Lutte des castes : quand une députée macroniste crache publiquement sur les « banlieues »

Lutte des castes : quand une députée macroniste crache publiquement sur les « banlieues »


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Il faut absolument lire l’interview de la députée Shannon Seban, officiellement présidente du parti macroniste en Seine-Saint-Denis, pour avoir une bonne illustration de ce que signifie la lutte des castes. S’agissant d’Israël, nous avons tous bien entendu que la moindre critique contre la politique de Nétanyahou est désormais suspecte de nostalgie pour Auschwitz et susceptible de traduction immédiate en correctionnelle. En revanche, les mêmes qui sont prompts à dénoncer l’antisémitisme se sentent tout à fait libres de véhiculer les clichés les plus simplistes sur leurs opposants. Deux poids deux mesures : ce que les amis d’Israël ont allègrement le droit de faire est strictement interdit aux autres.

Donc, il est antisémite d’expliquer que massacrer des dizaines de milliers de femmes et d’enfants à Gaza est une violation du droit international, du droit de la guerre et des droits fondamentaux. En revanche, les mêmes qui font l’amalgame entre l’antisionisme et l’antisémitisme ont pour leur part tout à fait le droit de réduire la critique d’Israël à un « électorat de banlieue ».

Reprenons bien le raisonnement, dans ce qu’il a d’elliptique.

D’un côté, supposer, insinuer, évoquer l’hypothèse qu’être de confession juive (mais est-ce bien une affaire religieuse ? l’ambiguïté demeure) implique une solidarité communautaire, ou des raisonnements politiques, est forcément antisémite et constitue une incitation à la haine. Et pourquoi pas au fond ? Manier les stéréotypes, les clichés, et laisser penser qu’un responsable politique juif a plus d’amitié pour Israël que pour la Palestine ou l’Iran relève d’un essentialisme très discutable. Il y aurait une essence juive qui dominerait la faculté au libre choix : dans cette idée, nous pouvons entendre qu’on trouve les graines de tout antisémitisme.

Mais ce qui est en cause, c’est l’essentialisme (mot galvaudé que nous employons par commodité) : penser qu’être né dans une communauté, qu’être « situé » quelque part, détermine le destin et les actes. Au fond, les humains ne seraient plus libres, ils seraient déterminés par leurs origines.

D’un autre côté, mystérieusement, ce qu’il est interdit d’appliquer à une personne de confession israélite est autorisé pour tous les autres.

Ainsi, pour la députée Seban, les « banlieues » aiment l’apologie du terrorisme et l’antisionisme de la France Insoumise serait dicté par une volonté de récupérer « leurs voix ».

Là encore, dévoilons le raisonnement.

Premièrement, critiquer Israël, c’est adhérer à l’islamisme radical, terrorisme compris. Parce que, bien entendu, en Palestine, on ne compte que des islamistes radicaux. Sommes-nous bêtes ? À Bethléem, l’église de la Nativité a bien évidemment été transformée en mosquée par tous ces Palestiniens qui sont autant de barbus avec un couteau entre les dents. Et, à Jérusalem, le Saint Sépulcre a subi le même sort. Bien entendu….

Nous rappelons ci-dessous l’un des entretiens où nous avons rappelé que le Hamas a largement bénéficié de la protection d’Israël pour affaiblir l’OLP, organisation laïque qui a historiquement structuré le combat contre Israël, et qui continue à combattre.

Deuxièmement, cette critique d’Israël, qui est forcément une apologie du terrorisme, est circonscrite aux « banlieues », terme pudique qui désigne les Musulmans de France. Et, sur ce point, Shannon Seban n’a aucun problème pour véhiculer des clichés pas très loin de l’incitation à la haine raciale. Dans ses éléments de langage, un musulman en France habite forcément une banlieue, et il est un adversaire d’Israël. Et son vote est dicté par le soutien à la Palestine.

Voilà qui n’est pas du tout un cliché.

Ajoutons que, dans les « silences » du raisonnement de la députée Seban, on comprend que seules les « banlieues » soutiennent la cause palestinienne. Là encore, voilà un bel exercice d’incitation à la haine : pour critiquer Israël, il faut habiter en banlieue et, de préférence, dans une banlieue peuplée d’arabo-musulmans. Ailleurs, on soutient Nétanyahou.

Bref, la critique d’Israël est à l’intersection, diraient les gauchistes, de la lutte des classes et de la lutte des races. Avoir envie de vomir au spectacle de ces enfants affamés et amputés à vif, c’est réservé aux Musulmans de banlieue, aux pauvres qui croient au Prophète. Toute autre personne considère que ces monstruosités sont légitimes.

Bien sûr, bien sûr. Et ces gens-là se prétendent raisonnables et démocrates.


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