Retraites : pourquoi Macron veut que Castex conclue un accord aujourd’hui

Retraites : pourquoi Macron veut que Castex conclue un accord aujourd’hui


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Macron a absolument besoin que Jean Castex conclue un accord avec les partenaires sociaux sur les retraites avant le sommet européen de ce week-end. C’est la condition sine qua non pour obtenir rapidement les 35 milliards que Macron pense avoir arraché à l’Allemagne sous forme de dons. Cette urgence explique le projet encore flou du gouvernement : l’enjeu est de donner un gage de bonne volonté à l’Europe, et surtout à l’Allemagne, pas de réformer le pays.

L’urgence avec laquelle Jean Castex réunit les partenaires sociaux sur la question des retraites, à laquelle il ajoute l’assurance chômage pour des raisons tactiques que nous allons voir, est peu analysée par la presse française. Elle s’explique pourtant très simplement : la France « cashburne » 14% de son PIB chaque année pour ses retraités, ce qui est un record dans le monde industrialisé. Les pays du Nord, qui ont accepté de discipliner leurs petits vieux pour maîtriser leurs dépenses publiques, exigent désormais que la France en fasse de même si elle veut obtenir des subventions européennes face à la crise.

Le sujet est désormais sur la table, et constitue un véritable baptême du feu pour Castex.

Les retraites en France : une dépense incontrôlée

Bien entendu, quand on écoute les retraités français, ils sont les plus malheureux du monde, de véritables victimes du capitalisme, de l’exploitation de l’homme par l’homme, et tutti quanti. Quand on compare leur situation à celle des autres pays, on constate que nulle part les jeunes générations ne sont autant sacrifiées à la satisfaction de leurs aînés. Avec une dépense consacrée aux retraites de 14% du PIB, ils sont en réalité les mieux lotis et suscitent l’incompréhension chez nos voisins.

La difficulté vient évidemment du fait que cette proportion dans le PIB devrait exploser cette année avec le krach économique en cours. Il est question de 30 milliards de déficit au moins, soit 1,5 point de PIB. Il va être très difficile de demander aux Hollandais et aux Allemands de subventionner notre plan de relance si nous ne leur garantissons pas une solution durable et sérieuse au problème qui apparaît.

Tout l’enjeu de la réunion d’aujourd’hui est là : il faut donner des gages de sérieux à nos partenaires européens.

Premier rétropédalage sur les baisses d’impôts pour les entreprises

La sous-ministre de l’Economie, Agnès Pannier, vient de dévoiler le premier rétropédalage bercyen après le discours de politique générale de Castex. Alors que le Premier Ministre, confirmé par Bruno Le Maire, avait promis une baisse de 20 milliards des impôts de production, la baisse est désormais cantonnée à 10 milliards, qui seront pérennisés. Les changements de pied commencent donc. On n’est certainement pas au bout de ce qui devrait encore arriver…

Castex à la recherche de la solution

Dans un premier temps (c’est-à-dire avant son discours de politique générale), Jean Castex a exploré la piste d’une réforme paramétrique permettant de dégager du « cash » immédiatement. C’était évidemment le choix le plus sage, et le plus conforme aux voeux des Européens.

Mais… face à la fronde syndicale, y compris patronale, il a finalement opté pour une demi-mesure : la remise à plat en express de la réforme systémique adoptée par le Parlement, avec une option symbolique simple à comprendre, la suppression des régimes spéciaux. Simple sur le papier, simple à expliquer aux partenaires européens, mais peut-être plus compliquée à expliquer socialement en France.

La réforme coûtera-t-elle plus cher que le statu quo ?

Conscient de la difficulté, Castex a organisé une impressionnante armada sociale pour faire passer son dispositif. S’agissant des régimes spéciaux, il promettra bien entendu que tous ceux qui en bénéficient aujourd’hui en bénéficieront éternellement. C’est ce qu’on appelle la clause de l’arrière-grand-père. Autrement dit, les nouveaux recrutés sont assurés de cotiser à l’ancien régime pendant 42 ans, mais ils sont aussi assurés de percevoir leur retraite sous l’ancien régime jusqu’à leur mort. On en a désormais pour 80 ans à se traîner les régimes spéciaux officiellement supprimés !

Bien entendu, ce système sera financé par les nouveaux, qui devront se serrer la ceinture pour les autres, mais ouvriront des droits très limités pour eux-mêmes. C’est le plan en faveur de la jeunesse ! sacrifiez-vous pour les vieux ! Voilà une belle bombe à retardement, qui promet des revendications salariales en cascade dans les entreprises où l’injustice de la situation va devenir criante.

“Nous nous rendons tous à ces négociations avec beaucoup d’énergie mais je dois dire que les différences sont toujours très très grandes et donc je ne peux pas encore dire si nous parviendrons dès cette fois à une solution”, a dit la chancelière allemande à la presse à son arrivée pour ce sommet européen de deux jours. “Je m’attends à des négociations très très difficiles”, a-t-elle ajouté.   

Reuters

La carotte du chômage

Comme Castex sait aussi parfaitement que les organisations syndicales ne peuvent pas rentrer bredouille d’une conférence sociale où le nouveau Premier Ministre leur propose une belle couleuvre à avaler, il a trouvé la pirouette qui permettra à chacun de sortir gagnant de l’exercice. Il a donc ajouté l’avenir de l’assurance-chômage à la besace des négociations, selon un schéma qu’on connaît par avance.

En échange d’une mesure désagréable sur les retraites, Castex va offrir une véritable ouverture sur le report de la réforme de l’assurance-chômage, que la CFDT pourra revendiquer comme une grande victoire. Dès ce week-end, le Journal du Dimanche pourra donc publier une longue interview de Laurent Berger expliquant que, dans l’intérêt général, il fallait sauver la réforme et que, en contrepartie, le gouvernement a compris qu’il fallait bien traiter le million de chômeurs qui arrive dans les files d’attente de Pole Emploi.

Classique ! Téléphoné !

L’Europe s’en contentera-t-elle ?

Toute la question est de savoir si ce bidouillage à la Française, qui se propose de dépenser beaucoup d’argent pour faire des économies, contentera nos partenaires européens. D’ordinaire, la France fait le pari que l’affichage de ces mesures suffit, et que l’Union Européenne doit s’accommoder des dépenses nouvelles que ces mesures créent. Et jusqu’ici, les Allemands ont toujours cédé en maugréant.

Mais cette fois, l’exercice est différent : on demande aux Européens de payer en espèces sonnantes et trébuchantes pour aider les cancres du groupe. Les bons élèves fermeront-ils encore une fois les yeux sur la dissertation française dont l’essentiel est du pipeau ?

On a vraiment un doute. Mais les résultats du sommet ce vendredi le diront.


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