Kiev revendique l’explosion sur le pont de Crimée

Kiev revendique l’explosion sur le pont de Crimée


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En fin de matinée ce samedi 8 octobre, plusieurs voix, dans l'appareil gouvernemental ukrainien ont revendiqué la responsabilité de Kiev dans l'endommagement du pont de Crimée. Si l'on regarde froidement l'événement, on fera un double constat: en ayant recours au terrorisme, Kiev montre les limites de sa puissance; mais, comme tout acte terroriste, l'objectif est de provoquer une réaction disproportionnée de l'adversaire.

Les images de l’incendie et des dégâts sur le ^pont de Kertch sont impressionnantes.  On ne connaît pas encore les circonstances détaillées de l’explosion: 

« À l’heure actuelle, les dommages causés par une puissante explosion et un incendie sur le pont de Crimée sont en cours d’évaluation, cependant, uniquement selon des données préliminaires, les dommages causés par l’incident survenu sont estimés à environ 300 à 500 millions de roubles. Compte tenu du fait que les dommages peuvent également être cachés, le montant peut augmenter plusieurs fois.Pour l’instant con sait que la branche automobile du pont de Kertch a perdu au moins trois travées – deux d’entre elles étaient complètement dans l’eau, tandis que la troisième s’est partiellement effondrée. L’état de la voie ferrée du pont de Kertch est encore très difficile à évaluer, cependant, il doit également être restauré ».

Le gouvernement ukrainien revendique… la stratégie du faible

Plusieurs sources au sein de l’appareil d’Etat ukrainien ont revendiqué l’action, jusque dans l’entourage du président Zelenski (son conseille Mikhailo Podoliak). 

Un acte terroriste vise toujours à être spectaculaire. Mais il signe aussi la capacité d’attaque de ceux qui commettent l’attentat. En revendiquant ouvertement la tentative de destruction du pont, le gouvernement ukrainien révèle cependant qu’il est dans une situation de faiblesse. Le terrorisme est l’arme des faibles. 

C’est pourquoi il serait bon que les commentateurs gardent leur sang froid.  Par exemple, à quoi rime ce tweet, publié par un spécialiste, par ailleurs très compétent, des questions géopolitiques: 

L’attentat contre le pont reliant la Crimée au reste de la Russie,
après celui contre les gazoducs Northstream, est un acte visant à provoquer une guerre mondiale. Nous nous rapprochons de l’abîme alors qu’aucune perspective de médiation et d’apaisement ne se profile à l’horizon https://t.co/YQMNQEh9Iw

— Aymeric Chauprade (@a_chauprade) October 8, 2022

Provoquer une réaction disproportionnée de la Russie?

Aymeric Chauprade monte trop rapidement rapidement à l’extrême.  Un attentat terroriste vise un effet psychologique évident: provoquer l’adversaire pour le faire réagir de manière disproportionnée. 

Et nous autres Occidentaux, nous avons tendance à suivre parce que toute notre culture politique et militaire depuis trente ans nous y pousse. Après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont réagi de manière monstrueusement disproportionnée. A la fois destructrice et inefficace puisque, vingt ans après, les Américains ont dû quitter l’Afghanistan qu’ils avaient envahi en représailles. 

Demandons-nous quel est l’objectif ukrainien. En fait, il est triple: 

+ provoquer symboliquement la Russie et plus particulièrement le président Poutine, dont le pont est l’une des réalisations majeures. Il s’agit de l’humilier devant l’opinion mondiale – en fait devant l’opinion occidentale. 

+ renforcer l’enchaînement de la violence.  L’espoir est sans aucun doute de provoquer des représailles massives qui pourront justifier le maintien de toute la communauté occidentale dans la guerre, par solidarité avec un pays dont la Russie détruirait (à l’américaine) systématiquement les infrastructures. 

+ il s’agit bien sûr aussi de donner l’impression que l’effort militaire ukrainien ne baisse pas d’intensité – alors que les offensives dans la région de Kharkov et celle dans la région de Kherson ont marqué le pas ces derniers jours. 

Ne soyons pas dupse de la stratégie atlantiste, qui relève souvent plus de la propagande que de la guerre. On remarque depuis une semaine sur les réseaux sociaux, y compris chez des individus qui jugent sévèrement le comportement de l’OTAN et du gouvernement de Kiev, un alarmisme  qui, de mon point de vue, ne devrait pas. 

Semer la panique fait parti du bellicisme occidental ambiant. Ne tombons pas dans le piège. 

Sur le pont de Kertch comme sur d’autres provocations ukrainiennes, il est probable que la riposte russe soit différée et proportionnée. 


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