L'humeur de Veerle Daens : Retailleau et les 150 milliards, une fenêtre d’Overton... ou un simple courant d’air ?

L'humeur de Veerle Daens : Retailleau et les 150 milliards, une fenêtre d’Overton... ou un simple courant d’air ?


Partager cet article

Mes chers amis, Eric Verhaeghe, qui participait à une présentation aux entrepreneurs du programme de Retailleau par Retailleau lui-même, a cru voir un fantôme ce matin au siège des LR. Un spectre élégant, vêtu d’un costume bien coupé, hantant les couloirs de son parti avec une promesse que l’on n'avait plus entendue depuis que François Fillon a disparu dans les limbes de la Sarthe et des affaires judiciaires. Bruno Retailleau a, semble-t-il, sorti le grand jeu : la « prospérité par le travail » et, tenez-vous bien, 150 milliards d'euros de baisse des dépenses publiques.

C’est charmant. C’est presque… mignon.

Le saut de l'ange d'Overton

Bruno tente ce qu’on appelle une « Fillonade inversée ». Il veut élargir la fenêtre d’Overton — cet espace mental où une idée politique passe de « folie furieuse » à « option raisonnable ». Proposer de couper 150 milliards dans un pays où l’on crée un nouveau Cerfa dès qu'une marguerite pousse de travers, c’est courageux. C'est même radicalement libérateur sur le papier.

Mais ne nous emballons pas. La fenêtre d'Overton en France, ce n'est pas une baie vitrée qu'on ouvre sur le grand large ; c'est une lucarne de prison rouillée qu'on essaie de dégripper avec un cure-dent.

L’humeur de Veerle Daens sur Epstein : omerta en France, révolte aux USA...
Pendant que la France se drape dans les rideaux de velours de ses ministères pour étouffer les échos de l’affaire Epstein, de l’autre côté de l’Atlantique, un homme fait tomber les masques. Thomas Massie, le représentant libertarien du Kentucky, vient de nous offrir une leçon magistrale de ce que devrait

Pourquoi le scepticisme est mon état naturel

Alors, cet élargissement est-il tenable ? Permettez-moi d'en douter avec la ferveur d'une libertarienne qui a déjà lu ce script trois fois.

  • Le complexe de la cure d'amaigrissement : en France, quand un politicien parle de baisser les dépenses de 150 milliards, l'opinion publique entend « on va supprimer les pansements et l'école maternelle ». Dès que Bruno touchera au premier centime de subvention pour l'élevage de escargots unijambistes, la rue sera en feu.
  • La mémoire de poisson rouge : le programme est "raisonné", nous dit-il. Mais la rationalité face à un Léviathan étatique qui dévore 57% du PIB, c'est comme demander poliment à un alligator de devenir vegan. Ça ne dure que jusqu'au prochain repas.
  • L'ADN du "Oui, mais" : la droite française adore le libéralisme... quand elle est dans l'opposition ou devant des patrons. Une fois au pouvoir, elle redécouvre soudainement les charmes du dirigisme et la peur panique de froisser un syndicat de fonctionnaires.

Un mirage dans le désert étatiste ?

Retailleau joue une partition noble, celle de la "valeur travail". C'est superbe. Sauf qu'en France, le travail est tellement taxé qu'il relève parfois du bénévolat pour l'État. Vouloir rendre le travail attractif tout en maintenant une structure bureaucratique qui nécessite 150 milliards de coupes juste pour commencer à respirer, c'est comme vouloir vider l'océan avec une petite cuillère en argent.

Le verdict de Veerle

Est-ce tenable ? Seulement si l'on change de peuple ou de logiciel. Ouvrir la fenêtre, c’est bien. Mais si c’est pour la refermer dès qu’un courant d’air socialiste fait éternuer la presse, c’est juste de la gymnastique électorale. Bruno nous promet une révolution libérale ; je crains que vous ne finissiez, amis français, comme d'habitude, avec une circulaire administrative de plus sur la taille des trombones.

En attendant, savourons ce moment de clarté. C'est tellement rare de voir quelqu'un à droite admettre que l'argent public n'est pas une ressource magique qui tombe du ciel, mais une somme qu'on a d'abord dû voler dans la poche de ceux qui produisent.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Pourquoi les libertariens considèrent la redistribution des richesses par l'impôt comme une spoliation

Pourquoi les libertariens considèrent la redistribution des richesses par l'impôt comme une spoliation

En France, pays où le génie fiscal semble être la seule industrie encore florissante, parler de l'impôt comme d'un "vol" vous classe immédiatement au rang des séditieux ou des originaux. Pourtant, derrière les grands mots de "solidarité" et de "contrat social", se cache une réalité que les libertariens dénoncent depuis près de deux siècles : la transformation de la Loi en instrument de rapine. Pourquoi, pour cette école de pensée, votre feuille d'imposition n'est-elle rien d'autre qu'un constat


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Quelles dispositions Alain Delon aurait-il dû prendre pour éviter 21 millions d'impôts à ses héritiers ? par Vincent Clairmont

Quelles dispositions Alain Delon aurait-il dû prendre pour éviter 21 millions d'impôts à ses héritiers ? par Vincent Clairmont

Le verdict est tombé, et il est aussi cinglant qu'une réplique du Samouraï : sur les 48 millions d'euros du patrimoine net d'Alain Delon, le fisc français a prélevé 21 millions d'euros. Près de 44 % de "frais de sortie". Pour les familles dont le patrimoine franchit le seuil critique de 1,8 million d'euros par enfant — point de bascule vers la tranche marginale d'imposition à 45 % — cette affaire n'est pas qu'un fait divers de presse people, c'est un cas d'école sur les dangers de l'impréparati


Rédaction

Rédaction

Réduire son impôt avec le "Jeanbrun" : un optimum à 285.000€ ! par Vincent Clairmont

Réduire son impôt avec le "Jeanbrun" : un optimum à 285.000€ ! par Vincent Clairmont

Le Courrier vous aide à échapper légalement à l'impôt sur le revenu, en vous présentant aujourd'hui la bonne stratégie pour l'investissement immobilier "Jeanbrun". Si celui-ci profite d'abord aux tranches marginales supérieures à 41%, il a son intérêt dès la tranche à 30%. Avec un montant optimal de 285.000€. L’entrée en vigueur, le 21 février 2026, du dispositif Jeanbrun n’est pas une simple mise à jour technique ; c’est une rupture paradigmatique majeure dans l’histoire de notre fiscalité imm


Rédaction

Rédaction

Guerre d'Iran : compte-rendu des opérations de guerre escalade balistique régionale (6 – 14 mars 2026), par Thibaut de Varenne

Guerre d'Iran : compte-rendu des opérations de guerre escalade balistique régionale (6 – 14 mars 2026), par Thibaut de Varenne

L’évolution du conflit multidimensionnel impliquant la République islamique d’Iran, l’État d’Israël et les États-Unis d’Amérique a atteint un paroxysme d'intensité au cours de la période s'étendant du 6 au 14 mars 2026. Cette phase de la confrontation, désignée par le commandement central américain (CENTCOM) comme s'inscrivant dans la continuité de l’opération « Epic Fury », se caractérise par une transition brutale d'une guerre de positions vers une stratégie de dévastation des infrastructures


Rédaction

Rédaction