Projet de loi de surveillance: comment l'Allemagne va légaliser l'espionnage numérique

Projet de loi de surveillance: comment l'Allemagne va légaliser l'espionnage numérique


Partager cet article

Depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19, un changement silencieux s’ opère dans les démocraties occidentales, concernant la surveillance de masse. Longtemps perçue comme la gardienne des libertés individuelles en Europe, l’Allemagne est aujourd’hui à la croisée des chemins. Elle s’apprête à adopter un projet de loi de surveillance, porté par le ministère fédéral de l’Intérieur qui autoriser entre autres :le piratage sans mandat des appareils numériques personnels, le suivi généralisé des passagers aériens,la suppression des mécanismes de contrôle indépendants en matière de données personnelles.

white CCTV cameras during daytime
Photo by Alexis Fauvet / Unsplash

Le régime nazi se servait des dossiers personnels comme d'une arme redoutable pour atteindre les cibles. Après la guerre, l’Allemagne a mis en vigueur une loi garantissant la protection de la vie privée. Mais récemment, le ministère de l’Intérieur veut tourner le dos à cet héritage politique qui faisait la fierté du pays avec une législation permettant une surveillance de masse.

Vers une Allemagne à visage numérique contrôlé

L’Allemagne d’après-guerre a supprimé l’une des armes redoutables utilisées par le régime nazi, à savoir la surveillance de masse. Durant la période nazi, chaque citoyen été surveillé.

A cause du traumatisme de la surveillance nazie et est-allemande, ou la Stasi avait mis en place l’espionnage généralisé ; l’Allemagne réunifiée avait répondu en érigeant des barrières constitutionnelles, notamment le célèbre droit à « l’autodétermination informationnelle ». Cela signifie que « le gouvernement n’a pas le droit de fouiller dans votre vie ».

Alors que d’autres pays se sont inspirés de cette stratégie en déployant des programmes de surveillance, l’Allemagne n’a cessé de clamer ses dangers.  Les politiciens qui essayaient de faire adopter une nouvelle loi pouvant autoriser l’espionnage faisaient l’objet d’une poursuite judiciaire et subissent les critiques du public.

Mais cet été, le ministère fédéral de l’Intérieur tente de tourner le dos à cet héritage politique de l’Allemagne d’après-guerre, en produisant le « Projet de loi visant à moderniser la loi sur la police fédérale ». Si ce texte de 170 pages venait à être adopté, il pourrait mettre fin aux libertés civiles. En effet, il comporte des mesures de surveillance plutôt drastiques et permet le recours à des technologies de pointe.

Un arsenal liberticide dissimulé sous des prétextes administratifs

Le ministère de l’Intérieur considère ce recours au piratage d’appareil personnel comme une mesure de « prévention ». Ce projet de loi va autoriser :

  • le piratage sans mandat d’ordinateurs et de téléphones via des malwares étatiques appelés « troyens »,
  • la collecte systématique des données des passagers de tous les vols entrants et sortants de l’espace Schengen,
  • l’abolition de l’« ordre de construction », qui imposait jusqu’alors une validation préalable des bases de données par les autorités indépendantes.

Ce texte va institutionnaliser l’espionnage préventif, même sans la moindre suspicion légitime. Il ne s’agit plus de cibler un comportement criminel, mais d’anticiper l’éventualité d’un comportement suspect, quitte à violer la vie privée de citoyens .

L’un des aspects les plus troublants de cette dérive est sa méthode : la consultation publique s’est déroulée en plein été, sur une période dérisoire de deux semaines, réduisant toute possibilité de débat démocratique.

La liste des technologies prévues par ce projet de loi est inquiétante : drones, capteurs de téléphonie mobile (IMSI catchers), systèmes anti-drone, reconnaissance de plaques, collecte ADN élargie, caméras, opérations d’infiltration… Tout un arsenal qui va transformer la police fédérale en un acteur central du contrôle numérique généralisé.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
2026 : le krach obligataire est en train de contaminer tout l’Occident !

2026 : le krach obligataire est en train de contaminer tout l’Occident !

Le réveil est brutal, et pour tout dire, il a un goût de cendre. Pendant que les somnambules de Bruxelles et les aveugles de Bercy nous expliquent que la dette n’est qu’une construction mentale sans conséquence, la réalité, cette vieille dame têtue, vient de reprendre ses droits. Ce que nous vivons en ce début d'année 2026 n'est pas une simple correction technique : c’est l’effondrement final du château de cartes des obligations souveraines sur lequel reposait la survie artificielle de l'Occide


FLORENT MACHABERT

FLORENT MACHABERT

Quelle est la probabilité d'une chute rapide du régime iranien? Et de quelle manière? par Elise Rochefort

Quelle est la probabilité d'une chute rapide du régime iranien? Et de quelle manière? par Elise Rochefort

L'Histoire ne prévient pas toujours avant de basculer, mais à Téhéran, en ce glacial début de janvier 2026, elle hurle. Depuis quinze jours, la République Islamique d'Iran fait face à ce qui ressemble moins à une vague de contestation classique qu'à une défaillance systémique généralisée. Alors que le pays est plongé dans un blackout numérique quasi-total pour dissimuler la répression, une question hante toutes les chancelleries, de Washington à Moscou : sommes-nous devant l'agonie finale du sys


Rédaction

Rédaction

Les BRICS n'ont pas perdu la guerre, mais ils perdent des batailles, par Thibault de Varenne

Les BRICS n'ont pas perdu la guerre, mais ils perdent des batailles, par Thibault de Varenne

Alors que la poussière retombe à peine sur les événements sismiques qui ont secoué Caracas et Téhéran, le paysage géopolitique mondial offre un spectacle qui contraste violemment avec les prophéties de certains souverainistes, parfois naïfs, parfois godillots, d'il y a deux ans. Nous vivons un moment de clarification brutale, une de ces périodes charnières où les rapports de force, longtemps dissimulés sous le voile de la diplomatie multilatérale et des sommets feutrés, se révèlent dans leur nud


Rédaction

Rédaction

Votre mutuelle d’entreprise vous rembourse-t-elle suffisamment vos lunettes ?

Votre mutuelle d’entreprise vous rembourse-t-elle suffisamment vos lunettes ?

Depuis la généralisation de la complémentaire santé en entreprise, la plupart des salariés français vivent avec une certitude : celle d’être protégés par un contrat conforme aux règles en vigueur. Pourtant, derrière les discours institutionnels, la réalité du marché de l’assurance cache des disparités inquiétantes. Entre la complexité des tableaux de garanties et le manque de contrôle, de nombreux salariés pourraient bien être les perdants d’un système qui tire les prestations vers le bas.


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe