Mercosur : chronique d'une soumission annoncée, par Veerle Daens

Mercosur : chronique d'une soumission annoncée, par Veerle Daens


Partager cet article

Le spectacle est rodé, les costumes sont de sortie et la mise en scène est impeccable. À Paris, on assiste à une tragédie grecque jouée par des acteurs de boulevard : le grand « Non » français au Mercosur.

On sort les fourches, on bloque les routes, et les ministres se succèdent sur les plateaux avec l’air grave de ceux qui vont « monter au front » à Bruxelles. C’est héroïque, c’est vibrant... et c’est surtout un mensonge intégral.

L’art du bistouri : le « Split » ou la décapitation de la souveraineté

Pendant que nos politiques haranguent les foules, les technocrates bruxellois, eux, pratiquent la chirurgie fine. Leur instrument ? Le « split ».

L’astuce est d’une simplicité diabolique : on prend le traité, on le découpe, et on isole le volet commercial (le fameux « Trade-only »). D’un coup de scalpel juridique, on évacue tout ce qui nécessite l’accord des parlements nationaux. Pourquoi s’encombrer du vote de l’Assemblée nationale quand on peut s’en passer ? Une fois scindé, le Mercosur devient une « compétence exclusive » de l’Union. Il suffit alors d’une majorité qualifiée au Conseil et d’un tampon du Parlement européen pour que le bœuf argentin arrive dans nos assiettes.

Attention aux 3 sujets mortifères du Conseil européen, par Thibault de Varenne
Autour du rond-point Schuman, atmosphère de fin de règne maquillée en urgence historique ! Alors que les tracteurs de nos agriculteurs encerclent une nouvelle fois le périmètre de sécurité, transformant le quartier européen en forteresse assiégée, les chefs d’État et de gouvernement s’enferment dans le bâtiment Europa pour ce qui pourrait

La France pourra voter « non » au Conseil pour la forme, elle sera mise en minorité, et elle devra appliquer le traité. C’est le génie de la machine : nous avons signé des traités qui permettent d’ignorer nos propres refus. Le « Non » français n'est plus une décision, c’est un commentaire en marge d’un texte déjà écrit.

La « Learned Helplessness » : le chien, la cage et le paysan

C’est ici que le diagnostic de J.D. Vance sur la learned helplessness — l’impuissance apprise — prend tout son sens. Rappelez-vous cette expérience cruelle : on administre des chocs électriques à un chien dans une cage. Au début, il cherche à s’enfuir. Puis, comprenant que rien ne change, il finit par s’allonger et gémir, même quand la porte de la cage est grande ouverte.

Voeux pour 2026 : sortons de l’avachissement contre J.D. Vance !
Je souhaite à tous une bonne année : celle d’une remise en selle pour sortir de notre avachissement. Pour cette occasion, je publie ma réponse à la question posée par QuestionR, sur la différence entre la théorie de J.D. Vance sur l’affaiblissement moral aux USA et mon concept d’avachissement. Meilleurs

La France est ce chien.

Nos agriculteurs gémissent, nos citoyens s’indignent, mais personne ne regarde la porte ouverte. On réclame des « clauses de sauvegarde » ou des « mesures de réciprocité », ces petits os que Bruxelles nous jette pour nous calmer. Mais personne ne pose la seule question cohérente : si ce système nous broie, pourquoi y rester ?

L'avachissement national consiste à préférer le confort de la plainte à l'effort de la liberté. On veut le beurre de la protection et l'argent du beurre européen, sans jamais assumer le risque d'un Frexit. Le résultat ? Une nation qui a appris à être impuissante, qui délègue sa survie à ceux qui veulent sa perte, et qui appelle cela de la « diplomatie ».

Le vote comme somnifère

Voter contre le Mercosur sans sortir de l'UE, c'est comme voter contre la pluie tout en restant sous l'orage. C’est une catharsis pour les masses, un somnifère pour les paysans, et une plaisanterie pour les fonctionnaires de la Commission.

En acceptant le mécanisme du « split » sans remettre en cause l'appartenance à l'Union, la classe politique française valide son propre effacement. Elle joue une pièce de théâtre pour masquer une réalité brutale : la France ne gouverne plus, elle gesticule.

Dormez bien, braves gens. Le bœuf est en route, le traité est scellé, et vos cris ne sont que le bruit de fond d'une province qui a oublié qu'elle fut un jour un État.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Comment Trump a permis d'industrialiser les délits d'initié en bourse...

Comment Trump a permis d'industrialiser les délits d'initié en bourse...

par Vincent Clairmont Près de 800 millions de dollars de positions vendeuses sur les contrats à terme pétroliers ont été placés le 8 juin à 8 h 24, heure de New York, selon les données de séance horodatées publiées par The Kobeissi Letter. Vingt et une minutes plus tard, à 8 h 45, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi déclarait le détroit d'Ormuz « complètement ouvert ». À 9 h 10, les cours s'étaient effondrés. Le Brent, qui avait touché 126 dollars au pic de mars, refluai


Rédaction

Rédaction

Léon XIV, l'IA et la nouvelle tour de Babel, par Eric Lemaire

Léon XIV, l'IA et la nouvelle tour de Babel, par Eric Lemaire

L'encyclique *Magnifica Humanitas* n'est pas vraiment un texte sur l'intelligence artificielle. C'est un texte sur le pouvoir. Sous prétexte d'IA, Léon XIV réactive toute la doctrine sociale de l'Église pour mettre en garde contre une nouvelle forme de totalitarisme technologique. Le constat est souvent juste : concentration du pouvoir numérique, tentation transhumaniste, risques militaires, manipulation de l'information. Mais le remède reste flou : davantage de régulation, davantage de gouverna


Rédaction

Rédaction

Réponse à un lecteur : un héritage de 150 000 € ne se place pas sur cinq ETF de défense après +69 %

Réponse à un lecteur : un héritage de 150 000 € ne se place pas sur cinq ETF de défense après +69 %

par Vincent Clairmont Un lecteur veut placer les 150 000 euros d'un héritage sur les cinq ETF de défense et de cybersécurité de notre article du 7 avril, après une hausse de près de 70 %. Mais ce papier disait « spéculatifs », et son volet jumeau s'adressait à qui possède déjà une épargne de sécurité. La performance passée n'est pas un point d'entrée, et « défense » n'a jamais voulu dire « défensif ». LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrie


Rédaction

Rédaction

Quand le pétrole fait la politique monétaire : protéger son épargne en régime d'inflation importée

Quand le pétrole fait la politique monétaire : protéger son épargne en régime d'inflation importée

par Vincent Clairmont L'inflation de la zone euro est repartie à 3,2 %, tirée par l'énergie et la guerre au Moyen-Orient. La Banque centrale européenne, prisonnière d'un choc qu'elle n'a pas créé, s'apprête à relever ses taux. Pour l'épargnant, le rendement réel du « sans risque » est déjà négatif — voici comment protéger son patrimoine sans parier sur le prochain baril. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de


Rédaction

Rédaction