Marine Le Pen a trouvé son adversaire et ce n’est pas l’URSS, c’est la CGT. Jeudi 5 novembre 2026, au salon Euronaval de Villepinte, la candidate du Rassemblement national à la présidentielle a écarté l’idée d’une hausse autoritaire du salaire minimum de 10 %, portée par la centrale syndicale.
Marine Le Pen a trouvé la parade : ne pas contraindre le patron, mais envoyer la note à quelqu’un d’autre. La formule est habile, elle l’est moins quand on cherche qui paiera.
Refuser la contrainte patronale, mais subventionner les augmentations de salaires
« On est dans une situation trop fragile pour imposer (aux entreprises) en quelque sorte, de manière autoritaire, une augmentation du SMIC de 10 % », a déclaré Marine Le Pen devant la presse. Avant d'ajouter : « On rentre dans l'URSS (et) je ne suis pas absolument convaincue de l'efficacité de l'URSS. » La candidate du RN ne ferme pourtant pas la porte à une augmentation des rémunérations. Elle propose d'inciter les employeurs à augmenter les salaires de 10 % en les exonérant des charges sociales afférentes. Elle préfère donc la carotte fiscale à l'obligation légale.
La mesure proposée par LFI sur le SMIC provoquera une vague de licenciements et n’apporterait rien aux classes moyennes. Je propose plutôt de permettre aux entreprises d'augmenter les salaires de 10 % jusqu'à trois fois le SMIC en les exonérant des charges afférentes pendant cinq ans.
— Marine Le Pen (@MLP_officiel) November 5, 2026
Le dispositif ne date pas d’hier. En 2022, Marine Le Pen l’avait déjà défendu dans une version élargie : exonération pendant cinq ans pour les hausses de 10 % consenties aux salariés rémunérés jusqu’à trois fois le SMIC. À l’époque, l’Institut Montaigne avait évalué la facture : 800 millions d’euros en 2025, 4,8 milliards en 2027, et 12 milliards en 2029. La candidate parle aujourd’hui du SMIC, mais le périmètre de l’exonération, dans l’esprit de sa proposition, ne s’arrête pas au salaire minimum. Il englobe une fraction large des salariés du privé, bien au-delà des 2,2 millions de personnes payées au SMIC.
La question du financement n’est jamais posée. Le RN assure que la mesure ne coûterait rien à l’État, le manque à gagner étant compensé par la hausse de la consommation. C’est une hypothèse, et non un chiffrage : la Sécurité sociale ne fonctionne pas à l’intuition macroéconomique. Elle encaisse des cotisations et verse des prestations. Une exonération non compensée creuse un trou, que le contribuable finit toujours par combler.
Pendant que la niche grandit, le déficit se creuse
Le contexte budgétaire rend l’exercice particulièrement inconfortable. En 2025, le déficit de l’ensemble des branches de la Sécurité sociale atteint 21,6 milliards d’euros, le niveau le plus élevé depuis 2012 hors période de pandémie. Le PLFSS pour 2026 prévoyait même 23 milliards, avant une légère révision. Dans le même temps, les exonérations de cotisations sociales représentent 78,8 milliards d’euros, dont 39,1 milliards pour la seule réduction générale sur les bas salaires. Le Sénat estime que les niches sociales non compensées représentent environ 35 milliards d’euros.
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Ajouter une nouvelle niche à cet empilement, sans document chiffré ni mécanisme de compensation identifié, revient à aggraver un déséquilibre déjà documenté par la Cour des comptes. La juridiction financière réclame d’ailleurs 10 milliards d’économies par an à la Sécurité sociale pour stabiliser sa trajectoire. La proposition de Marine Le Pen va exactement dans la direction opposée : elle augmente les dépenses sociales sans augmenter les recettes correspondantes, et elle le fait au nom de la liberté. Le SMIC concerne pourtant environ 2,1 millions de salariés. Une exonération appliquée aux augmentations de 10 % pourrait donc représenter un engagement financier important, selon son périmètre et ses modalités. Sans estimation, la promesse reste politiquement séduisante, mais budgétairement incomplète.
Marine Le Pen n'est pas seule à refuser une hausse autoritaire du salaire minimum. Édouard Philippe, pour Horizons, privilégie l'organisation du travail, les heures supplémentaires et le dialogue social. Bruno Retailleau, chez Les Républicains, juge également cette piste dangereuse pour les entreprises, en raison des risques de faillite.
Refuser de dicter aux entreprises une augmentation salariale est une position économique défendable. On peut dénoncer l'URSS sans vouloir transformer la Sécurité sociale en distributeur de subventions salariales. Libérer le travail suppose aussi de regarder en face le coût des décisions publiques. Le RN devra donc répondre à une question simple : combien coûtera cette générosité, et qui paiera ?