À l'heure où des millions de Français s'apprêtent à partir en vacances, la SNCF reconnaît elle-même qu'elle ne peut assurer un fonctionnement parfait de son réseau. Alors que les syndicats menacent d'une nouvelle grève en plein chassé-croisé estival, Jean Castex admet qu'il est incapable de garantir un trafic à 100 %.
Un aveu qui illustre les fragilités persistantes d'un monopole public dont les usagers supportent seuls les conséquences.
Une saison estivale placée sous le signe de l'incertitude
À quelques jours des premiers grands départs de l'été, le président-directeur général de la SNCF, Jean Castex, a reconnu sur France Inter qu'il ne pouvait « pas garantir que tout va marcher à 100 % ». Une déclaration inhabituelle au moment même où l'entreprise publique met en scène le lancement commercial de son nouveau TGV-M sur l'axe stratégique Paris-Lyon-Marseille.
Après une journée de mobilisation le 10 juin ayant conduit à la suppression d'environ un TGV sur trois sur certains axes, la CGT Cheminots, SUD-Rail et l'UNSA Ferroviaire brandissent la menace d'une grève reconductible en juillet. Les organisations syndicales dénoncent des effectifs jugés insuffisants, des conditions de travail dégradées et les réorganisations successives de l'entreprise.
Privilèges syndicaux contre liberté de circulation
Au-delà des revendications syndicales, les voyageurs disposent de peu de moyens pour contourner les perturbations. Les conséquences économiques dépassent largement la seule SNCF : réservations touristiques compromises, déplacements professionnels annulés, coûts supplémentaires pour les familles et désorganisation de l'ensemble de la chaîne touristique.
Ce bras de fer révèle une iconhérence... d’un côté, un service public présenté comme essentiel à la cohésion nationale ; de l’autre, des syndicats qui exercent un droit de veto de facto sur les périodes les plus sensibles, sans que les usagers ou les contribuables aient leur mot à dire. Les conditions de travail invoquées méritent examen, mais elles ne justifient pas de paralyser systématiquement les départs de millions de Français qui paient déjà, via impôts et billets, ce système coûteux et fragile.

Acctionnaire unique du groupe SNCF, garant de la continuité du service public mais également interlocuteur des organisations syndicales, l'Etat se retrouve à la fois arbitre et partie prenante d'un conflit dont les premiers pénalisés restent les usagers.
Cette séquence estivale illustre une fois encore l’échec du modèle ferroviaire français : un monopole public, incapable de se réformer en profondeur malgré des milliards injectés. À l'heure où la France cherche à convaincre davantage de citoyens d'abandonner la voiture au profit du rail, une question s'impose : comment bâtir une politique crédible de mobilité lorsque le principal opérateur reconnaît lui-même qu'il ne peut garantir la continuité du service au moment où les Français en ont le plus besoin ? C'est sans doute là que se mesure aujourd'hui la véritable fragilité du modèle ferroviaire français. La vraie liberté de circuler exigerait bien plus qu’un nouveau TGV-M : elle passe par une concurrence réelle et la fin des rentes corporatistes.


