Madrid a détourné des milliards d'euros du fonds de relance post-Covid pour combler ses déficits de pensions, sans remboursement ni sanction. Pendant que les contribuables français et allemands paieront la note, la Cour des comptes européenne admet ne pas pouvoir tracer l'argent. La Commission, elle, ne réclame aucun remboursement.
Lancé en 2021 pour soutenir la reprise après la pandémie, le plan de relance européen NextGenerationEU devait financer des réformes structurelles et des investissements destinés à moderniser les économies des États membres. Quatre ans plus tard, l'Espagne se retrouve au cœur d'une polémique qui met en cause la crédibilité même de ce dispositif inédit de dette commune. L'argent emprunté au nom de tous les contribuables européens aurait servi à financer des retraites et des dépenses sociales en Espagne plutôt que les investissements verts et numériques promis. Selon plusieurs révélations de la presse espagnole et les constats de la Cour des comptes européenne, près de 11 milliards d'euros auraient ainsi été réaffectés en 2024 et 2025, sans que Bruxelles n'exige le moindre remboursement.
Des milliards redirigés vers les dépenses courantes, sans conséquence
Selon la presse espagnole, Madrid aurait utilisé environ 2,4 milliards d'euros en 2024, puis 8,5 milliards en 2025, pour financer des retraites et d'autres dépenses sociales courantes. Ces montants proviendraient pourtant d'un fonds conçu pour accélérer la transition écologique, la numérisation et la modernisation de l'économie.

De son côté, le gouvernement de Pedro Sánchez rejette toute accusation d'irrégularité. Il affirme avoir rempli les objectifs fixés par son plan national et rappelle que les règles budgétaires européennes permettent une certaine souplesse dans l'affectation des ressources publiques. La Commission européenne adopte la même ligne : aucune infraction n'aurait été constatée et aucun remboursement n'est demandé. Ni la Commission ni le gouvernement espagnol n'y voient une irrégularité : la réaffectation budgétaire serait, selon eux, une pratique courante et légale.

Pourtant, un rapport de l'organisme espagnol de contrôle des comptes ainsi que les observations de la Cour des comptes européenne alimentent les interrogations. Cette dernière souligne qu'il est fréquemment « impossible de tracer » la destination finale des fonds européens, faute d'un système suffisamment précis de suivi des dépenses.
La dette commune au cœur des fractures européennes
L'affaire intervient au moment où les Vingt-Sept négocient le futur budget pluriannuel de l'Union, dont le montant pourrait atteindre 1 800 milliards d'euros. Elle nourrit les critiques des États du Nord, notamment l'Allemagne et les Pays-Bas, traditionnellement hostiles à une mutualisation durable de la dette européenne.

Pour les détracteurs du plan de relance de 577 milliards d'euros, cette polémique confirme une dérive annoncée : un mécanisme présenté comme exceptionnel pour financer des investissements d'avenir se transformerait progressivement en soutien budgétaire permettant de couvrir les dépenses courantes des États les plus endettés. Ils rappellent qu'autrefois, les fonds européens étaient versés après présentation de factures détaillées, tandis que le nouveau système repose largement sur l'atteinte d'objectifs, rendant le contrôle plus complexe.
En tant que libertarien, on ne peut que constater l'incohérence : les contribuables des États plus rigoureux financent, sans contrôle effectif, les choix politiques d'un gouvernement socialiste qui repousse les réformes structurelles. Ce n'est pas un accident, mais un mode de fonctionnement où les élites bruxelloises privilégient la solidarité forcée aux dépens de la responsabilité nationale. Pour le contribuable français, la leçon est amère : il rembourse un emprunt collectif dont il ne contrôle ni l'usage, ni les bénéficiaires réels.


