La CNIL et son homologue allemande , BfDI, ont posé, le 13 mai, leurs conditions à la confidentialité de l'euro numérique. Le Comité européen de la protection des données exige que la BCE révise sa copie sur trois points critiques. Pendant ce temps, à Bruxelles, la BCE continue de promettre la « liberté de paiement » et le calendrier, lui, ne bouge pas : émission prévue pour 2029.
Le 3 juin 2026, Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, a réaffirmé devant le Parlement européen l’engagement de l’institution en faveur de la liberté de paiement et de la complémentarité entre espèces et euro numérique. Quelques semaines plus tôt, le 13 mai, la CNIL et son homologue allemande, la BfDI, publiaient une mise au point conjointe exigeant des garanties concrètes de confidentialité. Le Comité européen de la protection des données (CEPD) demande à la BCE de revoir sa copie sur trois points cruciaux : les paiements hors ligne sans connexion internet, les paiements de pair à pair, et un seuil de confidentialité pour éviter le traçage systématique des transactions.

« Sans un haut niveau de confidentialité, l'euro numérique ne tiendra pas ses promesses. »
— CNIL & BfDI, communiqué conjoint du 13 mai 2026
Des gardiens qui tirent la sonnette d'alarme
Le 13 mai 2026, la CNIL et son homologue allemande, la BfDI, ont publié une mise au point conjointe inédite sur l'architecture du futur euro numérique. Le même jour, le Comité européen de la protection des données (CEPD) demandait officiellement à la BCE de revoir sa copie sur trois points précis : les paiements hors ligne sans connexion internet, les transactions de pair à pair, et surtout l'instauration d'un seuil de confidentialité en dessous duquel aucun traçage ne serait possible. L'objectif explicite : éviter « un traçage généralisé des transactions ».
Cette dernière formulation mérite qu'on s'y arrête. Elle ne vient pas d'un collectif de militants libertaires, ni d'un think-tank eurosceptique ; elle sort de la plume des régulateurs européens eux-mêmes, ceux-là mêmes qui sont censés valider l'architecture du système.

Un rapport d'experts du CEPD d'octobre 2025 avait déjà établi qu'un système à jetons pouvait garantir l'anonymat pour les paiements hors ligne mais cette option reste, à ce stade, non contraignante dans le texte législatif dont l'adoption n'est pas attendue avant 2027.
La BCE rassure, le calendrier lui donne raison
Le 3 juin, devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, a réaffirmé que l'euro numérique « préserverait la liberté de paiement des Européens ».

Discours bien rodé, chiffres en ordre de bataille : plus de 50 candidatures reçues pour le pilote, annonce des prestataires sélectionnés prévue en juillet, démarrage du pilote au second semestre 2027, émission à l'horizon 2029. La mécanique institutionnelle est en marche, et elle ne s'arrête pas pour attendre les objections des gardiens de la vie privée.

Sur le fond, la BCE met en avant deux arguments. Premier argument : l'euro numérique serait une monnaie non programmable contrairement au yuan numérique chinois, aucun tiers ne pourrait conditionner un paiement.
Deuxième argument : l'institution s'est engagée à respecter le RGPD dans son architecture, notamment les principes de minimisation des données et de limitation des finalités inscrits à l'article 5. Sauf que ces garanties ne sont, pour l'instant, que des engagements déclaratoires, le cadre législatif contraignant n'existe pas encore.
Le pilote prévu au second semestre 2027, après sélection des prestataires en juillet, permettra de tester cette infrastructure avant l’émission. Les citoyens, eux, n’ont pas vraiment leur mot à dire sur ce choix stratégique.
Le véritable enjeu: qui contrôle l'infrastructure de demain?
Aujourd'hui, 61 % des paiements par carte dans la zone euro transitent par deux réseaux non européens , à savoir Visa et Mastercard. L'euro numérique se présente comme la réponse souverainiste à cette dépendance : une infrastructure publique, des normes ouvertes, un acteur européen au cœur du système.

Cependant, remplacer une dépendance privée américaine par une dépendance publique européenne n'est pas, par définition, un progrès pour la vie privée des citoyens. Une banque centrale qui sait, en temps réel, où, quand et combien chaque résident de la zone euro dépense dispose d'un instrument de surveillance financière sans précédent, quelles que soient ses bonnes intentions déclarées. Le fait que 81 % des adultes européens se disent inquiets de l'usage de leurs données de paiement n'a pas modifié d'un iota le calendrier de la BCE.
Pour les libertariens, une monnaie centrale numérique, même avec des garde-fous techniques, concentre entre les mains d’une bureaucratie un levier inédit de traçabilité des échanges privés. Dans un contexte où la France a perdu sa souveraineté monétaire au profit de Francfort et Bruxelles, cet euro numérique illustre parfaitement les dérives de l’UE. La vraie liberté de paiement passe par le maintien des espèces physiques et, à terme, par la reconquête nationale de notre politique monétaire.
Désormais, lorsque les gardiens de la vie privée tirent eux-mêmes la sonnette d’alarme, il serait imprudent de considérer le débat comme réglé.




