Quand l'OAT française rejoint la dette grecque, par Vincent Clairmont

Quand l'OAT française rejoint la dette grecque, par Vincent Clairmont


Partager cet article

L'Agence France Trésor a confirmé en début d'année un programme d'émissions à moyen et long terme de 310 milliards d'euros pour 2026, contre 285 milliards en 2025 et 270 milliards en 2024. C'est un record absolu, qui dépasse en valeur nominale les pics d'émission observés en 2020 et 2021 au plus fort du choc pandémique. La trajectoire n'est plus exceptionnelle : elle est devenue structurelle.

Le déficit public s'établit, dans le budget 2026 promulgué le 19 février, à 5,0 % du PIB pour l'objectif gouvernemental. La Fondation iFRAP le juge sous-estimé et l'évalue à 5,3 % en exécution. La dette publique brute, au sens de Maastricht, dépasse désormais 118,3 % du PIB selon les dernières comptes nationaux trimestriels publiés par l'Insee. La France devient, sur ce ratio, le troisième pays le plus endetté de la zone euro derrière la Grèce (152 %) et l'Italie (134 %), et passe devant l'Espagne (105 %) et la Belgique (106 %). L'Allemagne, à 63 %, et les Pays-Bas, à 47 %, donnent l'ordre de grandeur de ce qu'est aujourd'hui une situation budgétaire ordinaire.

Le coût de service devient l'élément déterminant. La charge d'intérêts inscrite au budget 2026 franchit la barre des 70 milliards d'euros — plus précisément 71,2 milliards selon le rapport annexé au PLF —, contre 60,8 milliards en 2024 et 51,9 milliards en 2022. La progression est mécanique : elle reflète le renouvellement, à chaque année, de la fraction de dette arrivée à échéance, refinancée aux conditions de marché actuelles. Le stock émis avant 2022 portait un coupon moyen pondéré inférieur à 1,5 % ; les émissions effectuées depuis le début de l'année 2026 ressortent à un taux moyen pondéré d'environ 3,4 % à dix ans, selon les adjudications publiées par l'AFT. L'écart, appliqué au flux de roulement annuel, alourdit la charge de manière prévisible, indépendamment de toute décision budgétaire.

Le marché tarife cette dégradation. Le spread entre l'OAT française et le Bund allemand à dix ans, qui évoluait dans une bande de 30 à 45 points de base entre 2014 et 2022, s'est élargi à environ 78 points de base au printemps 2026. Sur la même maturité, le rendement français s'est rapproché des conditions grecques, séparé désormais d'à peine 15 à 20 points de base de l'OGB hellénique. Cet alignement est, à ma connaissance, sans précédent depuis le rétablissement des marchés obligataires des deux pays. Il signale que les investisseurs cessent de discriminer entre un emprunteur souverain présumé central et un emprunteur souverain présumé périphérique. La hiérarchie implicite des risques s'efface.

Le FMI a publié le 21 mai sa déclaration de fin de mission Article IV pour 2026. Le constat est mesuré dans la forme et sévère sur le fond : la consolidation budgétaire annoncée par les autorités françaises est jugée insuffisante au regard de la trajectoire de dette ; les hypothèses de croissance retenues (1,2 % en 2026, 1,4 % à compter de 2027) sont qualifiées d'« optimistes » ; le service de la dette est identifié comme un risque budgétaire de premier ordre. Le Fonds recommande un effort additionnel de 0,5 point de PIB par an sur cinq ans pour stabiliser le ratio. À titre de comparaison, l'effort réellement réalisé sur 2024-2025 a été inférieur à 0,1 point.

Trois mécanismes expliquent que la dérive ne soit pas autocorrective. Premier mécanisme : la dépense publique française est, à plus de 62 %, composée de

Dédollarisation : où en sont les flux non-dollar en 2026 ? par Elise Rochefort

Dédollarisation : où en sont les flux non-dollar en 2026 ? par Elise Rochefort

La part du dollar américain dans les transactions internationales recule depuis le déclenchement du programme de sanctions financières contre la Russie en février 2022. Selon les statistiques SWIFT RMB Tracker publiées en mai 2026, la part du dollar dans les paiements internationaux mesurés par SWIFT est passée de 41 % en janvier 2022 à 38,7 % en mars 2026. Sur la même période, la part du yuan est passée de 2,0 % à 5,4 %. La trajectoire est continue, sans rupture, et porte sur des volumes désor


Rédaction

Rédaction

Pékin, Washington, sans nous, par Thibault de Varenne

Pékin, Washington, sans nous, par Thibault de Varenne

Le 18 mai, Donald Trump et Xi Jinping ont signé à Pékin deux « boards » bilatéraux, dix-sept milliards de dollars d'achats agricoles annuels, deux cents Boeing, un déverrouillage des terres rares. Aucun dirigeant français n'était dans la salle, et personne, à Paris, n'a paru s'en émouvoir. C'est peut-être cela qu'il faut commenter. Je m'abonne au Courrier Le sommet du 18 mai à Pékin n'a pas seulement scellé une détente commerciale entre Washington et la Chine populaire. Il a acté un fait que l


Rédaction

Rédaction

L'humeur de Veerle Daens : le colis, Shein et la République de la double peine

L'humeur de Veerle Daens : le colis, Shein et la République de la double peine

Veerle Daens revient pour nous sur les véritables victimes de la taxe Shein (2€ par colis) : non Shein, mais le consommateur. Car la taxe sur les importations n'est pas payée par ceux qui exportent, mais par ceux qui importent ! Je m'abonne au Courrier Mes chers libertariens de l'Absurdistan, permettez à une analyste flamande qui prend son café à Malines, sous le carillon qui sonne l'heure exacte de votre absurdité fiscale, de vous présenter la dernière trouvaille de la loi de finances 2026 :


CDS

CDS

Une défaite russe en Ukraine ? le point de vue des BRICS, par Thibault de Varenne

Une défaite russe en Ukraine ? le point de vue des BRICS, par Thibault de Varenne

Les médias occidentaux commencent à évoquer une prochaine défaite russe en Ukraine. Que faut-il penser de ce pronostic ? Thibault de Varenne passe en revue la presse des BRICS pour voir les choses "de l'autre côté de la page". L'analyse de l'état réel des capacités russes dans le conflit en Ukraine souffre souvent d'une polarisation excessive au sein des médias occidentaux. Pour obtenir une évaluation rigoureuse, dépassionnée et stratégiquement viable de la situation de la Fédération de Russie


Rédaction

Rédaction