Le missile ukrainien sur la Pologne: accident ou tentative de « fausse bannière »? par Jean Goychman

Le missile ukrainien sur la Pologne: accident ou tentative de « fausse bannière »? par Jean Goychman


Partager cet article

Pourquoi Zelenski s'est-il obstiné, pendant plus de 24 heures, à clamer que les missiles retombées sur le territoire polonais étaient russes? Pour camoufler la fin de trajectoire peu glorieuse d'un tir ukrainien? Ou parce qu'il s'était agi, au départ, d'une tentative de montage ukrainien "sous fausse bannière" russe?

En général, ce type d’action est utilisé lorsqu’un pays, en général démocratique, veut emporter l’adhésion de son opinion publique en passant pour l’agressé et non l’agresseur dans un futur conflit armé.

C’est à la fois commode et motivant de faire appel à la notion de « défense de la patrie » mais cela suppose cependant d’agir « à coup sûr » afin que la supercherie reste crédible au moins le temps de déclencher les hostilités. Après les premiers combats et les premières pertes, le sentiment de vengeance prend naturellement le pas sur toutes les autres arguments, car il se prolonge par désir impérieux de la justification que ceux qui sont tombés ne soient pas « morts pour rien »

Une attaque sous « fausse bannière » ne marche pas à tous les coups

Au début des années 1960, le général Lemnitzer avait imaginé le « plan Northwoods » destiné à justifier une intervention militaire américaine à Cuba. L’opération paraissait hasardeuse et fût refusée par un Eisenhower en fin de mandat. Non découragé, Lemnitzer repassa le projet à l’équipe Kennedy et Mac Namara obtint de Kennedy le départ de Lemnitzer de la CIA où il officiait vers d’autres cieux moins risqués pour  la crédibilité américaine.

Mais il arrive également que les « filtres de sécurité », éléments indispensables de ce type d’opérations, n’arrivent pas à bloquer le projet et, dans ce cas, le crash est quasiment assuré.

Avant de lancer la manip, un certain nombre de paramètres doivent être mis en concordance.

Outre les moyens purement techniques, il faut également un environnement événementiel favorable ainsi qu’ une chronologie qui rende l’affaire crédible, voire naturelle.

Enfin, il faut aussi que cela n’entraîne pas des conséquences qui seraient irrémédiables.

Lorsque ces facteurs ne sont pas ou insuffisamment réunis, l’opération tourne vite au fiasco et, en général, se retourne contre ses instigateurs.

C’est ce qui, apparemment, vient de se produire avec les tirs de missiles ciblant le territoire polonais.

Un missile de plus ou de moins…

Le 15 novembre, plusieurs dizaines de missiles sont partis de Russie pour atteindre des cibles ukrainiennes. Parmi ceux-ci, deux d’entre-eux (au départ, nombre réduit à un ensuite) se seraient abattus sur le territoire polonais. La Pologne étant un pays-membre de l’OTAN, on imagine la suite. Le Traité de l’Atlantique Nord stipule dans son article 5 que tous les membres doivent venir en appui du pays attaqué. Dans le contexte actuel, cela signifierait le déclenchement de la troisième guerre mondiale.

On ne connaîtra probablement jamais l’exacte vérité, mais, alors que, dans un premier temps, tous les médias « mainstream » avaient annoncé comme c’était plus ou moins prévu, une attaque de la Pologne par la Russie, il fallait au plus vite éteindre l’incendie avant qu’il n’atteigne une ampleur incontrôlée et que s’enclenche l’irréversible processus de l’escalade.

On annonce d’abord, les justifications suivront

Et le ton a été donné par Volodimir Zelenski lui-même, en accusant immédiatement la Russie et martelant qu’il répétait depuis longtemps que le sort de l’Ukraine attendait toute l’Europe et que l’OTAN devait réagir immédiatement. Evidemment, l’occasion était trop tentante pour Emmanuel Macron pour qu’il ne la saisisse pas en déclarant son « indéfectible soutien » à la Pologne, probablement inspiré par celui que de Gaulle avait déclaré à Kennedy en octobre 1962 et dans un tout autre contexte.

