Le premier acheteur d'or de la planète en 2026 n'est pas la Chine : c'est la Pologne

Le premier acheteur d'or de la planète en 2026 n'est pas la Chine : c'est la Pologne

Chine +20,2 t en août, Pologne première acheteuse mondiale avec 90 t. Ce que la cadence des banques centrales dit — et ne dit pas — à votre allocation en or

14 min de lecture

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Par Vincent Clairmont

La Banque populaire de Chine a ajouté 20,2 tonnes d'or à ses réserves en août, son plus gros mois depuis octobre 2023, portant ses avoirs officiels à environ 2 387 tonnes et son vingt-deuxième mois d'achats consécutifs (données PBoCreprise IndexBox). La Banque nationale de Pologne a ajouté 8 tonnes sur le même mois, ce qui porte son total à 90 tonnes depuis janvier, contre environ 80 pour la Chine (Daily Hodl, 5 septembre). C'est le quatrième mois consécutif d'achats nets au niveau mondial : 41 tonnes en mai, 51 en juin, 23 en juillet. L'once cotait environ 3 730 euros le 11 septembre, en repli de 1 % sur vingt-quatre heures après plusieurs séances de hausse (BDOR).

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Le fait notable de cette série n'est pas le volume. C'est l'identité du premier acheteur. Depuis le début de l'année, le plus gros acquéreur souverain d'or au monde n'est ni la Chine, ni la Russie, ni la Turquie : c'est un État membre de l'Union européenne et de l'OTAN, dont les réserves atteignent 640 tonnes et qui vise 700 (classement des acheteurs 2026). Trois mécanismes.

Premier mécanisme : le motif polonais n'est pas monétaire, il est géographique

J'ai écrit le 25 août que la demande officielle d'or s'expliquait par la dédollarisation — le gel des avoirs de la Banque centrale de Russie en 2022, environ 300 milliards de dollars, ayant démontré qu'une réserve libellée dans la monnaie d'un tiers est une créance révocable. Cette lecture reste juste pour Pékin. Elle n'explique pas Varsovie, qui n'a aucun contentieux avec Washington et dont la sécurité repose sur l'alliance américaine. Le motif polonais est plus simple : la Pologne est sur le flanc oriental de l'OTAN, et un pays qui envisage sérieusement l'hypothèse d'un conflit sur son sol veut une réserve qui ne dépende d'aucun système de règlement, d'aucune chambre de compensation et d'aucune signature étrangère. C'est la logique de juridiction, et elle ne suppose aucune hostilité au dollar. Elle suppose seulement qu'on ait lu l'histoire du vingtième siècle.

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Deuxième mécanisme : la cadence démontre l'insensibilité au prix 

J'avais relevé le 5 août que les banques centrales avaient acheté 288,9 tonnes au deuxième trimestre, pendant la pire chute trimestrielle depuis 2013. On pouvait en conclure qu'elles achetaient les creux. Les données d'août disent autre chose : elles ont continué après un rebond de plus de 15 % sur les quatre semaines précédentes. Un acheteur qui achète dans la baisse et dans la hausse n'arbitre pas un prix, il exécute un plan pluriannuel — la cible polonaise de 700 tonnes en est la formulation explicite. Une lecture concurrente, publiée le 4 septembre, parle au contraire d'un ralentissement des achats officiels en août : le débat porte sur le rythme, pas sur le sens. Pour l'épargnant, la conséquence reste la même : il existe sous ce marché un plancher de demande insensible aux variations de court terme. Ce n'est pas une garantie de prix. C'est une asymétrie dans la structure de la demande.

Troisième mécanisme : l'anticipation est devenue consensuelle, et c'est une nuisance

L'enquête annuelle du World Gold Council auprès des banques centrales indique que 89 % d'entre elles attendent une hausse des réserves mondiales d'or dans les douze mois, et un niveau record de 45 % anticipent une hausse de leurs propres réserves (World Gold Council ; réserves par pays). Un consensus de cette ampleur est déjà dans les cours. Il soutient le plancher ; il ne crée plus de surprise à la hausse.

La contre-thèse 

Deux objections sérieuses.

La première, que je répète parce qu'elle reste valable : les banques centrales ne sont pas de bons investisseurs. La Banque d'Angleterre a vendu près de 400 des 715 tonnes de ses réserves entre 1999 et 2002, au plus bas du siècle — épisode resté dans l'histoire sous le nom de Brown's Bottom. Leur achat n'est pas un signal de prix, et l'imiter en croyant suivre un initié est une erreur de raisonnement.

La seconde : si 89 % des acteurs officiels anticipent la même chose, le scénario de taux réels durablement positifs — la présidente de la Fed de Cleveland jugeant début septembre la politique monétaire « pas assez restrictive », avec deux hausses intégrées d'ici décembre — peut produire douze à dix-huit mois de stagnation sans que la demande officielle y change quoi que ce soit. J'y oppose ce que j'écris depuis juillet : l'inflation importée du choc pétrolier met deux à trois trimestres à passer dans les prix, et elle n'a pas fini son chemin.

Ce que je préconise 

Rien de nouveau, et c'est le propos. L'or physique reste à 30 % de la branche sûre, en pièces boursables ou lingotins, jamais en or papier. Le DCA — l'achat fractionné à montant fixe — se poursuit sans modulation : la règle du 20 juillet autorise à doubler une tranche après une correction de 10 %, elle n'autorise jamais à doubler après une hausse. Le rééquilibrage reste daté à janvier 2027. L'épargne de précaution reste hors du Barbell, sur Livret A à 1,7 %. Ce que font les banques centrales ne donne pas un calendrier d'achat ; cela documente une demande de fond, ce qui est autre chose.

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