Et si les anciennes provinces de France étaient l’avenir des nouvelles régions française ?

Et si les anciennes provinces de France étaient l’avenir des nouvelles régions française ?


Partager cet article

Alors que la campagne des élections régionales semble n’intéresser personne et que l’abstention s’annonce massive, il est bon de s’interroger sur la pertinence du maintien des régions dans leur périmètre actuel dans l’optique d’un aménagement du territoire optimal et d’un dynamisme démocratique idéal. Nos régions républicaines d’après 2016 ne retrouveraient-elles pas un regain démocratique dans nos provinces royales d’avant 1790 ?

Il convient donc de s’interroger sur la pertinence du maintien d’un découpage, qui ne répond pas aux attentes, dans l’optique de la réflexion engagée en 2019 par le président de la République sur un nouvel acte de la décentralisation.

LA REFORME TERRITORIALE DE 2015 : NECESSAIRE… MAIS BACLEE

La réforme territoriale de 2015 de François Hollande visait plusieurs objectifs : 1°) alléger le mille-feuille territorial ; 2°) conférer aux régions une taille critique leur permettant de se confronter à la concurrence européenne ; 3°) réaliser des économies de gestion.

Quelques années plus tard, la quasi-totalité des experts ainsi que la Cour des comptes s’accordent sur l’échec de cette réforme.

1°) La suppression des conseils généraux a été très vite abandonnée. De plus, François Hollande raye d’un trait de plume la réforme Sarkozy qui prévoyait la fusion des conseillers régionaux et des conseillers généraux en conseillers territoriaux.

2°) Il s’est développé l’opinion parmi les élites françaises que plus les régions seraient grandes plus elles seraient puissantes, comme s’il y avait un rapport mécanique entre les deux. Or dans bien des cas, une région trop étendue sans cohérence territoriale ni grande métropole dominant l’ensemble du territoire, n’a qu’une illusion de grandeur sur le papier, mais, dans les faits, c’est une «coquille vide».

3°) La fusion de deux régions entraine la disparition d’une capitale régionale mais, en compensation, les services administratifs ont souvent été maintenus. Alors que le gouvernement avait annoncé des économies de l’ordre de 10 milliards d’euros «à moyen terme», on observe des surcoûts qui s’élèvent plutôt à 50 millions d’euros annuels –augmentation de la masse salariale (dédoublement des services) et indemnités d’élus (alignement par le haut).

TAILLE ET COMPETENCES

Pour faire de vraies économies, il y a un certain consensus à l’idée de rapprocher départements et régions, mais la fusion ne pourra se faire qu’à une taille raisonnable. Pour certains habitants, ces « superrégions » sont devenues en effet quelque peu artificielles et cela ne constitue donc pas un progrès, comme le montrent certaines de nos régions actuelles.

Pour donner plus de poids aux régions, c’est sur les compétences et non la taille qu’il faudrait jouer. Car le vrai problème, c’est que les compétences se chevauchent, ce qui multiplie les coûts de fonctionnement. Si l’Etat transfère des compétences au profit d’une circonscription territoriale dont les frontières paraissent arbitraires à ses habitant, on ouvre la porte à une contestation des décisions futures. La décentralisation fonctionne quand la prise de décision se fait au profit d’un échelon territorial qui parait légitime.

HISTOIRE ET TERRITOIRE, LES DEUX MAMELLES DE LA DECENTRALISATION ?

Lorsque l’on interroge les Français sur leur sentiment d’identification régionale, ressortent les provinces de l’Ancien Régime plus ou moins retravaillée par l’histoire récente, comme l’a montré le géographe Jacques Levy. C’est une forme d’alliance entre un héritage historique et des particularismes territoriaux bien vivants aujourd’hui.

