Macron tripatouille et rapatrie l’or de la Banque de France : bonne ou mauvaise chose? par Elise Rochefort

Macron tripatouille et rapatrie l’or de la Banque de France : bonne ou mauvaise chose? par Elise Rochefort


Partager cet article

Macron vient de réaliser un tour de passe-passe sur l'or de la Banque de France, qui est passé sous les radars. L'opération, très "financière", mérite qu'on s'y arrête, car elle se solde finalement par une plus-value importante pour la Banque de France... de l'ordre de 13 milliards €.

Le sujet? Les 2 437 tonnes de notre réserve nationale de métal jaune.

On sait à cause de qui les cours de l’or ont baissé, par Vincent Clairmont
Le marché de l’or, en ce début d’avril 2026, offre un spectacle qui défie les manuels d’histoire financière. Alors que le conflit en Iran, déclenché le 28 février dernier, aurait dû propulser le métal jaune vers la stratosphère, nous assistons à un “bullion slump” — un effondrement des cours — qui laisse
Sur quels ETF spéculatifs placer les 150.000€ de l’héritage de grand-maman (et le Guide gratuit de Vincent Clairmont !)
Le monde de “mamie” a vécu. Si vous venez d’hériter de 150.000€, les laisser dormir sur un compte courant est le plus sûr moyen de les voir s’évaporer face à une inflation qui dépasse désormais les 4% et une stagflation qui s’installe. Retrouvez notre Guide complet gratuit, en fin

Le "coup de New York" : une translation sans navires

On nous annonce, avec un air de souveraineté retrouvée, que la France a rapatrié ses dernières réserves stockées à la Réserve fédérale de New York. Entre juillet 2025 et janvier 2026, 129 tonnes d’or ont fait le "voyage". Mais attention au "tripatouillage" sémantique : n’imaginez pas des galions lourdement chargés traversant l’Atlantique sous escorte de la Marine nationale. Pour éviter les frais de transport et les "diplomatic kerfuffles" avec un Donald Trump imprévisible, le gouverneur Villeroy de Galhau a opté pour l'arbitrage pur : on a vendu les vieux lingots dépareillés à New York au prix fort et racheté du métal tout neuf, aux normes LBMA ($99,5\%$ de pureté), sur le marché européen.

Un miracle comptable à 13 milliards d'euros

L'opération n'est pas seulement logistique, elle est surtout opportuniste. En vendant alors que l’once tutoyait les 5 600 dollars en pleine tempête géopolitique au Proche-Orient — le fameux "choc Iran" — la Banque de France a réalisé une plus-value record de 12,8 milliards d’euros.

C’est ici que le génie (ou le tripatouillage, selon votre bord) intervient. En 2024, la Banque de France affichait une perte historique de 7,7 milliards d'euros. Grâce à cette "cristallisation" des gains sur l'or, elle termine l'exercice 2025 avec un bénéfice net de 8,1 milliards. Une opération blanche en volume — nous avons toujours 2 437 tonnes — mais une opération dorée pour le bilan.

Bonne ou mauvaise chose?

Le bon côté : La France est désormais l'un des rares pays au monde à détenir 100% de son or sur son propre sol, à 27 mètres sous terre dans "La Souterraine". À l'heure où les avoirs russes sont gelés et où le dollar est utilisé comme une arme, cette autonomie n'a pas de prix. De plus, notre stock est enfin modernisé, liquide et prêt à être utilisé comme garantie en cas de crise systémique.

Le revers de la médaille : Ce redressement spectaculaire du bilan sert aussi à masquer les difficultés structurelles liées aux taux d'intérêt. Et le chantier n'est pas fini : il reste encore 134 tonnes de Napoléons et de lingots "antiques" à Paris qu'il faudra fondre d'ici 2028 pour achever cette mise aux normes.

Alors, "tripatouillage"? Sans doute. Mais dans un monde où l'or redevient l'assurance-vie des nations, ce rapatriement silencieux et lucratif ressemble fort à une victoire stratégique que l'on ne peut que saluer, même si elle arrange bien les affaires de l'Élysée pour repeindre les comptes en vert.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Dédollarisation : où en sont les flux non-dollar en 2026 ? par Elise Rochefort

Dédollarisation : où en sont les flux non-dollar en 2026 ? par Elise Rochefort

La part du dollar américain dans les transactions internationales recule depuis le déclenchement du programme de sanctions financières contre la Russie en février 2022. Selon les statistiques SWIFT RMB Tracker publiées en mai 2026, la part du dollar dans les paiements internationaux mesurés par SWIFT est passée de 41 % en janvier 2022 à 38,7 % en mars 2026. Sur la même période, la part du yuan est passée de 2,0 % à 5,4 %. La trajectoire est continue, sans rupture, et porte sur des volumes désor


Rédaction

Rédaction

Quand l'OAT française rejoint la dette grecque, par Vincent Clairmont

Quand l'OAT française rejoint la dette grecque, par Vincent Clairmont

L'Agence France Trésor a confirmé en début d'année un programme d'émissions à moyen et long terme de 310 milliards d'euros pour 2026, contre 285 milliards en 2025 et 270 milliards en 2024. C'est un record absolu, qui dépasse en valeur nominale les pics d'émission observés en 2020 et 2021 au plus fort du choc pandémique. La trajectoire n'est plus exceptionnelle : elle est devenue structurelle. Le déficit public s'établit, dans le budget 2026 promulgué le 19 février, à 5,0 % du PIB pour l'obje


Rédaction

Rédaction

Pékin, Washington, sans nous, par Thibault de Varenne

Pékin, Washington, sans nous, par Thibault de Varenne

Le 18 mai, Donald Trump et Xi Jinping ont signé à Pékin deux « boards » bilatéraux, dix-sept milliards de dollars d'achats agricoles annuels, deux cents Boeing, un déverrouillage des terres rares. Aucun dirigeant français n'était dans la salle, et personne, à Paris, n'a paru s'en émouvoir. C'est peut-être cela qu'il faut commenter. Je m'abonne au Courrier Le sommet du 18 mai à Pékin n'a pas seulement scellé une détente commerciale entre Washington et la Chine populaire. Il a acté un fait que l


Rédaction

Rédaction

ALERTE : la grande laisse monétaire de l'euro numérique adoptée de façon imminente

ALERTE : la grande laisse monétaire de l'euro numérique adoptée de façon imminente

Et si défenseurs fédéralistes et adversaires souverainistes de l'euro numérique se trompaient au même endroit, sans s'en apercevoir ? L'instrument que la BCE s'apprête à faire voter ne change pas seulement nos moyens de paiement. Il achève, à le bien regarder, l'invention d'une tutelle dont Tocqueville avait, voici un siècle et demi, donné la description exacte. Il existe, plié dans le tiroir oublié d'une étude notariale, dans le portefeuille d'un vieux médecin de campagne ou contre la doublure


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe