Quand Valérie Pécresse et Xavier Bertrand trahissent leur tropisme macronien en prônant le confinement des non-vaccinés
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Quand Valérie Pécresse et Xavier Bertrand trahissent leur tropisme macronien en prônant le confinement des non-vaccinés


Partager cet article

A l'issue du deuxième débat entre les candidats à l'investitutre LR pour l'élection présidentielle, on voit se dessiner des profils plus accentués. Tandis qu'Eric Ciotti s'installe sans complexe à droite, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse - les mêmes qui quittaient le parti naguère parce qu'ils en trouvaient la ligne trop à droite - ont trahi leur tropisme macronien en se prononçant pour un éventuel confinement des "non vaccinés". Outre le peu de crédibilité de leur zèle de néo-convertis sur le contrôle de l'immigration, on leur préfèrera sans aucun doute l'esprit de sérieux qui est aussi bien le fait de Philippe Juvin que de Michel Barnier

Voilà que vient de se finir le deuxième débat entre candidats à l’investiture par le Congrès des Républicains pour l’élection présidentielle. Les personnalités commencent à se dessiner plus précisément.

Philippe Juvin: celui qui nous fera oublier Olivier Véran?

J’ai un parcours différent que je mets au service de mon projet : médecin, maire, militaire et expérience internationale.

J’ai une vision pour la France : un Etat fort qui laisse les individus exprimer leurs potentialités.#DebatDeLaDroite #CongresLRpic.twitter.com/LW7RDLLRu6

— 🇫🇷 🇪🇺 Pr Philippe Juvin, MD PhD (@philippejuvin) November 14, 2021

Tout d’abord, il y a celui dont les commentateurs ne parlent pas, Philippe Juvin, maire de La Garenne-Colombes et chef du service des urgences de l’Hôpital Georges Pompidou. Il confirme, à chaque prestation, le bon niveau des élus locaux LR. Il a la solidité d’un futur Ministre de la Santé. Effectivement, on se prend à rêver qu’il remplace rapidement Olivier Véran.

Eric Ciotti: l'homme clé du Congrès LR?

Je suis le candidat de la clarté

Je suis le seul candidat au #congresLR à ne pas avoir voté Macron en 2017

Je suis le seul à avoir été avec @francoisfillon au Trocadéro

J’ai toujours été fidèle à ma famille politique

Je porte un projet de rupture pour redresser la France pic.twitter.com/UH3PJaO50Q

— Eric Ciotti (@ECiotti) November 14, 2021

Ensuite, il y a Eric Ciotti, celui, très clairement, qui s’était imposé durant le premier débat. L’homme parle au coeur de bien des adhérents parce qu’il n’a pas peur de s’afficher de droite. IL ne s’est pas laissé intimider, ce soir, par les journalistes qui voulaient qu’il se démarque d’Eric Zemmour  critiquant la naïveté coupable de François Hollande laissant entrer des réfugiés, à l’automne 2015, alors qu’on l’avait prévenu qu’il pouvait y avoir des djihadistes parmi eux. Ciotti a tenu bon, aussi, quand les intervieweurs ont voulu lui faire dire qu’il avait tort sur l’afflux de deux millions d’immigrés (y compris les clandestins) pendant le quinquennat Macron. Ce n’est pas seulement que la France tient son futur Ministre de l’Intérieur en cas de victoire du candidat LR. Eric Ciotti va certainement peser lourd dans le choix du candidat s’il réussit, comme c’est probable, un bon score au premier tour.

Xavier Bertrand: et Valérie Pécresse prêts à reconfiner les non-vaccinés

Valérie Pécresse (@vpecresse): « S’il y a une recrudescence de la pandémie, j’envisagerais uniquement le reconfinement des non-vaccinés »#DebatdelaDroite pic.twitter.com/lLmmJ46DPp

— BFMTV (@BFMTV) November 14, 2021

Xavier Bertrand (@xavierbertrand): « S’il y a des décisions difficiles à prendre, je les prendrai à l’égard des non-vaccinés »#DebatdelaDroite pic.twitter.com/mKnCLs1ibS

— BFMTV (@BFMTV) November 14, 2021

Si l’on en croit le débrief des journalistes, juste après l’émission, sur le plateau de BFMTV, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse se sont à nouveau trouvés sans une sorte de complicité objective pour neutraliser Michel Barnier, le favori du Congrès LR. Est-ce si sûr? Le moment le plus frappant de la soirée est venu lorsque les candidats ont été interrogés sur la décision du gouvernement autrichien de confiner les non-vaccinés. Michel Barnier, Eric Ciotti et Philippe Juvin ont répondu non – pour eux, le pass sanitaire suffit. En revanche, comme le montrent les extraits insérés ci-dessus, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, ont approuvé le principe de la décision prise par le gouvernement autrichien. Ils ont sans aucun doute pensé que c’était adroit vis-à-vis de la partie âgée de leur électorat. En revanche, c’est une réponse qui leur coûtera certainement cher auprès de toute une partie de l’électorat de droite, celle qui place les libertés au-dessus du reste. Au fond, les deux candidats qui ont quitté LR avant d’y revenir ont apporté la preuve concrète qu’ils étaient plus proche du macronisme que d’une politique de droite.

On sent Xavier Bertrand mal à l’aise: il ne cesse de répéter que la droite à laquelle il appartient est « républicaine ». Comme si Eric Zemmour et Marine Le Pen n’adhéraient pas aux institutions démocratiques. Quant à Valérie Pécresse, elle a, sur l’immigration, le zèle des nouveaux convertis: elle se laisse facilement emporter par ses propres slogans comme « l’immigration zéro ».  Il faut surtout se rappeler que Xavier Bertrand ont quitté Les Républicains parce qu’ils jugeaient la ligne Wauquiez trop à droite. On serait assez amusé de les voir surjouer sur l’immigration – si le sujet n’était pas si grave.