Des territoires intermédiaires, culturellement et économiquement assez homogènes, centrés autour d’une métropole ou d’une grande ville, c’est le bon équilibre entre proximité et efficacité. En regroupant les départements par deux ou trois reviendrait souvent à recréer les provinces de l’Ancien Régime, abolies à la Révolution française, mais pourrait symboliser une égalité républicaine renouvelée entre territoires. Ces anciennes provinces ont souvent gardé une identité culturelle, et parfois une homogénéité économique et géographique assez forte. Cela en fait le bon échelon d’administration déconcentrée et évite que chaque bout de territoire ne tire dans les pattes de l’autre à cause d’intérêts divergents.

On prête au Président la volonté de mener ce chantier à bien avant la fin de son quinquennat. Mais pour que cette loi sur les territoires soit réussie, elle doit faire l’objet d’une consultation de la population, car on ne doit pas laisser les «barons locaux» instaurer une carte administrative reposant sur des considérations électoralistes comme en 2015. Il semble tard pour conduire à bien un tel processus qui ne soit pas purement formel, s’il doit déboucher d’ici quelques mois.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Quand le macronisme comprendra-t-il que l'UE coûte désormais plus cher qu'elle ne nous rapporte?

Quand le macronisme comprendra-t-il que l'UE coûte désormais plus cher qu'elle ne nous rapporte?

Janvier 2026 restera gravé dans les annales comme le mois du « grand désenchantement ». En l'espace de trois semaines, une succession de décisions bruxelloises a fracassé le mythe de l'Europe protectrice pour laisser place à la réalité d'une Europe prédatrice. Le « bloc central », cette alliance hétéroclite qui gouverne la France en s'accrochant au dogme fédéraliste européen comme une huître à son rocher, se trouve aujourd'hui face à une équation impossible. La défense, le commerce et l'énergie


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Justice spectacle ou secret d'État ? Le duel Clinton-Trump enterre l’affaire Epstein

Justice spectacle ou secret d'État ? Le duel Clinton-Trump enterre l’affaire Epstein

Six ans après la mort en détention du financier, Jeffrey Epstein, accusé de trafic sexuel pédocriminel, le Congrès peine toujours à établir des responsabilités claires. Dernier épisode en date : le refus de Bill et Hillary Clinton de témoigner devant la commission d’enquête de la Chambre des représentants, dirigée par le républicain James Comer. En refusant de témoigner, le couple défie l'administration Trump et dénonce une manœuvre politique, illustrant une fois de plus l'arrogance d'une caste


Rédaction

Rédaction

Ukraine: une affaire de corruption éclabousse l'ex-Première ministre Ioulia Timochenko

Ukraine: une affaire de corruption éclabousse l'ex-Première ministre Ioulia Timochenko

L’Ukraine n’a pas attendu l’invasion russe pour être classée parmi les nations les plus corrompues du globe. Ce fait, longtemps occulté par la communication de guerre, ressurgit . Mercredi dernier, les autorités anti-corruption (NABU et SAPO) ont perquisitionné le siège du parti Batkivchtchyna. La figure historique de la « Révolution orange », Ioulia Timochenko, est désormais au cœur d’un scandale d’achat de votes au Parlement. Après la démission en novembre dernier de Andriy Yermak, puissan


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Trump tremble : la France envoie quinze soldats au Groenland ! par Veerle Daens

Trump tremble : la France envoie quinze soldats au Groenland ! par Veerle Daens

Mesdames, Messieurs, rangez vos abris anti-atomiques et cessez de trembler pour l’avenir de l’Occident. L’Élysée vient de sortir l’artillerie lourde. Non, ce n'est pas le Charles-de-Gaulle (il est sans doute encore en maintenance), ni une cyber-attaque dévastatrice contre Mar-a-Lago. Non, la France, dans un élan de bravoure qui rappelle les plus belles heures de la déconnexion étatique, a décidé d'envoyer quinze soldats au Groenland. Oui, vous avez bien lu. Quinze. Une équipe de foot à la


CDS

CDS