Quand Xavier Bertrand propose un retour à Raffarin

Quand Xavier Bertrand propose un retour à Raffarin


Partager cet article

Xavier Bertrand participait à « Vous avez la parole », la cacophonique émission de France 2 qui succède à l’Emission Politique. Les quelques interventions qu’il a pu faire dans un combat difficile à suivre ont donné une image globale de sa stratégie politique. Celle-ci consiste essentiellement à « restaurer la confiance », c’est-à-dire à revenir à une forme de centrisme à la Raffarin. Pas sûr que ça marche…

Des rares interventions de Xavier Bertrand durant « Vous avez la parole », on retiendra une stratégie déjà vue et déjà connue dont on se demande si elle peut encore constituer une alternative crédible en France. Globalement, le président de la région Hauts-de-France a annoncé sa candidature à sa propre succession en 2021 et n’a pas fermé la porte à une candidature à la présidentielle en 2022.

Xavier Bertrand et ses contradictions à l’ancienne

Tout le monde a bien perçu la posture rassurante que Xavier Bertrand veut se donner, à travers quelques clichés navrants. Il se présente comme l’homme de province qui regrette son passé parisien, qui n’a jamais un mot plus haut que l’autre, sauf à l’endroit du Rassemblement National, bien entendu. Tout ceci n’a rien de nouveau.

Il préconise un septennat unique pour le Président de la République. Sa cohérence ne va pas jusqu’à appliquer ce principe aux présidences de région. Pourquoi? On n’a pas bien compris l’argument sinon que, selon la pensée raffarinienne, toute règle doit être adaptée au calcul qui la sous-tend.

Le mythe raffarinien du « pas de vague » revient en force

Pour l’essentiel, la stratégie de Xavier Bertrand repose sur l’appel à l’unité, à la réconciliation et à la confiance. Tout le monde comprend l’inspiration globale de cette doctrine, qui se réclame d’un gaullisme tardif version Chirac. Il faut réformer, mais pas trop, il faut moderniser, mais pas trop. Chacun sait que cette règle de « l’unité du pays » conduit tôt ou tard à enterrer les réformes au profit de la paix sociale.

Cette mollesse explique l’endettement du pays et l’inflation de fonctionnaires dans un Etat qu’on renonce toujours à réformer. Maus qu’importe, l’essentiel est d’être uni.

Sans surprise, ce discours démagogique a plu à une majorité de spectateurs, qui retrouvent dans Xavier Bertrand la rondeur commode du notable de province qui se contentera des demi-mesures qui ne choquent personne, et qui permettent de ne rien bouger en bougeant tout. Ce conservatisme rassurant s’accompagne bien entendu de nombreuses leçons de morale bienpensantes dénonçant la démagogie du Rassemblement National tout en luttant contre la montée du salafisme dans l’Islam de France.

Il faut toujours être du côté du bien…

Combien de temps l’illusion durera-t-elle?

Xavier Bertrand s’inscrit donc dans la vieille tradition centriste qui a amené ce pays au bord de la faillite, à force de privilégier le consensus et de fuir le courage politique, pourvu que l’organisation économique du pays continue à faire le jeu d’élites déclinantes. Reste à savoir combien de temps l’illusion peut continuer sans modifier les termes systémiques de la politique économique.

Interpelé par Natacha Polony sur la nécessité de changer la politique monétaire de la BCE, Xavier Bertrand semble être passé à côté du sujet. Selon lui, la BCE s’emploie à réformer le capitalisme pour le rendre durable. Là encore, le président des Hauts-de-France maintient l’illusion que la France peut éternellement continuer à s’endetter dans une Union dominée par des traités ordo-libéraux.

