Haro sur les baisses de charges dans les entreprises


Partager cet article

Les baisses de charges suscitent des débats passionnés en France. Une note du Conseil d’Analyse Économique prétend en avoir analysé les effets sur l’emploi depuis les années 90. Elle suscite pas mal de réserves méthodologiques. Mais, venant d’un organisme d’État, elle devrait inspirer le gouvernement. Elle penche en faveur de la suppression des dispositifs au-dessus de 1,6 SMIC.

Dans les nombreuses fonctions dévolues à l’impôt en France, l’incitation à l’emploi est une fonction essentielle. La note du Conseil d’Analyse Économique rappelle opportunément que cette idée date des années 90, avec les « baisses de charges Juppé », sous le gouvernement Balladur. Depuis cette époque, la France a connu plusieurs vagues d’exonérations de cotisations, plus ou moins ciblées autour du SMIC, jusqu’à l’invention du CICE, en 2015, allant jusqu’à 2,5 SMIC.

Quel fut l’impact de ces mesures incitatives sur l’emploi?

Les baisses de charges saluées par le CAE

À rebours de nombreuses études, le CAE souligne l’impact positif des premières vagues d’exonérations, en citant des études passées, et sans forcément revenir sur leur contenu.

Ainsi, les exonérations Juppé conduisent à cette remarque du CAE:

« Nous vérifions ainsi que les entreprises, dont la structure de salaires était concentrée sur les bas salaires, ont bien réagi aux baisses de charges Juppé en augmentant fortement l’emploi (ainsi que leur production) : une baisse du coût du travail sur les bas salaires de 1 % amène les entreprises du secteur manufacturier à augmenter l’emploi de 1,7 %. Les baisses de charges ont donc bien été dans le passé une politique efficace pour l’emploi« .

Les exonérations Aubry, liées à la mise en place des 35 heures, auraient eu un impact moindre, mais positif néanmoins.

Débat sur le CICE

Concernant le CICE et le Pacte de Responsabilité de François Hollande, le CAE se montre plus mesuré et rappelle (sans trancher) la forte divergence d’évaluation entre les organismes économiques qui se sont penchés sur le sujet. Rappelons que le TEPP et le LIEPP considèrent que le CICE n’a eu aucun impact sur l’emploi, alors que l’IPP, présidé par Antoine Bozio et administré par Thomas Piketty, a eu au contraire un très fort effet favorable à l’emploi.

La note a le mérite, dans tous les cas, de mettre ces baisses de cotisations en rapport avec l’évolution des coûts salariaux unitaires nominaux en Europe depuis 1999. Cet indicateur, qui mesure le coût salarial rapporté à la production, montre que le coût du travail en France a moins augmenté que dans la zone euro dans le secteur manufacturier, mais beaucoup plus dans les autres secteurs.

Les préconisations de la note

On retiendra surtout la conclusion de la note, car elle devrait orienter les choix gouvernementaux dans les mois à venir:

« Ainsi, les évaluations existantes tout comme les évaluations menées pour cette Note ne montrent pas d’effet positif sur les exportations des baisses de cotisations sociales sur les salaires au-dessus de 1,6 SMIC, alors que cette politique (Pacte 2016 et CICE dans une large mesure) a été motivée essentiellement par un objectif de compétitivité. Sur l’emploi, les travaux portant sur le CICE ont mis en évidence un impact très modeste. (…)

Les exonérations de 1,8 point entre 1,6 et 3,5 SMIC coûteront 4 milliards d’euros en 2019. Le bénéfice n’est pas démontré et si l’argument de la stabilité doit conduire à pérenniser les baisses de charges sur les bas salaires, qui ont montré leur efficacité, il ne doit pas interdire que les évaluations négatives soient suivies d’effets.

