????Et non, le salarié ne peut pas toujours exploiter les failles de son contrat de travail

????Et non, le salarié ne peut pas toujours exploiter les failles de son contrat de travail


Partager cet article

Le chef d’entreprise est souvent à la merci de la complexité du droit du travail. Les conventions collectives sont très touffues et n’importe quel employeur normalement constitué aurait des difficultés à les suivre à la lettre. Cela peut donner des idées aux salariés les moins scrupuleux. Dans le Syntec, un salarié a d’ailleurs tenté de faire condamner d’office son employeur en exploitant une faille de son contrat de travail… avant de se faire recaler par le juge.

par Léo Guittet

Docteur en droit à Tripalio et spécialiste des conventions collectives

L’affaire traitée par la Cour de cassation, dont le jugement est paru début juin, est simple. Un salarié a été recruté en 1999 en qualité de chargé d’enquête intermittent à garantie annuelle. Il travaille donc à temps partiel et dépend de l’annexe « enquêteurs » signée en 1991 dans la convention collective du Syntec. Or, cette annexe précise que le contrat de travail doit obligatoirement prévoir que l’employeur respecte un délai de prévenance de 3 jours ouvrables avant toute période de travail. C’est là qu’est l’os…

Effectivement, dans le cas qui nous intéresse, l’employeur a oublié d’écrire dans le contrat l’application du délai de prévenance de 3 jours ouvrables avant toute période de travail ! Le salarié cherche à faire condamner son employeur pour ce simple oubli. Il demande la requalification automatique de son contrat en contrat de travail à temps complet. Le salarié estime bel et bien que l’absence de la mention des 3 jours ouvrables de prévenance doit entrainer une présomption absolue de travail à temps complet ! Si le juge retenait cette interprétation, cela voudrait dire que l’employeur ne pourrait même pas amener la preuve matérielle que le salarié a bien été employé à temps partiel. Mais, fort heureusement, la cour d’appel et la Cour de cassation refusent d’aller aussi loin.

Le salarié ne gagne pas toujours à chipoter sur son contrat

Le salarié devait avoir une sacrée dent contre son employeur pour demander à le faire condamner sans même lui permettre d’apporter la preuve de sa bonne foi. Un détail permet peut-être d’imaginer les relations qu’entretenaient les parties : le salarié a été licencié malgré sa qualité de salarié protégé, après autorisation de l’inspecteur du travail. On imagine que l’entente n’était pas vraiment cordiale…

Cela explique en partie l’attitude du salarié, sans parler de sa malhonnêteté apparente. Il estime que l’absence d’une mention dans son contrat de travail à temps partiel doit permettre de le requalifier automatiquement en contrat de travail à temps complet.

La cour d’appel et la Cour de cassation le recalent de concert. Ce n’est pas parce que l’employeur oublie d’insérer un élément prévu par la convention collective que cela le condamne automatiquement ! Cet oubli crée seulement une présomption simple de travail à temps complet. Il suffit à l’employeur de prouver que le salarié était bien à temps partiel pour ne pas être condamné. Et justement, les éléments de preuves apportés par le chef d’entreprise lui donnent gain de cause. Malgré la faille présente dans le contrat de travail, le salarié n’était pas en permanence à la disposition de son employeur. Le petit jeu du salarié tombe donc complètement à plat.

La cour d’appel, après avoir constaté que le contrat de travail ne comportait pas de mention du délai de prévenance, a exactement retenu que l’omission d’une telle mention créée une présomption simple de travail à temps complet que l’employeur peut renverser en rapportant la preuve que le salarié n’avait pas à se tenir en permanence à sa disposition.   

Arrêt n°425 du 03 juin 2020 (18-24.945) - Cour de cassation - Chambre sociale

Les entreprises doivent rester vigilantes dans la rédaction du contrat de chaque salarié

La décision de la Cour de cassation est rassurante pour les entreprises. Le salarié ne peut pas toujours tirer profit des failles potentielles dans la rédaction du contrat de travail. Le juge offre au chef d’entreprise la possibilité de se défendre et de prouver sa bonne foi, notamment dans les conditions d’exécution du contrat.

Pourtant, les entreprises restent vulnérables à la moindre erreur. Imaginons que l’entreprise trainée en justice n’ait pas réussi à prouver que son salarié n’était pas à sa disposition en permanence. Elle aurait alors été condamnée… C’est un avertissement sans frais à tous les chefs d’entreprise qui doivent rester vigilants dans l’application de leur convention collective et dans la rédaction des contrats de travail.

