Incapable d’empêcher les pillages des 17 et 18 octobre, l’État prévoit de répartir leur coût sur tous les assurés. Une contribution de 0,8 % sur les primes auto, habitation et dommages aux entreprises serait annoncée pour le 1er janvier 2027, avec un rendement estimé à 400 millions d’euros par an. Les auteurs des dégâts, eux, ne verseront rien de plus.
La mesure pose une question: pourquoi ceux qui subissent les conséquences des dégradations doivent-ils également financer leur indemnisation collective, alors que la protection de l’ordre public relève précisément des missions régaliennes de l’État ?
Une contribution de 0,8 % pour mutualiser le coût des violences urbaines
Le dispositif figure à l’article 171 de la loi de finances pour 2026, promulguée en février. Il prévoit la création d’un fonds de mutualisation destiné à indemniser les dommages liés aux émeutes et mouvements populaires. Sa gestion devrait être confiée à la Caisse centrale de réassurance, avec une garantie de l’État plafonnée à 3,25 milliards d’euros.
Le taux de contribution envisagé est de 0,8 % des primes d’assurance, pour un rendement annuel estimé à 400 millions d’euros. Son entrée en vigueur est prévue au 1er janvier 2027. Attention toutefois : les textes réglementaires d’application restent attendus, et le taux définitif devrait encore être précisé.
Selon Morningstar DBRS, les pillages et dégradations des 17 et 18 octobre pourraient représenter jusqu’à 1,2 milliard d’euros de dommages pour les assureurs. Mais les ménages arrivent déjà sous pression : entre 2020 et 2025, les primes d’assurance automobile ont augmenté de 21 % et celles de l’habitation de 25 %.
Le contribuable finance les conséquences d’une sécurité défaillante
Juridiquement, la contribution de solidarité est versée par les compagnies d’assurance, et non directement par les particuliers. Mais rien n’empêche les assureurs d’en répercuter le coût sur leurs tarifs. Selon Contribuables Associés, les assurés financeraient ainsi les trois quarts du dispositif, les compagnies prenant en charge le quart restant.
Le débat parlementaire a pourtant révélé une opposition politique. À l’Assemblée nationale, plusieurs groupes, du Rassemblement national au MoDem, ont tenté de supprimer cette contribution. Leurs amendements n’ont pas été examinés après le recours au 49.3. Le sénateur Jean-François Husson a, au contraire, défendu une solidarité entre assurés pour préserver la couverture des territoires exposés.
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Le gouvernement invoque la continuité de l’assurance et la protection des commerçants. Les assureurs doivent pouvoir indemniser les victimes, y compris dans les territoires où le risque devient difficilement assurable. Mais cette solidarité a un prix, supporté par des millions de personnes étrangères aux violences.
Il y a surtout une distinction fondamentale entre mutualiser les risques naturels et mutualiser les conséquences d'actes volontaires. Une émeute n'est pas une catastrophe météorologique. Elle implique des auteurs, des responsabilités et une mission de maintien de l'ordre qui incombe à l'État. La loi de finances organise ainsi une socialisation financière des dégâts, alors même que le principe de responsabilité individuelle devrait conduire à rechercher d'abord les auteurs des destructions. La « cotisation émeutes » n’est pas une assurance contre un aléa naturel ; c’est le prix d’un service régalien non rendu, facturé à ceux qui n’ont rien cassé.