L'humeur de Veerle Daens : CRS au Burger King ou quand l’État met huit ans à digérer une vidéo YouTube

L'humeur de Veerle Daens : CRS au Burger King ou quand l’État met huit ans à digérer une vidéo YouTube


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À Paris, huit ans après les faits, neuf CRS sont jugés à partir d'aujourd'hui pour avoir violemment tabassé des Gilets Jaunes réfugiés dans un Burger King. Petite piqûre de rappel pour les prétendus "dissidents" qui réclament un soutien sans faille à la police : oui, la police, ça sert aussi à matraquer, et parfois mutiler, le peuple en colère.

Mes chers amis de la liberté (et ceux qui attendent toujours que l'État leur donne la permission de respirer),

C’est un miracle ! Sortez le champagne — ou plutôt, gardez vos sous, l’inflation s’occupe déjà de votre cave. Huit ans. Il aura fallu huit petites années à la machine judiciaire française, cette merveille de vélocité bureaucratique, pour enfin s'apercevoir qu'il s’est passé quelque chose dans un Burger King en décembre 2018.

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Huit ans pour analyser des vidéos que même un enfant de cinq ans avec une connexion 3G aurait pu traiter en deux minutes. On admire l’endurance du greffier. À ce rythme-là, le procès de la chute de l'Empire romain devrait s'ouvrir d'ici le prochain millénaire.

La Justice à la vitesse d'un escargot sous Xanax

Imaginez la scène : des CRS entrent dans un fast-food, non pas pour commander un Whopper (quoique, la violence, ça creuse), mais pour distribuer des coups de matraque à des gens déjà au sol, en l'espèce d'étranges quidam vêtus d'un Gilet Jaune. C’est filmé sous tous les angles, en 4K, avec le son et la fureur.

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Mais en France, la preuve par l'image doit d'abord mariner dans le formol administratif. Il faut que les vidéos prennent de la valeur, comme un bon vin de Bordeaux. On attend que les souvenirs s'effacent, que les protagonistes prennent leur retraite, ou que le Burger King devienne un magasin de vélos électriques bios. C'est ça, la magie du « temps judiciaire » : transformer un flagrant délit en un lointain sujet d'étude archéologique.

Le syndrome de Stockholm des « dissidents »

Mais le plus savoureux dans cette farce, ce ne sont pas les neuf CRS qui vont expliquer qu'ils ont confondu une tête humaine avec un punching-ball homologué. Non, c'est le spectacle de certains de nos chers « dissidents » de salon, qui adorent parler du peuple, faire peuple, gloser sur le peuple depuis les beaux quartiers parisiens.

Vous les connaissez, ces fiers défenseurs de la liberté qui, entre deux imprécations contre la tyrannie vaccinale ou fiscale, contre la surveillance numérique et la méchanceté macroniste, se transforment soudain en pom-pom girls du ministère de l'Intérieur dès qu'un uniforme passe dans la rue.

« Soutien total à nos forces de l'ordre ! » glapissent-ils, oubliant que ces mêmes forces de l'ordre ont passé l'hiver 2018 à redessiner le portrait des Gilets Jaunes à coups de LBD.

C’est fascinant, cette capacité à adorer la main qui tient le bâton, pourvu que le bâton soit bleu-blanc-rouge. Ils réclament moins d'État, mais plus de matraques. Ils veulent la liberté, mais demandent à la police de « rétablir l'ordre » contre quiconque ne pense pas comme eux. C'est le paradoxe du dissident en carton : il déteste le tyran, mais il est amoureux de son garde-chiourme.

En résumé

Nous avons donc :

  1. Une administration qui met huit ans à juger une vidéo Youtube.
  2. Des agents de l'État qui découvrent que frapper des gens dans un restaurant n'est pas (encore) une discipline olympique.
  3. Une opposition qui a la mémoire d'un poisson rouge et qui embrasse les bottes qui les piétineront demain.

Si la liberté consiste à choisir entre la lenteur de la justice et l'aveuglement de ses défenseurs, je propose qu'on privatise tout, même le Burger King. Au moins, là-bas, on sait ce qu'on commande : une bonne dose de gras, mais sans le coup de matraque en supplément.


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