Heureusement, mesurant instantanément les conséquences potentielles qui risquaient de se produire, par présence d’esprit ou après concertation avec des responsables OTAN, le président polonais Andrzej Duda s’est empressé de « calmer le jeu » en démentant les propos de Zelenski sur la provenance de Russie du ou des missiles.

Pour « enfoncer le clou », Joe Biden déclara tout de go, au sujet des propos du président ukrainien : « Ce n’est pas la preuve que nous avons », ôtant ainsi toute crédibilité à son propre allié auquel, au passage, les contribuables américains ont fait parvenir presqu’une vingtaine de milliards de dollars.

Une chose est certaine, c’est qu’il y a bien eu au moins un missile qui a explosé en Pologne et que deux personnes ont été tuées

Si ce missile n’est pas parti de Russie, d’où vient-il et pourquoi Volodimir Zelenski a-t-il agi ainsi ?

D’après les premières constatations, il s’agirait d’un missile sol-air de type S300. Ce missile, apparu en 1978, est un élément d’une « chaîne de tir » comprenant des véhicules de lancement et des véhicules de détection et de conduite de tir. Il peut effectivement avoir été utilisé comme intercepteur d’un autre missile, comme il peut également également être utilisé en tir « sol-sol » après avoir été modifié par l’armée russe. Il est difficile de se prononcer sur l’origine exacte du tir et son mode opératoire donc je ne m’y hasarderais pas.

Cependant, la version communément admise et donc déclarée officielle par l’OTAN met hors de cause la Russie. Ce faisant, elle désigne donc comme coupable l’armée ukrainienne. Dans ce cas, quelle raison a bien pu pousser Volodimir Zelinski à faire de telles déclarations ?

Existe-t-il un « dessous des cartes » que nous ignorons et qui pousserait l’OTAN, indépendamment de toute autre considération, à imposer cette version ? Cela deviendrait alors un choix politique qui permettrait, entre deux maux, de choisir le moindre, à savoir qu’il vaut mieux décrédibiliser le président ukrainien plutôt que d’engager les forces de l’OTAN dans un conflit direct avec la Russie.

En même temps, pour reprendre une locution à la mode, cela permettrait de bien faire comprendre au président ukrainien qui détient réellement le pouvoir d’une éventuelle négociation…


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Médicaments : dès le 1er septembre, refuser un traitement de substitution vous coûtera cher
Photo by Roberto Sorin / Unsplash

Médicaments : dès le 1er septembre, refuser un traitement de substitution vous coûtera cher

À partir du 1er septembre 2026, refuser sans justification médicale un médicament hybride ou biosimilaire proposé par le pharmacien fera perdre le bénéfice du tiers payant. Le patient devra avancer la totalité du prix et pourra, dans certains cas, être remboursé sur la base d’un produit moins cher. Une décision technique en apparence, lourde de conséquences pour des millions d'assurés. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Retards SNCF : 70 millions d'euros d'indemnités que personne ne réclame
Photo by Loukian Jacquet / Unsplash

Retards SNCF : 70 millions d'euros d'indemnités que personne ne réclame

En 2023, 119 millions d’euros auraient dû être versés par le groupe SNCF au titre des retards, mais seuls 49 millions ont été réclamés par les voyageurs. Soit environ 70 millions d’euros laissés de côté, alors même que les procédures de compensation sont censées garantir les droits des usagers. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte,


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

283 milliards à dépenser avant la fin du mois : la panique bruxelloise
Photo by Christian Lue / Unsplash

283 milliards à dépenser avant la fin du mois : la panique bruxelloise

À quelques semaines de l’échéance de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR), Bruxelles voit les États membres accélérer leurs dépenses pour ne pas perdre les crédits disponibles. Sur une enveloppe de 650 milliards d’euros, seulement 367 milliards avaient été versés, tandis que seulement 40 % des objectifs prévus pour août 2026 avaient été atteints. La Cour des comptes européenne redoute qu’une telle course au décaissement multiplie les erreurs. LE COURRIER DES STRATÈGES Rest


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany