La parution d’une bande dessinée sur François Ruffin a ravivé une rivalité ancienne et personnelle entre l’épouse du président et le député de la Somme. Entre François Ruffin et le camp Macron, le conflit s'est mué en quelque chose de plus viscéral : une rancœur ancrée dans le sol picard, nourrie d'une mémoire commune et d'une lutte des classes que ni l'un ni l'autre ne cherche véritablement à dissimuler.

L’histoire dépasse largement le simple antagonisme partisan. Depuis plusieurs années, le nom de François Ruffin irrite le couple présidentiel. La sortie récente d’une bande dessinée retraçant le parcours du député picard remet en lumière une relation explosive, nourrie de ressentiment personnel autant que de confrontation idéologique.
Une animosité viscérale aux racines amiénoises
Brigitte Macron n’a jamais caché son aversion pour François Ruffin. Selon la journaliste Pauline de Saint Remy, l’ancienne professeure de français « déteste » le député insoumis. Cette hostilité s’est accentuée après sa réélection à l’Assemblée et trouve son origine dans une histoire commune : le lycée La Providence d’Amiens, où Emmanuel Macron rencontra sa future épouse tandis que Ruffin y évoluait dans un milieu social très différent.

« Si on a fréquenté le même lycée, nous n’étions pas du même milieu », rappelait Ruffin en 2017.
D'un côté, un haut fonctionnaire passé par l'ENA et la banque Rothschild, élu à l'Élysée à 39 ans grâce à une séquence politique inédite et une mise en scène millimétrée du renouveau. De l'autre, un journaliste-documentariste fils d'instituteurs, élu dans la Somme à la force du terroir et d'une narration populaire soigneusement construite.

Ce que Ruffin reproche à Macron, ce n'est pas seulement sa politique c'est son existence même comme figure de la méritocratie filtrée, celle qui produit des présidents interchangeables et laisse les Amiens de province derrière elle.
Le député n’a cessé de multiplier les attaques frontales : comparaison de Macron à une « imposture » dans son livre Ce pays que tu ne connais pas (2019), ou cette sortie choc pendant les Gilets jaunes évoquant un destin « comme Kennedy ». En 2021, dans les colonnes du Monde, il récidive : « Cet homme, Macron, qui décide seul, pour toute la France, ce n'est plus tolérable. ». Autant de provocations qui ont profondément marqué le couple présidentiel.
Une rivalité utile pour les deux camps
Il serait naïf de ne voir dans cette hostilité qu'un conflit purement idéologique ou affectif. La rivalité Ruffin et le couple Macron est aussi un capital politique que les deux parties gèrent avec soin.

Ruffin y puise son identité d'opposant irréductible, celui que le château déteste , preuve, à ses yeux, qu'il touche juste. Chaque sortie médiatique autour de lui, chaque bande dessinée, chaque livre ravive la flamme et entretient sa désirabilité électorale dans une gauche en quête de figure non soumise aux appareils.

Du côté de l'Élysée, l'agacement de Brigitte Macron, rendu public, donc instrumentalisé offre au couple présidentiel une image d'humanité. Néanmoins, l’Élysée, soucieux de préserver une image de maîtrise, voit d’un mauvais œil cette personnalisation du conflit, d’autant que Ruffin excelle dans l’art de transformer chaque affrontement en récit politique médiatique.
La vraie question n'est donc pas de savoir si Brigitte Macron « déteste » vraiment Ruffin, elle le déteste sans doute, et on la comprend. La question est de savoir combien de temps ce pays acceptera que sa vie politique soit structurée par des rancœurs.
