L'humeur de Veerle Daens : il y a six ans, l'auto-attestation de sortie nous transformait en enfants de la servitude

L'humeur de Veerle Daens : il y a six ans, l'auto-attestation de sortie nous transformait en enfants de la servitude


Partager cet article

Il y a six ans jour pour jour (plus un !), Emmanuel Macron demandait aux Français de rédiger une auto-attestation pour avoir le droit de sortir de chez eux. Retour de Veerle Daens, sur cette expérience d'absurdité collective que certains normies n'ont toujours pas "interrogée".

Dans le théâtre d’ombres de la gestion sanitaire française, un accessoire a cristallisé, à lui seul, le basculement d’une société de droit vers une société de surveillance administrative : l’auto-attestation de déplacement dérogatoire. Pour un libertarien, ce morceau de papier n’était pas une simple formalité technique, mais une inversion radicale de la hiérarchie des normes et une négation de l'autonomie de la volonté.

L’humeur de Veerle Daens : la dynastie des Duhamel, ou quand l’info mainstream est une affaire de famille
Veerle Daens revient pour nous sur l’entre-soi hallucinant, tellement Ancien Régime, de l’information télévisée française, structurée autour de la famille Duhamel. Mais ! chut ! nous sommes dans une grande démocratie où l’égalité des chances et la méritocratie triomphent... 🇫🇷📺 La dynastie Duhamel est présente sur quasiment tous les plateaux des chaînes d’

L’inversion de la présomption de liberté

Le fondement de la pensée libertarienne, ancré dans le droit naturel, stipule que la liberté est la règle et la contrainte l'exception. Or, le principe même de l'attestation repose sur une logique inverse : l'enferment est devenu l'état par défaut, et chaque sortie une « dérogation » que l'individu devait s'accorder à lui-même sous l'œil vigilant du Léviathan.

En forçant le citoyen à justifier son mouvement — un droit pourtant fondamental — l'État a transformé la liberté en une concession administrative révocable. Ce dispositif a infantilisé les Français, les réduisant à un statut de « mineurs » devant rendre des comptes sur leurs moindres faits et gestes. On ne circule plus parce qu'on est libre, mais parce qu'on dispose d'un motif validé par la nomenclature bureaucratique.

L’humeur de Veerle Daens : la dynastie des Duhamel, ou quand l’info mainstream est une affaire de famille
Veerle Daens revient pour nous sur l’entre-soi hallucinant, tellement Ancien Régime, de l’information télévisée française, structurée autour de la famille Duhamel. Mais ! chut ! nous sommes dans une grande démocratie où l’égalité des chances et la méritocratie triomphent... 🇫🇷📺 La dynastie Duhamel est présente sur quasiment tous les plateaux des chaînes d’

Le simulacre de la responsabilité

L'aspect le plus frappant de l'auto-attestation est son caractère autoritaire masqué sous les traits de l'engagement personnel. Dans un cadre libertarien, la responsabilité est le corollaire indissociable de la liberté. Cependant, l'auto-attestation vide le concept de responsabilité de sa substance : l'individu n'arbitre plus son propre risque en fonction du principe de non-agression (NAP) — c'est-à-dire l'obligation de ne pas causer de tort physique à autrui  — mais se contente de remplir des cases pré-établies.

L'absurdité des limites imposées (le rayon d'un kilomètre, la durée d'une heure) illustre cette déconnexion. D'un point de vue libertarien, une personne seule marchant dans un espace ouvert ne commet aucune agression contre la propriété d'autrui. Pourtant, le formulaire français ne distinguait pas le risque réel de la simple désobéissance formelle. C'est ici que réside la « pathologie bureaucratique » : le respect de la règle administrative l'emporte sur la rationalité de l'action et sur le respect mutuel des droits naturels.

Une spécificité française face à l’ordre spontané

La comparaison internationale est édifiante. Si l'Italie a utilisé l'autocertificazione, le Royaume-Uni a initialement privilégié des recommandations fondées sur la bonne foi et la responsabilité civile, sans imposer de document obligatoire pour chaque déplacement piéton.