Il existe potentiellement d’autres stratégies que les baisses de charges permettant d’aider la compétitivité. Plusieurs sujets, dont certains mentionnés dans cette Note requièrent une analyse approfondie  : l’impact des impôts sur la production, la manière dont la politique de concurrence influence les coûts des inputs des exportateurs, le mode de formation des salaires et des prix en zone euro qui influence la compétitivité macroéconomique de la France vis-à-vis de ses partenaires européens.«

Bref, les baisses de cotisations sociales ont du plomb dans l’aile dans les mois à venir.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite

Le débat sur la constitutionalisation de l'IVG a profondément divisé les partis de droite, Rassemblement National et Républicains à l'Assemblée. Emmanuel Macron peut se réjouir: il a une fois de plus montré qu'il n'avait pas d'adversaire idéologiquement constitué; il a divisé les deux groupes d'opposition de droite; il a tendu un piège, qui a fonctionné, à Marine Le Pen. Cependant le résultat du vote montre qu'être de  droite, c'est précisément ne pas accepter, comme force politique, les diktats


CDS

CDS

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée

"Haro sur l'extrême-droite" est un spectacle qui est bien parti pour rattraper "La Cantatrice Chauve" de Ionesco jouée sans interruption à Paris, au théâtre de la Huchette depuis 1957. En l'occurrence, nous avons affaire à une (mauvaise) comédie politique, jouée sans interruption depuis  le 13 février 1984, jour où Jean-Marie Le Pen était l'invité de L'Heure de Vérité, la célèbre émission politique de l'époque.  Depuis lors, nous avons affaire à un feuilleton ininterrompu d'épisodes, dont l'anal


CDS

CDS

La BCE relève ses taux, l'or corrige : le point patrimonial de la semaine

La BCE relève ses taux, l'or corrige : le point patrimonial de la semaine

Par Vincent Clairmont Chaque dimanche, je passe en revue ce que la semaine a changé pour votre épargne. Cette fois : la première hausse de taux de la BCE depuis 2023, la correction de l'or, la rechute du Bitcoin, l'euro contre le dollar, les livrets réglementés avant la révision d'août, les échéances fiscales de juin, l'entrée en vigueur du datamining DAC8. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, p


Rédaction

Rédaction

Ukraine : cette guerre que nous ne savons plus lire

Ukraine : cette guerre que nous ne savons plus lire

Par Thibault de Varenne — chronique Voici bientôt quatre ans et demi que la guerre dure à l'est de l'Europe, et nous avons cessé de la comprendre. Non que les faits manquent : ils abondent. Mais nous ne les lisons plus que dans une seule langue, celle d'un camp qui ne raconte que ses espérances. Lue depuis Moscou, Pékin et New Delhi, la carte dit autre chose. Essayons, pour une fois, de la lire avec les yeux des autres. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUI


Rédaction

Rédaction

Albanie : la lagune protégée offerte au gendre de Trump

Albanie : la lagune protégée offerte au gendre de Trump

Un mégaprojet à 1,4 milliard d'euros lié à Jared Kushner, gendre de Donald Trump,menace la réserve naturelle de Vjosa-Narta, sanctuaire de flamants roses sur l'Adriatique. L’île de Sazan, verrou géostratégique, complète le tableau. Le projet prévoit hôtels, villas et marina haut de gamme. Depuis le début du mois de juin, la « révolution des flamants roses » enflamme Tirana et le littoral sud. L’agence anticorruption a ouvert une enquête, sur fond de scandale impliquant déjà la vice-Première mini


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Bruxelles : 13 ans d'attente pour un logement social — sauf pour les amis du parti
Photo by Norbert Levajsics / Unsplash

Bruxelles : 13 ans d'attente pour un logement social — sauf pour les amis du parti

Alors que des demandeurs modestes patientent jusqu’à 13 ans sur les listes d’attente, des dirigeants socialistes à Bruxelles orientent sciemment les attributions de logements sociaux vers leurs sympathisants et électeurs. Des messages WhatsApp fuités à Anderlecht et un audit accablant à Saint-Josse-ten-Noode lèvent le voile sur un système de favoritisme généralisé. Le gouvernement régional bruxellois vacille sous le poids de perquisitions, de quatre enquêtes du parquet et d’une commission d’enqu


Rédaction

Rédaction