Municipales à Paris : jeux cachés d’influence autour des sondages d’opinion

Municipales à Paris : jeux cachés d’influence autour des sondages d’opinion


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Les sondages d’opinion commencent à pleuvoir pour traquer les résultats des municipales à Paris. Sont-ils tous complètement dénués d’arrière-pensées et parfaitement fiables? Le sondage publié par l’IFOP rappelle tout de même quelques conflits d’intérêts autour desquels un jeu d’influence en faveur d’Anne Hidalgo et de Cédric Villani semble se dessiner.

Les sondages d’opinion sont-ils tous scientifiques et aveugles? On peut émettre quelques doutes sur la façon dont ils sont parfois élaborés. Pour preuve: le sondage d’opinion publié par le Journal Du Dimanche sur les municipales à Paris, dont il se dégage deux constats clairs: Anne Hidalgo est en tête des intentions de vote, et Cédric Villani commence déjà à disputer la vedette à Benjamin Griveaux. D’ailleurs, le titre de l’article qui rend compte des résultats du sondage ne dit pas autre chose.

Les sondages d’opinion sont-ils objectifs?

Dans le cas du sondage du Journal Du Dimanche, il faut lire l’encadré en bas de l’article pour comprendre que l’IFOP a utilisé, pour obtenir ses résultats, la technique du « questionnaire auto-administré en ligne », qui consiste à proposer à des internautes représentatifs de répondre à des questions en ligne, demandant à chacun pour qui il voterait. S’ensuit une liste de noms de candidats.

Comme on le dit souvent, on fait dire n’importe quoi aux chiffres, et le sondage de l’IFOP échappe encore moins que les autres à cette règle. On se doute en effet qu’un processus d’interrogation qui consiste à poser dix fois la même question avec un nom qui change finit par lasser. Si le sondage avait demandé aux internautes en dernier s’ils étaient prêts à voter Villani, il y a fort à parier que, gagnés par la lassitude, les internautes eussent moins souvent achevé la lecture de la liste et les résultats de Villani seraient probablement moins bons.

Cette façon de poser les questions permet à un électeur de s’égarer dans les choix qui lui sont soumis.

L’IFOP voit une inflation de macronistes à Paris

Pour comprendre la duperie du sondage publiée par le Journal du Dimanche, il faut reprendre l’historique des quelques sondages publiés sur les municipales parisiennes depuis le mois d’avril.

Ainsi, le 1er avril, un sondage (très sérieux) publié par Le Figaro et réalisé par Elabe plaçait Anne Hidalgo entre 21 et 25% des voix, qu’elle doive affronter Griveaux, Mahjoubi ou Villani. Le même sondage plaçait Griveaux autour de 22% et Villani autour de 20% des intentions de vote, soit sensiblement plus qu’aujourd’hui. On peut même dire que, depuis le mois d’avril, Villani a perdu 5 points d’intentions de vote, ce qui n’est pas très bon… mais évidemment le Journal du Dimanche oublie de le signaler.

Le 21 juillet, Libération publiait un sondage réalisé par l’IFOP (et nous verrons que l’IFOP aime Cédric Villani) affirmant ceci:

51 % des 1 000 Parisiens interrogés entre le 12 et le 16 juillet auraient ainsi une «bonne opinion» de lui <Cédric Villani, NDLR>. Il devance nettement la maire sortante Anne Hidalgo (41 %) et plus nettement encore l’ex-porte-parole du gouvernement (38 %).

Ce sondage intervenait juste après l’investiture de Benjamin Griveaux et légitimait la préparation de la candidature de Villani.

Aujourd’hui, le Journal du Dimanche publie donc un sondage où Villani s’éloigne des cimes qu’on lui prêtait. Il est non seulement distancé par Griveaux, mais sa popularité semble en berne par rapport à ce qu’on lui prêtait il y a six mois.

Surtout, une lecture distraite du sondage de l’IFOP laisse à penser qu’En Marche représente 35% des voix à Paris. C’est toute l’ambiguïté de la méthode de sondage qui conduit à cette conclusion fausse. En réalité, le sondage de ce dimanche montre qu’Hidalgo battrait Griveaux ou Villani, mais qu’en aucun cas une liste commune Griveaux-Villani n’atteindrait les 35%. La vraie lecture du sondage est qu’En Marche est en recul à Paris, quelque soit le candidat, par rapport à l’état de l’opinion en avril, et qu’Anne Hidalgo conforte son avance.

Pourquoi Villani est un chouchou des grands titres mainstream

Autrement dit, les perspectives de Villani sont nettement moins bonnes aujourd’hui qu’il y a six mois. Pourtant, les titres de presse infèrent le contraire. Le Journal du Dimanche titre par exemple, aujourd’hui:

A Paris, Hidalgo en tête, Villani talonne Griveaux, selon notre sondage

On se souvient que, par rapport au sondage IFOP de juillet, les intentions de vote en faveur de Villani déçoivent. Mais, curieusement, ce journal phare du groupe Lagardère n’en dit rien. Les Échos, qui appartiennent à Bernard Arnault, reprennent exactement le même titre.

On a déjà souligné ici les liens privilégiés qui existent entre Bernard Arnault et Cédric Villani. On s’aperçoit peu à peu que le soutien dont Emmanuel Macron avait bénéficié de la part de ces grands titres se reporte aujourd’hui sur le mathématicien. L’absence d’idées affichées par celui-ci sur le logement ou sur d’autres problématiques n’est probablement pas pour rien dans ce soutien. Comme Macron, Villani est un homme lige qui portera les idées clés que ces soutiens lui souffleront à l’oreille, et gérera le reste à sa guise.

L’IFOP et ses relations controversées avec Anne Hidalgo

On observera avec attention le jeu joué par l’IFOP dans cette élection. L’un des enseignants du sondage publié dimanche tient au renforcement d’Anne Hidalgo à Paris. Ce n’est pas rien. On rappellera ici que le Canard Enchaîné avait épinglé l’IFOP pour un rapport qu’Anne Hidalgo lui avait commandé. Moyennant la coquette somme de 225.000 euros (partagée avec le cabinet de conseil Planète Publique), l’IFOP et son directeur adjoint Frédéric Dabi avaient pondu 14 pages pour dire du bien d’Anne Hidalgo.

Ce genre d’attention avant les élections oblige toujours un peu.


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