La décision rappelle aussi à ceux qui en doutaient que le fameux « rôle du méchant » échoit plus souvent qu’on ne le pense au salarié. Les moins scrupuleux d’entre eux vont tenter d’exploiter toutes les ficelles possibles pour nuire en toute conscience à leur employeur.

Chaque chef d’entreprise doit donc prendre un maximum de précautions pour se protéger contre tout salarié qui serait tenté de chercher la petite bête dans son contrat.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite

Le débat sur la constitutionalisation de l'IVG a profondément divisé les partis de droite, Rassemblement National et Républicains à l'Assemblée. Emmanuel Macron peut se réjouir: il a une fois de plus montré qu'il n'avait pas d'adversaire idéologiquement constitué; il a divisé les deux groupes d'opposition de droite; il a tendu un piège, qui a fonctionné, à Marine Le Pen. Cependant le résultat du vote montre qu'être de  droite, c'est précisément ne pas accepter, comme force politique, les diktats


CDS

CDS

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée

"Haro sur l'extrême-droite" est un spectacle qui est bien parti pour rattraper "La Cantatrice Chauve" de Ionesco jouée sans interruption à Paris, au théâtre de la Huchette depuis 1957. En l'occurrence, nous avons affaire à une (mauvaise) comédie politique, jouée sans interruption depuis  le 13 février 1984, jour où Jean-Marie Le Pen était l'invité de L'Heure de Vérité, la célèbre émission politique de l'époque.  Depuis lors, nous avons affaire à un feuilleton ininterrompu d'épisodes, dont l'anal


CDS

CDS

L'humeur de Veerle Daens : la Walkyrie Von der Leyen lâchée par ses propres soutiens à Bruxelles

L'humeur de Veerle Daens : la Walkyrie Von der Leyen lâchée par ses propres soutiens à Bruxelles

Bienvenue au cirque bi-mensuel de Strasbourg, ce théâtre courtisan où l'on dépense des millions en kérosène pour faire semblant de diriger un continent. Mais ce mercredi 11 mars 2026, l’ambiance sous le dôme de verre n’était pas aux embrassades habituelles. Notre "Walkyrie" impériale, Ursula von der Leyen, a troqué son armure de "puissance normative" pour celle d’une guerrière de la realpolitik, et manque de chance : ses propres écuyers commencent à trouver le costume un peu trop large pour elle


CDS

CDS

Le détroit d'Ormuz est devenu un "mur de risques" infranchissable, par Elise Rochefort

Le détroit d'Ormuz est devenu un "mur de risques" infranchissable, par Elise Rochefort

Pourquoi c'est important : bien que techniquement ouvert selon le droit international, le détroit est opérationnellement clos au 11 mars 2026. La paralysie de cette artère, où transite normalement 20 % du pétrole mondial, menace de faire basculer l'économie globale dans une crise énergétique majeure. L'actualité brûlante : Trois nouveaux navires ont été attaqués aujourd'hui. Le vraquier thaïlandais Mayuree Naree est en flammes au nord d'Oman avec trois marins portés disparus. Le porte-conten


Rédaction

Rédaction

IA et stagflation : quand le rideau se lèvera-t-il sur le Grand Remplacement des cadres européens ?

IA et stagflation : quand le rideau se lèvera-t-il sur le Grand Remplacement des cadres européens ?

Le rideau se lève enfin sur la grande illusion du progrès technologique "au service de l'humain". Si vous observez les chiffres de l'emploi américain de ces six derniers mois, le constat est sans appel : le "grand remplacement" des cadres et des diplômés par l'IA n'est plus une dystopie de science-fiction, c'est une réalité comptable. Alors que la technostructure bruxelloise nous berce de rapports lénifiants sur une "transition juste", la stagflation qui s'installe en Europe agit comme un fouet


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

En perte de vitesse, Volkswagen va supprimer 50.000 postes

En perte de vitesse, Volkswagen va supprimer 50.000 postes

Le géant allemand Volkswagen vient d’annoncer un plan de réduction de coûts massif : 50.000 suppressions d’emplois en Allemagne d’ici 2030. Une décision spectaculaire qui illustre la crise profonde traversée par l’industrie automobile européenne. Après une année 2025 catastrophique — la pire depuis le scandale du Dieselgate — le groupe doit restaurer sa rentabilité tout en investissant massivement dans l’électrique, les logiciels et les batteries. Derrière ces restructurations se dessine une tr


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany