En actionnant le 49-3, Macron déclenche la convergence des crises

En actionnant le 49-3, Macron déclenche la convergence des crises


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Emmanuel Macron a déclenché le 49.3 comme s’il était seul au monde. Comme si la France ne se trouvait pas exposée, comme tous les pays occidentaux, au risque d’une crise systémique. Bienvenue dans la convergence des crises (politique, bancaire, financière….monétaire un jour prochain?)!

La crise du Crédit Suisse est momentanément arrêtée: la Banque Nationale Suisse ayant mis 50 milliards à disposition du Crédit Suisse pour enrayer la chute spectaculaire du cours des actions. Il n’empêche, les marchés restent très nerveux. La décision de la BCE de relever ses taux de 50 points de base malgré le risque de krach bancaire n’est pas propre à apaiser. On commence à parler aussi d’inquiétude concernant le secteur de l’assurance.

Est-ce bien raisonnable de déclencher le 49-3 en phase de grande nervosité des marchés?

Entre en scène Emmanuel Macron, qui décide de passer en force à l’Assemblée Nationale car il ne disposait pas de la majorité pour faire voter la version, même remaniée en Commission Mixte Paritaire, de la réforme des retraites.

Ce faisant, le Président a visiblement mis le feu aux poudres. Eric Verhaeghe est actuellement sur la Place de la Concorde, et nous vous incitons à suivre le fil en direct de notre chaîne Telegram « Rester libre ».

Sans qu’on puisse prévoir la virulence des mouvements de rue et des blocages à travers le pays (par exemple de nombreux accès à la ville de Rennes ont été bloqués ce matin, provoquant jusqu’à 45 kilomètres d’embouteillages jeudi matin 16 mars), le pays a devant lui une crise politique. Tout est imaginable, du vote d’une motion de censure (même si Eric Ciotti et Bruno Retailleau ont décidé de jouer jusqu’au bout le rôle – politiquement absurde – de sauveurs du macronisme) à une paralysie du système politique avec un gouvernement sans majorité et un président en perte d’autorité.

Comment les marchés vont-ils réagir?

La France comme maillon faible du système occidental?

On se rappelle qu’un des motifs pour faire la réforme des retraites est de répondre à une injonction répétée du FMI. Emmanuel Macron a pensé en avoir d’autant plus besoin qu’il avait porté le déficit public à des sommets inégalés – 120% du PIB avec sa politique du « quoi qu’il en coûte » pendant le COVID.

Du coup, si Macron ne peut même plus donner le change d’une réforme des retraites permettant des économies qui se chiffrent en dizaines de milliards quand il a dépensé, au nom du « quoi qu’il en coûte », des centaines de milliards, la France devient naturellement le centre d’attention de tous ceux qui scrutent la solidité du système.

On ne saurait trop insister sur l’étau qui se resserre pour la dette française avec la montée des taux d’intérêt. Et il suffit d’un emballement – mais les crises ne sont-elles pas faites de ces mimétismes incontrôlables ? – pour que le « spread », le différentiel de taux d’intérêt entre la France et l’Allemagne s’accroisse  encore, alors qu’il a dépassé 2% de différentiel en novembre dernier et qu’il est aujourd’hui à 2,2% (l’Allemagne emprunte sur les marchés à 0,5% et la France à 2,7!). (C’était avant l’augmentation des taux de la BCE ce 16 mars)

La dette française et la crise politique se conjuguent au possible tourbillon qui peut entraîner des banques françaises (le cours des actions a partiellement dévissé hier, en même temps que Crédit Suisse: moins 11% pour la BNP, moins 13% pour la Société Générale le mercredi 15 mars) mais aussi, nous l’avons vu, le secteur de l’assurance, ou bien – dans une ville où  les éboueurs font grève de puis de longs jours – le marché immobilier parisien.

La France au coeur d’une crise de la zone euro?

En tout cas, alors que l’Italie semble connaître, avec Giorgia Meloni, une certaine stabilité politique, la France, elle pourrait devenir le canard boîteux de la zone euro en entrant elle-même dans une crise politique durable, qui aurait pour démultiplicateur une crise financière.

Par définition, les crises systémiques prennent un cours inattendu. Le feu ne prend pas toujours là où on l’attend. Mais force est de constater qu’un Président certes réélu mais au prestige international affaibli, décide d’allumer une mèche dans un environnement national et international explosif.

On aurait pu imaginer que, du fait du contexte financier international, le Président Macron lâche du leste. Or il a fait le contraire: en déclenchant le 49.3, il suscite non seulement une convergence des luttes mais aussi une convergence des crises.


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