L’Allemagne entre ordo-libéralisme et Great Reset: encore une société européenne dont on veut piétiner les libertés

L’Allemagne entre ordo-libéralisme et Great Reset: encore une société européenne dont on veut piétiner les libertés


Partager cet article

Wolfgang Kubicki, vice-président du Parlement allemand (Bundestag), membre du Parti Libéral (FDP) actuellement au gouvernement, poussait il y a quelques jours un cri d'alarme, au point d'être éventuellement en porte-à-faux avec la solidarité gouvernementale. Mais Kubicki a raison: le travail de sape contre la démocratie largement entamé par Angela Merkel, ne s'est pas arrêté avec son retard du pouvoir. Comme ailleurs en Europe, les non-vaccinés deviennent les boucs émissaires de l'incompétence des autorités en matière sanitaire. Cependant, en Allemagne, c'est particulièrement gênant vu le passé totalitaire du pays et l'engagement pris par la République Fédérale, en 1949 puis en 1990, à toujours défendre les libertés de l'individu et la dignité de la personne

Le magazine Causeur a eu la bonne idée de publier une traduction d’une tribune publiée par Wolfgang Kubicki dans le journal Die Welt.  Kubicki, né en 1952, a une longue carrière politique derrière lui et il est, depuis 2013, vice-président des Libéraux-Démocrates.  Autant dire que sa parole porte, par exemple, lorsqu’il écrit: 

« Le temps de la pandémie, ces presque deux années marquées par de graves atteintes aux droits fondamentaux, avec des restrictions de libertés que la République Fédérale n’a jamais connues sous cette forme, m’est personnellement difficile à supporter. Étant donné que j’ai eu la chance de vivre en paix et en liberté dans ce merveilleux pays pendant près de sept décennies, je ne peux et ne veux pas m’habituer à l’idée qu’en cette période de pandémie, l’état d’urgence pourrait créer des situations dont résulterait une « nouvelle normalité » permanente. J’étais très satisfait de l’ancienne normalité. Je soutiens que nous devons revenir à cet état dès que possible« . 

Le diagnostic pourrait concerner la France: 

« Force est de constater que de nombreuses personnes ne trouvent plus de point d’ancrage dans les représentants et les institutions de notre État pour leur point de vue, leurs inquiétudes ou leur désarroi. Et je prends cela aussi comme une autocritique. Selon des juristes de renom, même la Cour constitutionnelle fédérale a perdu son aura d’ultime instance de liberté. La décision la plus récente sur le « frein fédéral d’urgence », qui a montré des faiblesses remarquables en termes de contenu et d’argumentation, ainsi que des contradictions, n’a malheureusement pas mis en place de garde-fous pour la future politique du Covid. À cet égard, l’évaluation de certains observateurs était compréhensible: Karlsruhe n’a pas contribué à la paix juridique après plus d’un an et demi de pandémie.

Nous sommes dans une phase critique de notre État de droit. Une partie importante de notre population désespère du manque de stabilité car des points de contact positifs et des opportunités d’identification ont été perdues. Ce sentiment n’effraie pas seulement les opposants anti-vaccinations, les ésotéristes et les penseurs iconoclastes. 

Notre hymne national célèbre “Unité, Justice et Liberté”. Je crains fortement que de nombreuses personnes en République fédérale ne croient plus que cela s’applique toujours à leur pays. La question préoccupante demeure donc : qui ou qu’est-ce qui maintient encore ce pays uni ?« 

Comment l'état de droit est progressivement sapé en Allemagne

La première vague do COVID avait été plutôt mieux gérée par l’Allemagne que la deuxième. A cela deux raisons principales: la grande décentralisation de la gestion du système de santé allemand; et le nombre de lits de réanimation, plus du double de celui de la France. 

Et puis sont venues de nouvelles vagues, une prise en main progressive de la politique sanitaire par la Chancelière Merkel, qui a obtenu, climat de peur entretenu par les médias, que les Länder abandonnent une partie de leur prérogatives en matières de santé en cas d’urgence. La Chancelière a d’ailleurs demandé, ensuite, à ses partenaires au sein de l’Union Européenne, que l’on renforce les compétences de l’UE en matière de santé. 

Loin de gérer les affaires courantes en matière de pandémie après les élections législatives du 26 septembre, la Chancelière a continué à intervenir. C’est ainsi que la cause de la vaccination des enfants a continué à être poussée. pendant les semaines d’intérim – après avoir forcé la main à la Stiko, la Commission scientifique et médicale qui évalue les risques de la vaccination.

Loin de rompre avec l’ère Merkel, la nouvelle coalition composée des sociaux-démocrates, des Verts et des Libéraux-Démocrates a d’emblée oublié  ses promesses de campagne: alors que le gouvernement n’était pas encore installé, la majorité a voté un passage à la vaccination obligatoire pour les soignants. Puis le nouveau Chancelier Olaf Scholz a annoncé que la vaccination serait obligatoire à partir de février. 