Il est très probable que sa compréhension de l’environnement international, qui date du siècle dernier, continue à attirer de nombreux électeurs à la recherche d’un maintien dans les illusions. Mais Dieu sait combien de temps ces illusions dureront…


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite

Le débat sur la constitutionalisation de l'IVG a profondément divisé les partis de droite, Rassemblement National et Républicains à l'Assemblée. Emmanuel Macron peut se réjouir: il a une fois de plus montré qu'il n'avait pas d'adversaire idéologiquement constitué; il a divisé les deux groupes d'opposition de droite; il a tendu un piège, qui a fonctionné, à Marine Le Pen. Cependant le résultat du vote montre qu'être de  droite, c'est précisément ne pas accepter, comme force politique, les diktats


CDS

CDS

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée

"Haro sur l'extrême-droite" est un spectacle qui est bien parti pour rattraper "La Cantatrice Chauve" de Ionesco jouée sans interruption à Paris, au théâtre de la Huchette depuis 1957. En l'occurrence, nous avons affaire à une (mauvaise) comédie politique, jouée sans interruption depuis  le 13 février 1984, jour où Jean-Marie Le Pen était l'invité de L'Heure de Vérité, la célèbre émission politique de l'époque.  Depuis lors, nous avons affaire à un feuilleton ininterrompu d'épisodes, dont l'anal


CDS

CDS

L'humeur de Veerle Daens : J'adore Macron et son nouveau look de dictateur latino

L'humeur de Veerle Daens : J'adore Macron et son nouveau look de dictateur latino

Ah, Emmanuel… Je dois vous faire une confidence : depuis mon petit appartement de Malines, alors que je regarde la Dyle couler tranquillement sous un ciel de plomb, je ne peux m’empêcher de fixer mon écran. C’est beau, c’est inquiétant, et on ne peut pas détacher ses yeux du spectacle. À 29 ans, je suis sans doute une cible facile pour ce genre de charisme. Mais là, il a franchi un cap. À Davos, au milieu des sommets enneigés et de l'entre-soi des puissants, notre « Mozart de la finance » a ran


CDS

CDS

L'or ne cesse de monter : quand en acheter ? par Vincent Clairmont

L'or ne cesse de monter : quand en acheter ? par Vincent Clairmont

Nous sommes le 21 janvier 2026, et le marché des métaux précieux semble être entré dans une phase de "gravité inversée". Avec une once d’or qui flirte désormais avec les 4 750 $ (dépassant largement les 4 100 € sur nos places européennes), l’adjectif « vertigineux » n’est plus une figure de style, mais une réalité comptable. Voici mon analyse de cette envolée et des forces qui pourraient, dans les mois à venir, soit briser cet élan, soit le transformer en un socle durable. Une ascension sous


Rédaction

Rédaction

Le RN devant les juges : la pression judiciaire comme outil de discipline

Le RN devant les juges : la pression judiciaire comme outil de discipline

Le calendrier judiciaire n'est jamais le fruit du hasard dans une démocratie en crise de légitimité. À Paris, le feuilleton des assistants parlementaires du Rassemblement National (RN) reprend ses droits. Ce mardi 20 janvier, le député Julien Odoul a affronté le feu des questions de la présidente Michèle Agi. Au-delà des faits reprochés, ce procès illustre la volonté de l'appareil d'État de "rediaboliser" un mouvement qui menace l'équilibre de la caste dirigeante. La cour d’appel de Paris exami


Rédaction

Rédaction

Trump parviendra-t-il à transformer l'Europe en passoire civilisationnelle illibérale?

Trump parviendra-t-il à transformer l'Europe en passoire civilisationnelle illibérale?

La caste bruxelloise est en hyperventilation. Dans les couloirs feutrés du Berlaymont, là où se décide habituellement le calibre des concombres et la teneur en carbone de nos existences, l'atmosphère n'est plus à la technocratie joyeuse. Elle est à la panique pure. Depuis quelques jours, l'impensable s'est produit. Le "Grand Frère" américain, ce protecteur bienveillant sur lequel l'Europe a construit soixante-dix ans de vassalité confortable, a décidé de changer les règles du jeu. Il ne veut plu


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe