Nous plongeons aujourd'hui dans l'ombre d'un ennemi qui ne faisait pas la "une" jusqu'ici, mais qui hante les laboratoires de biosécurité du monde entier depuis longtemps : le hantavirus. Existe-t-il ou non un vaccin pour le contrer ?

Transmis par les rongeurs, ce pathogène peut s'avérer foudroyant, avec un taux de létalité approchant les 40% pour les souches américaines comme le virus Andes (celui qui est détecté sur un paquebot au large de l'Afrique). Pourtant, si vous poussez la porte de votre pharmacie habituelle en Europe ou aux États-Unis, la réponse sera cinglante : aucun vaccin n'est encore homologué par la FDA ou l'OMS.
Alors, comment se fait-il que l'Asie, elle, semble avoir un coup d'avance? Et où en est la révolution de l'ARN messager promise après le COVID-19? C'est ce que j'ai voulu tirer au clair.
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L'héritage asiatique : l'école du virus inactivé
La réponse à notre question commence en Corée du Sud. C'est là que le Dr Ho Wang Lee a isolé le virus Hantaan en 1976. Dès 1988, la société Korea Green Cross dépose le brevet d'un premier vaccin, l'Hantavax® (demande KR1019880015199A). Commercialisé dès 1991, ce vaccin utilise une technologie "classique" : le virus est multiplié sur des cerveaux de souriceaux avant d'être inactivé au formol.
La Chine, confrontée à des milliers de cas chaque année, a suivi une voie similaire, administrant environ deux millions de doses par an d'un vaccin bivalent (type I et II) produit sur cultures cellulaires. Mais voilà, ces vaccins "à l'ancienne" peinent à convaincre les autorités occidentales. On leur reproche une efficacité fluctuante et une immunité qui s'étiole trop vite, nécessitant désormais jusqu'à quatre injections en Corée.

La guerre des brevets : l'offensive de l'US Army
Pendant que l'Asie injecte ses virus inactivés, les États-Unis jouent la carte moléculaire. L'USAMRIID (l'institut de recherche de l'armée américaine) a très tôt cherché à s'émanciper du virus vivant.
Le tournant s'opère avec les vaccins à ADN. Le brevet US9675684B2, accordé en 2017 à l'inventrice Connie Schmaljohn, protège un système utilisant des plasmides d'ADN optimisés pour le segment M du virus. L'idée? Faire produire les protéines virales directement par nos cellules. Ces candidats sont actuellement les plus avancés en Phase I et II, utilisant des dispositifs d'injection sans aiguille comme le système PharmaJet Stratis®.

L'ARN messager : le "Genius Grant" au service de la précision
Mais la véritable rupture, celle qui nous intéresse tant aujourd'hui, vient de l'Université du Texas à Austin. Ici, on ne se contente plus de copier le virus, on le redessine.
Le Dr Jason McLellan, fraîchement lauréat du prestigieux prix "Genius Grant" de la Fondation MacArthur en 2025, a réussi une prouesse technologique : cartographier le complexe protéique du virus Andes avec une résolution atomique de 2,3 Å. Grâce à cette "blueprint" ultra-précise, son équipe a déposé une demande de brevet internationale (WO2023043901A1) en septembre 2022 pour des vaccins à acide nucléique, incluant explicitement l'ARN messager.
L'innovation? Des mutations stabilisatrices qui "verrouillent" les glycoprotéines du virus dans leur forme la plus immunogène (pré-fusion). C'est exactement la technologie qui a permis le développement des vaccins contre le COVID-19 et le VRS. Plusieurs acteurs comme Moderna ou CureVac surveillent de près ce segment, car bien que leurs brevets actuels portent sur la stabilité globale de l'ARNm, l'application aux hantavirus devient un enjeu de préparation pandémique.


Le verdict de 2026
Alors, à quand ce vaccin dans nos étagères? Si l'on en croit les marchés de prédiction scientifique de ce mois de mai 2026, la probabilité d'une approbation réglementaire avant la fin de l'année n'est que de 7,5%. La raison est simple : aucun candidat, qu'il soit à ADN, à ARNm ou utilisant un vecteur viral comme le MVA-Hanta d'Oxford, n'a encore terminé ses essais de Phase III.

En résumé, si les vaccins "sans ARN messager" existent et sauvent des vies en Orient depuis 30 ans, l'arrivée de vaccins à ARN Messager est imminente et fera probablement l'objet d'une "bagarre" aussi violente que pour le COVID-19.
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