Exactement comme le gouvernement français, le gouvernement fédéral allemand entreprend de dire aux personnes ce qu’elles ont le droit de faire pour Noël. Ainsi un non-vacciné ne peut-il participer à une fête qu’avec seulement deux autres personnes. Un certain nombre de messes de Noël sont soumises au passe sanitaire. A beaucoup d’endroits on passe du « 3G » (vacciné, guéri ou testé) au 2G (vacciné ou guéri). 

Comme en France, les manifestations se multiplient. Le pouvoir a d’abord essayé de les mettre sous surveillance sous prétexte qu’elles auraient grouillés de dangereux extrémistes de droite – cela a justifié et justifie encore des violences contre les manifestants qui rappellent la répression des Gilets Jaunes; puis la police a eu pour consigne de faire respecter la distanciation physique entre les manifestants. Grand moment de comique, celui où l’on a vu des policiers avec des mètres passer entre les rangs des manifestants….; enfin, les manifestations ont commencé à être interdites dans un certain nombre d’endroits. Les manifestants ont alors commencé des promenades. 

Ordo-libéralisme contre Grand Reset.

On rirait au bout du compte de ces événements s’il ne s’agissait pas de l’Allemagne. Le pays a produit deux régimes totalitaires au XXè siècle. Et la République Fédérale s’est construite sur le rejet absolu des tyrannies fasciste et communiste. On est donc très mal à l’aise de voir la manière dont  Angela Merkel, ancienne ressortissante de RDA qui n’a jamais critiqué le régime quand elle y vivait, s’est attaquée au principe de subsidiarité et a fait avancer la cause de la centralisation. On n’est pas moins gêné de voir une partie de la classe politique et de la société accepter ou à encourager à ce que les non-vaccinés soient marginalisés, insultés, transformer en bouc émissaires de tous les ratés du gouvernement.  Ce n’est pas être obsessionnel que de dire que le pays qui a rejeté l’héritage d’Adolf Hitler se devrait d’être particulièrement exemplaire.  Et qu’il ne l’est pas. 

Ceci n’empêche pas les médias de se comporter servilement au service de la propagande du moment, comme dans un nouveau régime totalitaire. Ainsi le Spiegel justifie-t-il l’interdiction d’enseignement signifiée au Professeur Alexandre Kekule, de l’Université de Halle, car il ne prêche pas la doctrine d’Etat sur le COVID et la vaccination. 

Or on est frappé de voir que ce sont des Allemands qui, au cœur de l’Europe, poussent le plus vers une mise en œuvre du Great Reset: 

+ Angela Merkel naguère; Olaf Scholz aujourd’hui, avec leur programme de renforcement de l’Europe fédérale. 

+ Ursula von der Leyen, à Bruxelles, avec son fanatisme vaccinal. 

+ Klaus Schwab à Davos, le gourou de la Grande réinitialisation de la société suite à la pandémie. 

Décidément, Wolfgang Kubicki a raison quand il écrit: 

« Beaucoup de gens dans notre pays – y compris moi-même – n’auraient jamais pu imaginer que des représentants de l’État participeraient à l’exclusion ouverte et prétendument légale d’un groupe de population. Quoi qu’il en soit, beaucoup semblent s’être habitués au fait qu’avec les règles de vaccination, une décision auparavant libre contre la vaccination s’accompagne désormais d’une stigmatisation sociale. Je ne veux pas m’y habituer, quand bien même je fais à titre personnel ouvertement la promotion de la vaccination. »

L’esprit de liberté n’est pas mort en Allemagne mais il est très maltraité. C’est l’honneur d’un Kubicki d’avoir jeté un pavé dans la mare. 


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Usurpation d'identité : la SNCF facture les amendes à la victime

Usurpation d'identité : la SNCF facture les amendes à la victime

Volée de sa carte d’identité en 2021, une jeune femme de 22 ans subit depuis quatre ans une véritable descente aux enfers administrative. Plus de cent procès-verbaux SNCF, près de 10 000 euros réclamés, comptes bancaires impossibles à ouvrir et inscription au fichier des personnes recherchées. Dans cette affaire, la machine administrative continue d’encaisser tandis que la charge de la preuve repose sur la victime elle-même. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRA


Rédaction

Rédaction

Escalator à contresens : 200 € d’amende à la Gare du Nord

Escalator à contresens : 200 € d’amende à la Gare du Nord

Une voyageuse verbalisée de 200 euros par la RATP pour avoir emprunté, mi-juin 2026 à la Gare du Nord, un escalator à l’arrêt dans le mauvais sens. Pas de fraude au titre de transport, pas de danger immédiat : simplement une infraction au sens de circulation. L’affaire, révélée par une photo d’amende partagée sur les réseaux, cristallise la colère des usagers face à un zèle bureaucratique qui frappe l’ordinaire pendant que les dysfonctionnements structurels des gares persistent. LE COUR


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Quand la Défenseure des droits ne défend pas tout le monde

Quand la Défenseure des droits ne défend pas tout le monde

À quelques semaines de la fin du mandat de Claire Hédon, plus de 50.000 signataires interpellent Emmanuel Macron sur le choix de son successeur. Derrière cette mobilisation se cache une question : le Défenseur des droits est-il encore perçu comme un arbitre impartial ou comme un acteur engagé dans les batailles idéologiques du moment ? LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les c


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany