Castex, ou le retour du radical-socialisme dépensier

Castex, ou le retour du radical-socialisme dépensier


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Avec Jean Castex, le radical-socialisme dépensier est de retour. Le discours de politique générale a permis d’entendre des promesses agréables pour tout le monde, avec des masses de dépenses nouvelles. Le plan est chiffré à 100 milliards (sur trois ans), dont 40 pour l’industrie, 40 pour le social, et 20 pour la transition écologique. On en revient à ce bon vieux radical-socialisme dépensier qui avait ruiné le pays durant l’entre-deux-guerres.

On est revenu au bon vieux radical-socialisme de la IIIè République, avec son accent du sud-ouest, ses airs de banquets républicains, ses invocations généreuses à la laïcité, à l’Etat, à la République (qui serait l’Etat, selon Castex, et inversement), à l’ordre, aux bonnes vieilles valeurs. Et surtout avec cette masse affolante de dépenses publiques nouvelles (mais on ne compte plus désormais) qui seront financées sans impôt nouveau (mis à part le report de la suppression de la taxe d’habitation pour les 20% les plus aisés, et quelques autres polichinelles dans le buffet qui n’ont pas encore montré tout leur potentiel). On connaît la suite de la musique : on s’endette toujours plus, et un jour ça dérape. En attendant, on a bien vécu, et c’est toujours ça que les Allemands n’auront pas.

Le graphique que nous reproduisons ci-dessus le rappelle : les finances publiques du pays ont beaucoup souffert de cette doctrine politique.

L’illusion de politique en faveur de l’industrie

Contrairement aux demandes de la Cour des Comptes (qui prônait de compenser toute baisse future d’impôt par une hausse d’autres impôts ou une baisse des dépenses), le gouvernement est passé outre à ces recommandations et a annoncé une baisse de 20 milliards en deux ans des impôts sur la production selon des modalités qui ne sont pas encore définies. Cette stratégie vise à diminuer l’écart de compétitivité entre la France et l’Allemagne.

On n’est pas bien sûr que la mesure soit très lisible, et pour l’instant on ne dispose pas du cadrage selon lequel elle serait opérée. Mais elle va dans le sens d’une politique de « l’offre » destinée à favoriser la reprise.

Les entreprises ne s’en plaindront pas, pas plus qu’elles ne se plaindront des annonces du discours sur la simplification administrative. Certes, c’est une sorte de rituel qui n’engage pas à grand chose. Mais c’est au moins un bon début.

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John Doe

20 milliards pour la transition énergétique

Comme il fallait faire de la place à l’écologie, Castex a annoncé quelques milliards de plus pour la transition énergétique. 20 milliards en trois ans, en l’espèce, qui seront probablement financés par les 35 milliards d’intervention européenne, que le gouvernement compte recevoir sous forme de subventions et non de prêts, ce qui devrait être évoqué ce vendredi à Bruxelles. Cette manne servira à rénover des constructions pour les rendre moins consommateurs d’énergie. Selon toute vraisemblance, une part importante de cette somme servira à rénover des édifices publics, comme des écoles.

On est ici loin de la politique de l’offre, comme on l’a lu çà et là. En réalité, le gouvernement se positionne plus sur l’investissement public comme solution à la crise. La stratégie consiste à augmenter le volume des dépenses pour relancer l’activité. Un grand classique.

40 milliards pour le social

Mais le volet que les Français verront le plus est le volet des 40 milliards d’interventions sociales, avec les bonnes vieilles recettes d’antan. Là encore, Castex a fait dans le simple et le schématique. 20 milliards iront à des emplois aidés. 20 autres milliards feront de l' »helicopter money », comme une revalorisation de l’allocation de rentrée scolaire. Cette somme colossale n’est rien d’autre que de la zombification économique. La mécanique des formations pour éviter le chômage des jeunes ne fonctionne en effet jamais (Sarkozy avait déjà utilisé la ficelle en son temps, avant que Hollande ne l’imite) et permet de cacher la poussière sous le tapis sans rien changer aux fondamentaux économiques.

Quant à la majoration ponctuelle des allocations en tous genres, on en comprend bien la logique électorale. A-t-elle une efficacité économique ? On sait que non, surtout à un moment où les Français ont épargné des dizaines de milliards et ne sont pas en panne de trésorerie.

« Macron a voulu mettre fin au centralisme, au jacobinisme, à cet entre-soi énarchique, observe un familier de l’Elysée. Pour cela, il envoie balader le représentant de l’establishment. C’est courageux. »   

Le Monde, à propos de l'éviction de Marc Guillaume

En route vers la débâcle économique

Tous ces points secondaires sont évidemment sans importance face au discours très « scout de France » prononcé d’un ton alerte par Jean Castex. On ne sait pas où on va, mais on y va soudés et heureux d’avoir trouvé un chef qui est un homme des territoires qui vient d’obtenir la tête du secrétaire général du gouvernement. Cet épisode anecdotique a fait la une des journaux, comme s’il reléguait aux oubliettes le débarquement en Normandie ou la célébration de la prise de la Bastille.

Il y a deux interprétations de cette soudaine importance accordée aux mouvements administratifs. Soit la technostructure est devenue un tel ennemi dans l’Etat et pour l’Etat que la terrasser relève de l’héroïsme. Soit cette mesure très simple à prendre techniquement (il suffit d’un décret d’une ligne renvoyant le secrétaire général du gouvernement) parait désormais comme une montagne à gravir pour des dirigeants décadents.

Chacun choisira l’interprétation qui lui convient. Une chose est sûre : nous sommes économiquement aux abois et nous le serons de plus en plus avec le régime dispendieux que suit Castex.

Entre Necker et le Massilia

Castex apparaît désormais, et au mieux, comme un général trop tardif au milieu d’une bataille perdue et à la tête d’une armée en déroute. On hésite, pour le comprendre, à se référer à Necker que Louis XVI fut incapable d’utiliser pour éviter la révolution, ou au Massilia, avec lequel des députés tentèrent de façon éphémère de poursuivre la lutte en Algérie en 1940, avant de revenir piteusement en France.

C’est la France des occasions manquées, des moments où il ne faut pas mollir, ni se tromper, mais où le chef fait défaut et où l’armée fait fausse route. On a perdu Waterloo à cause de Grouchy. On perd la bataille de la crise faute d’une vision un peu plus « moderne » que le radical-socialisme de la IIIè République.


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