Par Eric V.
Hier, j'ai participé à la manifestation intersyndicale du 5 novembre, qui s'est déroulée dans un calme relatif. Voici les images que j'ai prises place de la Nation. Je voulais profiter de ce papier pour souligner, n'en déplaise aux aigris de tous poils, l'étonnante gentillesse festive de notre jeunesse.
La manifestation du 5 novembre 2026 s'est majoritairement déroulée dans le calme. On a bien compté quelques charges de police (souvent incohérentes) dans l'après-midi, et on a entendu des grenades de désencerclement le soir, sur la place de la Nation. Mais la consigne générale semblait avoir été donnée du côté des forces de l'ordre : on joue la désescalade et la courtoisie (mais si, mais si,...) et on n'arrête de taper comme des brutes.
Grâce à ces postures raisonnables, la protestation, encadrée par le service d'ordre de la CGT, a exprimé ses points de vue sans heurts notables et sans pillage.
On s'en félicitera.
Si vous souhaitez voir l'ensemble des micro-trottoirs que j'ai réalisés hier, vous pouvez utilement rejoindre le canal Telegram Restez libre! (qui est le canal du Courrier) :
Pour l'essentiel, le cortège, qui était dense et n'a achevé son déroulement place de la Nation que vers 18h30, était surtout tourné vers le pouvoir d'achat.





On notera qu'il s'achevait par une présence de Force Ouvrière en moins grand nombre que la CGT.
Mais je tenais surtout à accorder une mention spéciale à la jeunesse, et à sa gentillesse festive. Ce point m'avait frappé dès le 17 octobre, où les manifestants, même parmi les pillards, observaient une forte de bienveillance heureuse, polie, attentive, pour les Anciens.
Cela fait plusieurs décennies que je participe à des manifestations, et j'étais bien jeune dans les premières où j'ai pointé le bout de mon nez. Nous n'avions pas, à cet âge-là, cette douceur souriante que je vois sur le visage de nos jeunes.
La manifestation d'hier a probablement constitué une sorte de triomphe pour cette gentillesse festive et empathique, nourrie d'une impressionnante imagination.


Hier soir s'est déroulé une sorte de concours de chars portés par des étudiants joyeux. Il y avait quelque chose du charivari médiéval dans ce défilé haut en couleur, plein d'un esprit contestataire jovial et humoristique, qui tranche avec l'ambiance haineuse qu'on connaît trop souvent dans ces manifestations. C'est peut-être cela qu'il faut le mieux retenir : l'état d'esprit drolatique, où l'expression politique évite la violence pour s'exprimer dans une sorte de fête.

Partout, la fête battait son plein et la place de la Nation s'est transformée en une sorte de boîte de nuit géante avec plusieurs ambiances, ceinturée par des policiers en armes.

Le paradoxe est là : cette foule de jeunes débonnaires mais parsemée de casseurs, de voyous, de malfrats, capables d'entraîner derrière eux des déferlements de violence, offre un visage changeant. Le mystère règne dans cette coexistence entre un esprit "positif" que n'avions jamais connu, et une capacité étrange à basculer dans un autre chose peu désirable. Les mêmes, parfois, passent d'un sourire enjoué et dénué d'arrières-pensées à une sorte d'envoûtement destructeur.
Dans tous les cas, ce mouvement est, dans sa nature même, nouveau. Il porte des valeurs et un "ethos" que nous découvrons. Une pancarte disait, en octobre : "Nous mettons fin à l'époque contemporaine". Cela se pourrait bien.