Michel Barnier : le sérieux paiera-t-il?

La solution pour l’emploi et le pouvoir d’achat: produire en 🇫🇷, travailler en 🇫🇷 et investir en 🇫🇷.

Je baisserai les impôts de production, les charges patronales sur les salaires intermédiaires et supprimerai les charges sur le 1er emploi des jeunes pdt 3 ans.#DebatdelaDroite pic.twitter.com/ZZgsrJO3mW

— Michel Barnier (@MichelBarnier) November 14, 2021

Avant l’émission, la tonalité des commentateurs sur BFMTV était de dire que Michel Barnier jouait gros. De fait, l’ancien négociateur du Brexit était ressorti du premier débat mécontent de sa prestation. Après le débat, les mêmes commentateurs avaient décidé que Michel Barnier n’avait pas réussi à s’imposer.

On comprend bien l’auto-persuasion d’un Bruno Jeudy, par exemple, qui a regardé le débat, sur place à BFMTV en compagnie de Patrick Stéfanini, directeur de campagne de Valérie Pécresse et de Jean-Marc Zakhia, communicant de la candidate; et qui donc, proclame Valérie Pécresse vainqueur. « Etonnant, non? », comme dit un autre journaliste bien connu à al fin de  ses tweets. Mais de quoi parle-t-on?

Il est intéressant de voir que ce sont les mêmes journalistes qui poussent des cris à chaque formule vigoureuse d’Eric Zemmour et qui se laissent prendre à la démagogie lorsque l’un des débatteurs de la soirée dit qu’il organisera un référendum en juin 2022 pour essayer de prouver que Michel Barnier n’est pas assez ferme sur l’immigration. C’est de la démagogie pure et simple, bien peu à la hauteur de la crise que traverse le pays.

Il reste que Michel Barnier, qui a beaucoup d’atouts pour l’emporter le 4 décembre et qui est descendu sans rechigner dans l’arène ce soir, court un risque: être desservi par ce que Michel Richard appelle, avec une belle lucidité, la « maladie médiatique » des journalistes: « Les médias, souvent, snobent et desservent ce qu’ils disent apprécier, le sérieux, et chérissent ce qu’ils disent mépriser, le spectacle. Voilà de quoi, sans le savoir, Michel Barnier est le symbole et la victime. »

L’enjeu est de taille en effet. On peut – et sans doute à bon droit – penser que l’immigration est un sujet trop explosif pour être laissé à un Eric Zemmour et trop complexe à traiter au niveau européen pour être laissé à une Marine Le Pen. Mais alors pourquoi ne pas mettre en valeur tout ce qui contribue, dans le débat politique du 14 novembre au soir, à construire une méthode réaliste de contrôle de l’immigration – contre tous les slogans faciles?


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
La BCE relève ses taux, l'or corrige : le point patrimonial de la semaine

La BCE relève ses taux, l'or corrige : le point patrimonial de la semaine

Par Vincent Clairmont Chaque dimanche, je passe en revue ce que la semaine a changé pour votre épargne. Cette fois : la première hausse de taux de la BCE depuis 2023, la correction de l'or, la rechute du Bitcoin, l'euro contre le dollar, les livrets réglementés avant la révision d'août, les échéances fiscales de juin, l'entrée en vigueur du datamining DAC8. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, p


Rédaction

Rédaction

Ukraine : cette guerre que nous ne savons plus lire

Ukraine : cette guerre que nous ne savons plus lire

Par Thibault de Varenne — chronique Voici bientôt quatre ans et demi que la guerre dure à l'est de l'Europe, et nous avons cessé de la comprendre. Non que les faits manquent : ils abondent. Mais nous ne les lisons plus que dans une seule langue, celle d'un camp qui ne raconte que ses espérances. Lue depuis Moscou, Pékin et New Delhi, la carte dit autre chose. Essayons, pour une fois, de la lire avec les yeux des autres. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUI


Rédaction

Rédaction

Albanie : la lagune protégée offerte au gendre de Trump

Albanie : la lagune protégée offerte au gendre de Trump

Un mégaprojet à 1,4 milliard d'euros lié à Jared Kushner, gendre de Donald Trump,menace la réserve naturelle de Vjosa-Narta, sanctuaire de flamants roses sur l'Adriatique. L’île de Sazan, verrou géostratégique, complète le tableau. Le projet prévoit hôtels, villas et marina haut de gamme. Depuis le début du mois de juin, la « révolution des flamants roses » enflamme Tirana et le littoral sud. L’agence anticorruption a ouvert une enquête, sur fond de scandale impliquant déjà la vice-Première mini


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Bruxelles : 13 ans d'attente pour un logement social — sauf pour les amis du parti
Photo by Norbert Levajsics / Unsplash

Bruxelles : 13 ans d'attente pour un logement social — sauf pour les amis du parti

Alors que des demandeurs modestes patientent jusqu’à 13 ans sur les listes d’attente, des dirigeants socialistes à Bruxelles orientent sciemment les attributions de logements sociaux vers leurs sympathisants et électeurs. Des messages WhatsApp fuités à Anderlecht et un audit accablant à Saint-Josse-ten-Noode lèvent le voile sur un système de favoritisme généralisé. Le gouvernement régional bruxellois vacille sous le poids de perquisitions, de quatre enquêtes du parquet et d’une commission d’enqu


Rédaction

Rédaction