Pour le libertarianisme, la société doit être régie par un « ordre catallactique » (spontané), où les individus coordonnent leurs comportements par la coopération volontaire. La gestion française a choisi la planification centrale rigide. En substituant la confiance par le contrôle, l'État a non seulement entravé les libertés, mais a aussi sapé la confiance publique dans les institutions de santé.

Catallaxie, présomption fatale, despotisme doux : masterclass !
Dans cette masterclass de “transition”, je reprends les concepts-clés vus dans nos premières séances de formation, et je vous annonce la suite du programme…

Conclusion : sortir de la « mise sous cloche »

En conclusion, l'auto-attestation a marqué l'avènement d'une forme d'autoritarisme bureaucratique où la survie biologique est devenue le seul horizon, au prix de l'autonomie morale. Le libertarien ne rejette pas la nécessité de se protéger ou de protéger les autres contre un virus — car le droit à la vie est la première des libertés. Il rejette en revanche l'idée que cette protection nécessite la suspension de la dignité humaine par le biais de formulaires absurdes.

La leçon de cette crise est claire : une société qui accepte de signer son propre droit de circuler est une société qui a oublié que la liberté ne se demande pas, elle s'exerce. Il est temps de repenser la sécurité sanitaire non plus comme une coercition étatique, mais comme une extension de la responsabilité individuelle et de la coopération libre.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
L'OPEP-monde se meurt, le pétrole s'embrase : vers un Brent à 150$, par Vincent Clairmont

L'OPEP-monde se meurt, le pétrole s'embrase : vers un Brent à 150$, par Vincent Clairmont

Le marché pétrolier n'est plus une mécanique de précision, mais une boucherie à ciel ouvert. Le Brent frôle les 120 dollars le baril et, tandis que les chancelleries s'agitent, les faits, eux, sont têtus : nous assistons à la démolition contrôlée de l'ordre énergétique mondial. Ce n'est pas une simple "crise de volatilité", c'est le grand découplage entre la géopolitique de la force et les illusions d'un marché physique en état de mort cérébrale. Pourquoi l’asphyxie mondiale impose une stratég


Rédaction

Rédaction

Directive rémunérations : quelles sont les surtranspositions françaises qui nuiront aux entreprises? par Elise Rochefort

Directive rémunérations : quelles sont les surtranspositions françaises qui nuiront aux entreprises? par Elise Rochefort

Alors que l'échéance du 7 juin 2026 approche, la France s'apprête à transformer son Index de l’égalité professionnelle pour l'aligner sur la directive (UE) 2023/970. Si l'intention de réduire l'écart salarial (toujours de 14,2 % en France) est louable, le projet de loi français choisit d'aller bien au-delà des exigences européennes minimales. Pour les entreprises, ces « surtranspositions » ne sont pas neutres : elles créent une charge administrative et un risque juridique inédit que j'analyse p


Rédaction

Rédaction

Vers l’ère de l’entrepreneur innovant souverain, par Eric Lemaire
Photo by Luigi Estuye, LUCREATIVE® / Unsplash

Vers l’ère de l’entrepreneur innovant souverain, par Eric Lemaire

La numérisation débouchant sur l’intelligence artificielle est une innovation originale car elle ne bouleverse pas seulement l’économie par ses capacités mais par la vitesse inédite à laquelle elle diffuse ses effets. Uber n’a pas supprimé les chauffeurs, il a transformé leur environnement en quelques années. En Ukraine, les soldats n’ont pas disparu, leur métier a été redéfini en temps réel. La puissance ne repose plus uniquement sur la taille ou les ressources mais sur la capacité d’adaptation


Rédaction

Rédaction

Spotify: l'inexorable bascule de la culture vers le numérique

Spotify: l'inexorable bascule de la culture vers le numérique

Le géant suédois Spotify vient de publier des résultats records pour le premier trimestre 2026, confirmant l'absorption totale de la culture par les plateformes numériques. Avec un bénéfice d'exploitation en hausse de 40 %, la firme de Stockholm impose son hégémonie financière au détriment de l'exception culturelle européenne. En un trimestre, Spotify a gagné 10 millions d'utilisateurs supplémentaires pour atteindre 761 millions d'actifs. Un chiffre qui dit tout sur une bascule culturelle désor


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany