle devrait se tenir vers la fin du mois de mars. Le couple a nié avoir commis des actes répréhensibles. La NCA n’a pas encore porté une accusation criminelle à leur encontre.

La « voie VIP » à l’origine des contrats opaques

Au cœur du scandale : le système de « voie hautement prioritaire », réservé aux entreprises recommandées par des élus ou hauts fonctionnaires. Introduit en avril 2020 pour répondre à « l’urgence sanitaire », près d’un tiers des contrats d’EPI ont été attribués via ce canal. Les données révèlent que les entreprises « VIP » avaient 17 fois plus de chances de remporter un marché que les autres.

Or, ces contrats se sont avérés 80 % plus coûteux que ceux passés par les voies normales, selon Peter Munro de la UK Anti-Corruption Coalition. Pire, la moitié des équipements acquis étaient « inadaptés » à leur usage. Malgré ces dysfonctionnements, l’enquête a choisi de se concentrer sur les décisions gouvernementales plutôt que sur les fournisseurs privés, suscitant l’ire des associations anticorruption.

Good Law : des révélations ignorées ?

L’ONG  Good Law Project, à l’origine des révélations sur la « voie VIP », dénonce les angles morts de l’enquête. L’ONG affirme détenir des documents inédits –SMS, comptes rendus internes – suggérant une destruction volontaire de preuves par le Cabinet Office. « L’enquête ignore l’ampleur du scandale », accuse-t-elle, citant des arrestations liées à d’autres contrats VIP jamais évoquées publiquement.

L’organisation pose six questions clés, notamment sur la sur commande massive d’EPI (cinq fois les besoins annuels) et les liens financiers entre entreprises VIP et donateurs conservateurs. « Pourquoi des sociétés comme Pharmaceuticals Direct ont-elles versé des sommes importantes à des élus conservateurs ? », interroge-t-elle.

L’enquête va mener une étude approfondie sur l’existence de cette voie illégale découverte grâce à l’ONG Good Law. Elle détient des documents et des preuves fournis par des fonctionnaires et des employés mécontents des entreprises ayant décroché les contrats par voie VIP. Pour les familles des victimes et les militants anticorruption, la transparence reste un combat inachevé.Comme le résume un porte-parole de l’ONG : « Sans accès à la vérité intégrale, il ne peut y avoir de justice. »


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