Alors que la campagne présidentielle de 2027 commence déjà à se dessiner, Raphaël Glucksmann a choisi de placer la question ukrainienne au cœur de son discours. Le leader de Place Publique a exigé que l’on « retire le micro » à Xenia Fedorova, chroniqueuse sur les antennes du groupe Bolloré, qu'il accuse d’« agente russe ». Derrière l'accusation, une question fondamentale est posée: qui décide aujourd’hui de ce qui peut être dit dans l’espace public français?

Invité du Grand Jury RTL-Public Sénat-Le Figaro-M6, Raphaël Glucksmann, le président de Place Publique a estimé que Xenia Fedorova ne devait plus bénéficier d’une tribune médiatique en France. Selon lui, l’ancienne dirigeante de RT France ne serait pas une journaliste mais une « agente russe » chargée de diffuser la propagande du Kremlin.
Une offensive politique contre les médias Bolloré
Les déclarations de Glucksmann visent autant la chroniqueuse que les médias qui l’emploient. Xenia Fedorova, ancienne directrice de RT France, aujourd'hui chroniqueuse sur CNews, Europe 1, le JDNews , et animatrice de l'émission religieuses Lumières orthodoxes sur CNews et CStar, est vite devenue l'égerie du paysage audiovisuel du groupe Bolloré.

Pour l’eurodéputé, ouvrir l’antenne à Fedorova reviendrait à faire des médias Bolloré « les caisses de relais de la propagande poutinienne ». Cette attaque s’inscrit entre une partie de la gauche europhile et les médias accusés de donner la parole à des voix dissidentes sur la guerre en Ukraine, l’Union européenne ou la politique étrangère occidentale.
Son intervention intervient également dans un contexte où Glucksmann alerte régulièrement sur le risque d’un conflit direct entre la Russie et l’Europe avant la fin de la décennie. Il appelle à un soutien massif à Kiev qu’il présente comme un impératif stratégique pour les Européens.
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Dans le passé, le gouvernement français lui-même, a laissé entendre que Fedorova relayait la propagande du Kremlin. Ce qui est nouveau, c'est l'appel explicite à l'exclusion médiatique d'une voix dissidente formulé par un homme qui brigue les suffrages de millions de Français.
Bolloré, Lagardère, Canal+ : les patrons résistent
Face à ces accusations, plusieurs dirigeants du groupe Bolloré ont rapidement réagi. Arnaud Lagardère et Gérald-Brice Viret ont publié une tribune défendant la présence de Fedorova dans leurs médias. Fedorova « contribue depuis près de dix ans à la diversité du paysage audiovisuel français » et apporte « un éclairage que l'on n'entend pas ailleurs ». Deux jours plus tôt, Maxime Saada, président du directoire de Canal+, avait déclaré devant les actionnaires : « Journaliste oui, agent non. »

L’argument est classique : celui qui ne partage pas la ligne officielle devient un agent de l’étranger. Certes, Fedorova exprime effectivement des positions pro-russes, personne ne le nie. Mais elle est quotidiennement contredite sur les mêmes antennes et dans les mêmes colonnes par des dizaines de confrères aux convictions inverses. Les téléspectateurs de CNews ou les auditeurs d'Europe 1 ne sont pas des ouailles sans discernement : ils entendent, comparent, jugent.

En perspective, cet incident illustre les rapports de force au sein des médias français. D’un côté, un groupe Bolloré qui échappe partiellement au consensus macroniste et atlantiste ; de l’autre, une gauche « morale » qui, sous couvert de lutte contre l’ingérence, cherche à restreindre le pluralisme. En libertarien, on rappellera une évidence : la liberté d’expression n’est pas un luxe, c’est le socle permettant aux citoyens de juger par eux-mêmes. La museler au nom de la « sécurité européenne » est non seulement illibéral, mais contre-productif.
