Guerre en Iran: la « menace nucléaire », le récit brouillé israélien

Guerre en Iran: la « menace nucléaire », le récit brouillé israélien


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L’article publié par Le Dissident le 17 juin 2025 examine la manière dont Israël aurait construit et exagéré la menace nucléaire iranienne pour justifier ses actions militaires et politiques. Le narratif selon lequel l’Iran représente une menace nucléaire imminente a été un outil central dans la rhétorique israélienne, souvent amplifié pour justifier des politiques agressives, voire des projets de changement de régime. Ce discours, loin d’être basé sur des preuves solides, repose sur une série de manipulations, d’exagérations et de falsifications, orchestrées en grande partie par Israël avec le soutien de certains alliés occidentaux.

Le 12 juin, Israël a lancé des frappes aériennes visant les sites nucléaires de l’Iran sous prétexte qu’on y développe des armes nucléaires. Cette attaque surprise a été le début d’un conflit meurtrier entre les deux pays. Mais il se trouve qu’Israël a toujours eu tendance à exagérer la « menace nucléaire iranienne ».  L’article publié par Le Dissident le 17 juin 2025 examine la manière dont Israël aurait construit et exagéré la menace nucléaire iranienne pour justifier des actions militaires et politiques. L’auteur soutient que cette menace a été artificiellement gonflée, voire inventée, dans le cadre d’une stratégie plus large de changement de régime au Moyen-Orient.

Une tromperie israélienne de longue date:les origines du mythe

La fabrication de la « menace nucléaire iranienne » remonte aux années 1990. Dès 1995, des responsables israéliens affirmaient que l’Iran était à moins de cinq ans de posséder une bombe atomique, une prédiction qui s’est répétée sans jamais se concrétiser. Le New York Times rapportait à l’époque que cette réévaluation visait à positionner l’Iran comme « la menace la plus grave » pour Israël, incitant même à envisager des frappes préventives similaires à celles menées contre l’Irak en 1981.

Gareth Porter, journaliste d’investigation, a documenté comment le Premier ministre de l’époque, Itzhak Rabin, a délibérément exagéré cette menace pour renforcer la position d’Israël comme allié indispensable des États-Unis au Moyen-Orient. Cette stratégie a été poursuivie par Benjamin Netanyahou, qui a régulièrement utilisé la peur d’un Iran nucléaire pour galvaniser le soutien intérieur et international à ses politiques.

Depuis longtemps, Israël a déclaré que l’Iran représente une menace nucléaire pour le pays. Pour justifier l’attaque surprise du 12 juin, l’Etat hébreu s’est évidemment servi de cette histoire. Pour rappel, Israël a lancé des frappes aériennes sur les sites nucléaires en Iran sous prétexte que le pays était sur le point de développer une arme nucléaire. Pourtant, c’est un pur mensonge.

En 2011, le chef du Mossad israélien, Tamir Pardo a déclaré que même si l’Iran est doté d’une arme nucléaire, le pays ne « constituerait pas nécessairement une menace pour l’existence d’Israël ».  « Le terme menace existentielle est utilisé trop librement », a-t-il ajouté. Toutefois, l’Etat hébreu va continuer à user tous les moyens possibles pour « contrecarrer le programme nucléaire iranien ». En 2012, le vice-Premier ministre israélien Dan Meridor a admis que les dirigeants iraniens n’ont jamais eu l’intention de rayer Israël de la carte même s’ils ont utilisé des mots hostiles.

En octobre 2024, le directeur de la CIA, William Burns, a même déclaré publiquement :

« Nous ne voyons pas de preuve aujourd’hui que le dirigeant suprême [de l’Iran] ait inversé la décision qu’il a prise à la fin de 2003 de suspendre le programme d’armement. »

Cette position a été renforcée par le rapport annuel des menaces de mars 2024, qui confirmait que l’Iran ne développait pas d’arme nucléaire et que l’Ayatollah Ali Khamenei n’avait pas réautorisé un programme militaire nucléaire.

Au mois de mars 2025, la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, a encore affirmé que :

« l’Iran ne construit pas d’arme nucléaire  et que le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, n’a pas autorisé le programme d’armes nucléaires qu’il a suspendu en 2003 ».

Le rapport officiel « d’évaluation annuelle des menaces » publié par les services de renseignement américains confirme cette déclaration.

Manipulations à l’AIEA : des documents falsifiés pour alimenter le narratif


Comme avec les armes de destructions massives en Irak, un élément clé de cette tromperie a été l’utilisation de documents falsifiés pour influencer l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Gareth Porter a révélé que des documents, prétendument issus de sources iraniennes, ont été fournis à l’AIEA par le Mossad israélien, souvent via des intermédiaires comme les Moudjahidines du peuple (MEK). Ces documents, incluant les soi-disant « études présumées » et les « papiers de sel vert », ont été utilisés pour suggérer une dimension militaire au programme nucléaire iranien avant 2003.

Cependant, des experts comme Tariq Rauf, ancien responsable de l’AIEA, ont noté que ces documents manquaient des marques officielles typiques des dossiers iraniens, suggérant une falsification. De plus, des analyses techniques, comme celles de Michael Elleman sur le programme de missiles iraniens, ont montré que certains documents faisaient référence à des designs obsolètes, confirmant leur inauthenticité. Malgré cela, l’AIEA a parfois cédé à la pression israélienne, demandant à l’Iran des clarifications sur des allégations non fondées.

Un autre pilier de la propagande israélienne est l’affirmation selon laquelle l’Iran chercherait à « rayer Israël de la carte ». Cette idée repose sur des traductions erronées ou exagérées de déclarations iraniennes. En 2012, le vice-premier ministre israélien Dan Meridor a admis sur Al Jazeera que les dirigeants iraniens n’avaient jamais explicitement appelé à la destruction d’Israël. Au lieu de cela, leurs discours critiquaient l’existence d’Israël en des termes idéologiques, sans menacer directement son annihilation.

Netanyahou a également utilisé cette « menace nucléaire iranienne » comme prétexte pour lancer les frappes aériennes sur les sites nucléaires en Iran. Mais selon l’ancien chef de la Commission israélienne de l’énergie atomique, Uzi Eilam, il veut tout simplement « promouvoir ses propres objectifs politiques », notamment un changement de régime en Iran. Il s’agit d’un plan d’Israël et des Etats-Unis pour remodeler le Moyen-Orient.

Si l’Iran reste un rival géopolitique de l’occident, la « menace nucléaire iranienne » semble davantage un outil de propagande qu’une réalité.  En s’appuyant sur des documents falsifiés, des déclarations mal interprétées et une rhétorique alarmiste, Israël a construit un narratif qui justifie ses ambitions régionales tout en détournant l’attention de ses propres actions, notamment à Gaza.


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