Davos 2026 : l’« esprit de dialogue » à l’épreuve du  bulldozer Trump

Davos 2026 : l’« esprit de dialogue » à l’épreuve du bulldozer Trump


Partager cet article

Ce lundi 19 janvier s'ouvre à Davos (Suisse), la 56e édition du Forum économique mondial, le thème « l’esprit du dialogue » peine à masquer une dure réalité : l'effondrement du modèle de Klaus Schwab au profit d'une hégémonie américaine agressive et d'un divorce consommé avec les puissances émergentes.

Lundi 19 janvier 2026. La station grisonne de Davos accueille la « grand-messe » annuelle du multilatéralisme. Entre scandales financiers et désertion des puissances du Sud, le Forum Économique Mondial (WEF) ne semble plus être le centre de gravité du monde, mais le bastion d'un Occident inquiet. Le WEF affiche un thème ambitieux : « Un esprit de dialogue ». L’intention est louable mais la crédibilité, beaucoup moins évidente.

Un agenda global, des réponses hors-sol

Cette année, les discussions s’articuleront autour de grands axes : gouvernance mondiale, intelligence artificielle, transition énergétique, compétitivité économique, capital humain et sécurité des ressources stratégiques. Sur le papier, rien de nouveau. Dans les faits, Davos continue d’empiler les concepts — résilience, durabilité, inclusion — sans trancher sur les arbitrages concrets.

Chronique de Davos (3) – La route de la servitude selon Ursula von der Leyen
Terrifiante intervention d’Ursula von der Leyen hier à Davos, qui nous a replongés en 1943. L’année de tous les déchaînements

On y parle « prospérité dans les limites planétaires » et « tokenisation des actifs », tandis que dans le vrai monde, les guerres font rage et que les politiques interventionnistes – évoquées en coulisse sur le Venezuela ou l’Iran – continuent de produire chaos et souffrance. Le dialogue est un théâtre où les bonnes intentions servent de paravent à la consolidation d’un pouvoir déconnecté.

Le « bulldozer » Trump et l'hégémonie américaine

L’évolution majeure de cette année est la transformation du WEF en un rendez-vous quasi exclusivement américain. Le retour de Donald Trump, accompagné d'une délégation record de 300 personnes, change la donne. Le « dialogue » prôné officiellement s'efface derrière la Realpolitik de Washington.

Trump arrive en position de force, fort de ses menaces de surtaxes douanières contre les Européens récalcitrants à ses projets, notamment l’annexion du Groenland.

Pendant que Friedrich Merz, nouveau chancelier allemand, et Ursula von der Leyen viennent exposer leurs craintes, l’Amérique impose son agenda : IA générative, défense des intérêts stratégiques et reconstruction du monde sous influence américaine via son futur « Conseil de la paix ».

Le divorce des BRICS : un forum qui n'est plus « mondial »

Le signe le plus flagrant du déclin de Davos est le boycott des puissances émergentes. Aucun chef d’État des BRICS n’a fait le déplacement. La Chine n’envoie qu’une représentation de second rang, tandis que Vladimir Poutine, bien qu'invité par Trump à son Conseil de paix, brille par son absence physique.

L’absence prolongée de Xi Jinping, de Lula ou de Modi souligne une réalité que les élites de Davos refusent d'admettre : le monde multipolaire se construit désormais ailleurs.

À Davos, la caste affirme sa solidarité embarrassée avec le Deep State américain
Le Forum de Davos 2022 a commencé hier, et a donné le ton de l’ensemble de l’exercice. Le président ukrainien

Seul Javier Milei, l'Argentin, détonne dans ce paysage en portant une voix radicalement libertarienne au milieu d'un océan de dirigeants européens obsédés par la régulation et la « transition » planifiée.

Sous le slogan de « l’esprit du dialogue », Davos 2026 acte paradoxalement la fin du village global. Le monde ne se gouverne plus depuis les Alpes suisses. Pendant que les élites dialoguent entre elles, les nations réelles tranchent ailleurs, selon leurs intérêts et leurs peuples.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Pas-de-Calais: l'ex-maire payait ses bijoux avec l'argent de la commune

Pas-de-Calais: l'ex-maire payait ses bijoux avec l'argent de la commune

À Haplincourt, petite commune du Pas-de-Calais, l’ancien maire Michel Flahaut a été condamné le 2 juin 2026 à 12 mois de prison avec sursis, 10 000 € d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Le tribunal judiciaire d’Arras l’a reconnu coupable d’avoir utilisé de fausses factures pour détourner des fonds municipaux au profit de dépenses personnelles : restaurants, bijoux et remboursement des traites de la maison familiale. Son épouse a écopé de six mois avec sursis, 5 000 euros d’amende avec sursis e


Rédaction

Rédaction

Raoult, Perronne : du complotisme au doute libérateur

Raoult, Perronne : du complotisme au doute libérateur

Et si la question la plus subversive de l'époque n'était pas « qui ose dire la vérité ? » mais « où sont vos preuves ? » — y compris, surtout, posée d'un "dissident" à l'autre ? Nous publions aujourd'hui gratuitement un Guide de la liberté de la presse téléchargeable. Il tient en une discipline : on ne publie librement qu'à condition de pouvoir répondre de ce qu'on avance. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Cour des comptes: 316 milliards dépensés pour les territoires, sans le moindre bilan

Cour des comptes: 316 milliards dépensés pour les territoires, sans le moindre bilan

L'État français a un problème avec l'argent public : il en dépense des sommes colossales sans jamais vérifier l'effet produit. La Cour des comptes l'a rappelé dans son rapport annuel de mars 2026 : 316 milliards d'euros sont injectés chaque année dans les politiques d'attractivité des territoires et pas un euro n'est correctement évalué. La raison ? Une constellation d'acteurs (l'État central, ANCT, ADEME, ANRU, collectivités locales) se partage les enveloppes dans un tel éparpillement que tout


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Comment faire profiter votre patrimoine du cessez-le-feu en Iran ?

Comment faire profiter votre patrimoine du cessez-le-feu en Iran ?

Par Vincent Clairmont Le baril de Brent s'échangeait autour de 87 dollars le 11 juin, en recul d'environ 20 % par rapport au pic de 2026, sur la seule perspective d'un accord rouvrant le détroit d'Ormuz. La question que m'adressent les lecteurs depuis l'annonce de Genève tient en une phrase : que faire de son portefeuille si la paix revient pour quelques mois ? Ma réponse tient elle aussi en une phrase, et je la donne tout de suite : utilisez le mouvement, ne le poursuivez pas. J'explique.


Rédaction

Rédaction