Brigitte Macron « déteste » Ruffin — il le sait, et il s'en sert

Brigitte Macron « déteste » Ruffin — il le sait, et il s'en sert


Partager cet article

La parution d’une bande dessinée sur François Ruffin a ravivé une rivalité ancienne et personnelle entre l’épouse du président et le député de la Somme. Entre François Ruffin et le camp Macron, le conflit s'est mué en quelque chose de plus viscéral : une rancœur ancrée dans le sol picard, nourrie d'une mémoire commune et d'une lutte des classes que ni l'un ni l'autre ne cherche véritablement à dissimuler. 

L’histoire dépasse largement le simple antagonisme partisan. Depuis plusieurs années, le nom de François Ruffin irrite le couple présidentiel. La sortie récente d’une bande dessinée retraçant le parcours du député picard remet en lumière une relation explosive, nourrie de ressentiment personnel autant que de confrontation idéologique.

Une animosité viscérale aux racines amiénoises

Brigitte Macron n’a jamais caché son aversion pour François Ruffin. Selon la journaliste Pauline de Saint Remy, l’ancienne professeure de français « déteste » le député insoumis. Cette hostilité s’est accentuée après sa réélection à l’Assemblée et trouve son origine dans une histoire commune : le lycée La Providence d’Amiens, où Emmanuel Macron rencontra sa future épouse tandis que Ruffin y évoluait dans un milieu social très différent.

Brigitte Macron : malaise autour de François Ruffin, une rancune jamais oubliée
Alors que François Ruffin publie une bande dessinée sur son parcours, les détails de l’opposition radicale entre le clan présidentiel et l’élu picard refont (…)

« Si on a fréquenté le même lycée, nous n’étions pas du même milieu », rappelait Ruffin en 2017.

D'un côté, un haut fonctionnaire passé par l'ENA et la banque Rothschild, élu à l'Élysée à 39 ans grâce à une séquence politique inédite et une mise en scène millimétrée du renouveau. De l'autre, un journaliste-documentariste , élu dans la Somme à la force du terroir et d'une narration populaire soigneusement construite.

L’humeur de Veerle Daens : Ruffin rattrapé par la patrouille (de gauche)
Veerle Daens revient sur les polémiques qui entourent la publication de la bande dessinée hagiographique de François Ruffin, Picardie Splendor. Chers spoliés de la République, chers contribuables fatigués, S’il est une spécialité bien française que le monde entier nous envie (ou observe avec une fascination horrifiée), c’est notre

Ce que Ruffin reproche à Macron, ce n'est pas seulement sa politique c'est son existence même comme figure de la méritocratie filtrée, celle qui produit des présidents interchangeables et laisse les Amiens de province derrière elle.

Le député n’a cessé de multiplier les attaques frontales : comparaison de Macron à une « imposture » dans son livre Ce pays que tu ne connais pas (2019), ou cette sortie choc pendant les Gilets jaunes évoquant un destin « comme Kennedy ». En 2021, dans les colonnes du Monde, il récidive : « Cet homme, Macron, qui décide seul, pour toute la France, ce n'est plus tolérable. ». Autant de provocations qui ont profondément marqué le couple présidentiel.

Une rivalité utile pour les deux camps

Il serait naïf de ne voir dans cette hostilité qu'un conflit purement idéologique ou affectif. La rivalité Ruffin et le couple Macron est aussi un capital politique que les deux parties gèrent avec soin.

Brigitte Macron et les « sales connes » : la guerre des castes en talons aiguilles, par Veerle Daens
Article modifié le 12 décembre : l’expression utilisée par Brigitte Macron est “sales connes” et non “sales connasses” comme nous l’avions indiqué dans un premier temps. Ah, quel spectacle délicieux nous offre encore votre République en carton-pâte, peut-être plus caricaturale encore que la Cour d’opérette réunie autour de notre insipide roi

Ruffin y puise son identité d'opposant irréductible, celui que le château déteste , preuve, à ses yeux, qu'il touche juste. Chaque sortie médiatique autour de lui, chaque bande dessinée, chaque livre ravive la flamme et entretient sa désirabilité électorale dans une gauche en quête de figure non soumise aux appareils.

Du côté de l'Élysée, l'agacement de Brigitte Macron, rendu public, donc instrumentalisé offre au couple présidentiel une image d'humanité. Néanmoins, l’Élysée, soucieux de préserver une image de maîtrise, voit d’un mauvais œil cette personnalisation du conflit, d’autant que Ruffin excelle dans l’art de transformer chaque affrontement en récit politique médiatique.

La vraie question n'est donc pas de savoir si Brigitte Macron « déteste » vraiment Ruffin, elle le déteste sans doute, et on la comprend. La question est de savoir combien de temps ce pays acceptera que sa vie politique soit structurée par des rancœurs.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Comment Trump a permis d'industrialiser les délits d'initié en bourse...

Comment Trump a permis d'industrialiser les délits d'initié en bourse...

par Vincent Clairmont Près de 800 millions de dollars de positions vendeuses sur les contrats à terme pétroliers ont été placés le 8 juin à 8 h 24, heure de New York, selon les données de séance horodatées publiées par The Kobeissi Letter. Vingt et une minutes plus tard, à 8 h 45, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi déclarait le détroit d'Ormuz « complètement ouvert ». À 9 h 10, les cours s'étaient effondrés. Le Brent, qui avait touché 126 dollars au pic de mars, refluai


Rédaction

Rédaction

Léon XIV, l'IA et la nouvelle tour de Babel, par Eric Lemaire

Léon XIV, l'IA et la nouvelle tour de Babel, par Eric Lemaire

L'encyclique *Magnifica Humanitas* n'est pas vraiment un texte sur l'intelligence artificielle. C'est un texte sur le pouvoir. Sous prétexte d'IA, Léon XIV réactive toute la doctrine sociale de l'Église pour mettre en garde contre une nouvelle forme de totalitarisme technologique. Le constat est souvent juste : concentration du pouvoir numérique, tentation transhumaniste, risques militaires, manipulation de l'information. Mais le remède reste flou : davantage de régulation, davantage de gouverna


Rédaction

Rédaction

Réponse à un lecteur : un héritage de 150 000 € ne se place pas sur cinq ETF de défense après +69 %

Réponse à un lecteur : un héritage de 150 000 € ne se place pas sur cinq ETF de défense après +69 %

par Vincent Clairmont Un lecteur veut placer les 150 000 euros d'un héritage sur les cinq ETF de défense et de cybersécurité de notre article du 7 avril, après une hausse de près de 70 %. Mais ce papier disait « spéculatifs », et son volet jumeau s'adressait à qui possède déjà une épargne de sécurité. La performance passée n'est pas un point d'entrée, et « défense » n'a jamais voulu dire « défensif ». LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrie


Rédaction

Rédaction

Quand le pétrole fait la politique monétaire : protéger son épargne en régime d'inflation importée

Quand le pétrole fait la politique monétaire : protéger son épargne en régime d'inflation importée

par Vincent Clairmont L'inflation de la zone euro est repartie à 3,2 %, tirée par l'énergie et la guerre au Moyen-Orient. La Banque centrale européenne, prisonnière d'un choc qu'elle n'a pas créé, s'apprête à relever ses taux. Pour l'épargnant, le rendement réel du « sans risque » est déjà négatif — voici comment protéger son patrimoine sans parier sur le prochain baril. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de


Rédaction

Rédaction