Chat Control:lutte contre la pédocriminalité ou prétexte au flicage numérique généralisé?

Chat Control:lutte contre la pédocriminalité ou prétexte au flicage numérique généralisé?


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Sous couvert de lutte contre les contenus pédocriminels, plusieurs États européens – dont la France et l’Allemagne – soutiennent le projet Chat Control, un projet de règlement imposant aux plateformes de messagerie de scanner tous les messages, même chiffrés. Si l’objectif annoncé est louable,« accomplir une mission d’intérêt public ». On connaît la musique, le basculement vers une surveillance de masse se profile , avec une remise en cause de la vie privée, et l’introduction d’une identité numérique obligatoire.

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Photo by Mika Baumeister / Unsplash

Plusieurs pays de l’Union européenne comptent appliquer le projet « Chat Control » qui consiste à obliger les plateformes de messagers à scanner les messages, même ceux qui sont chiffrés. A priori, le but est de détecter les contenus pédocriminels. Mais le projet est déjà cible de nombreux critiques.

 «  Chat Control », un projet à ambition sécuritaire

Plusieurs gouvernements de l’UE ont proposé un projet de règlements baptisé « Chat Control ». Il consiste à contraindre les plateformes de messagerie comme Telegram, WhatsApp et Signal de scanner les messages, même ceux qui sont chiffrés.

Les opérateurs devraient donc installer sur le smartphone ou l’ordinateur des usagers des outils connus sous le nom de « client-side scanning ». Ce sont des systèmes ayant pour fonction d’analyser tous les messages envoyés ou reçus, qu’ils s’agissent de textes ou d’images.

L’objectif en lançant ce projet, c’est de détecter les contenus illégaux, notamment ceux liés à l’exploitation sexuelle d’enfants (CSAM). La France, l’Allemagne, l’Espagne et la Pologne ont relancé le soutien politique au projet en 2025. Ils estiment que le chiffrement de bout en bout ne doit pas faire obstacle à la lutte contre les crimes pédosexuels. Le projet de règlement prévoit aussi d’imposer la vérification de l’âge pour toutes les messageries, ce qui pourrait aboutir à une identification généralisée des utilisateurs en ligne.

Un projet cible de nombreuses critiques

Les réactions hostiles ne se sont pas fait attendre. Des associations de défense des droits numériques, des experts en cryptographie, et plusieurs institutions européennes dénoncent une attaque directe contre le droit à la vie privée.

« Une surveillance de masse inédite, où chaque citoyen sera traité comme suspect », alerte l’eurodéputé Patrick Breyer.

Les opposants craignent plusieurs dérives : photos de famille ou discussions entre adolescents signalées à tort, une fois un mécanisme de scan intégré, rien ne garantit qu’il ne sera pas exploité par des États autoritaires ou des hackers, fin de l’anonymat qui mettrait fin au pseudonymat en ligne, élément fondamental de la liberté d’expression.

Des magistrats du Conseil de l’UE ont jugé, dans un rapport confidentiel, le projet disproportionné et inefficace, soulignant l’absence de preuves tangibles de sa réussite contre les véritables réseaux criminels.Ce document interne européen avertit d’ailleurs :

« Le contrôle généralisé de toutes les communications nuit à la protection de la vie privée, un droit garanti par la Charte européenne. »

En parallèle, des plateformes comme X (ex-Twitter) commencent à exiger une vérification d’identité pour accéder à certains contenus ou publier. En Europe, cela pourrait devenir obligatoire, sous la pression du DSA (Digital Services Act).

Les modalités envisagées incluent :

  • reconnaissance faciale (selfie obligatoire),
  • scan de carte d’identité,
  • analyse des données de profil antérieures.

Cela soulève une autre inquiétude : la mise en place d’une identité numérique centralisée, traçable, imposée à tous les internautes européens.


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