Brigitte Macron et les « sales connes » : la guerre des castes en talons aiguilles, par Veerle Daens

Brigitte Macron et les « sales connes » : la guerre des castes en talons aiguilles, par Veerle Daens


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Article modifié le 12 décembre : l'expression utilisée par Brigitte Macron est "sales connes" et non "sales connasses" comme nous l'avions indiqué dans un premier temps.

Ah, quel spectacle délicieux nous offre encore votre République en carton-pâte, peut-être plus caricaturale encore que la Cour d'opérette réunie autour de notre insipide roi Philippe Ier !

Une vidéo fuitée opportunément, un micro qui traîne, et voilà Brigitte Macron, dans un moment de franchise rare au sommet de l’État, qui lâche un « sales connes » bien senti à l’endroit des militantes de #NousToutes venues hurler pendant le spectacle d’Ary Bittan.

On s’étrangle ? On s’offusque ?

Moi, je ris jaune fluo.

D’abord parce que, soyons honnêtes, quand on interrompt un humoriste parce qu’il a osé une blague sur les seins ou sur le consentement (je n’ai pas vu le sketch, mais peu importe : dans ce milieu, respirer trop fort peut être un micro-agression), on mérite au minimum un retour à l’envoyeur en langage populaire.

Ensuite, parce que l’incident est un parfait révélateur : le féminisme institutionnel français est devenu une guerre de palais entre louves en tailleur.

D’un côté, les jeunes louves des beaux quartiers : étudiantes à Sciences Po, filles de, attachées de presse, community managers de l’indignation 2.0. Elles ont découvert le patriarcat entre deux brunchs bio et une story Instagram avec le hashtag #BalanceTonPorc. Elles rêvent de tribunes dans Libé, de plateaux sur France Inter et, pourquoi pas, d’un jour remplacer la Première dame sur le trône symbolique du féminisme d’État.

Parmi elles, la prima inter pares, Caroline De Haas et sa garde prétorienne, anciennes de la LCR reconverties en consultantes à 800 € la journée pour apprendre aux entreprises comment ne pas se faire cancel.

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Face à elles, la vielle louve Brigitte herself, qui a gravi les marches du pouvoir en épousant son ancien élève (ce qui, dans n’importe quel lycée de banlieue, aurait valu une exclusion définitive et un signalement, mais passons : c’est le privilège suprême des castes).

Entre elles, c’est moins une lutte pour l’égalité femmes-hommes qu’une bataille de succession dans le grand haras du showbiz politico-médiatique. On se crêpe le chignon pour savoir qui aura le droit de parler au nom des « femmes » dans les dîners en ville, qui décrochera le prochain poste de ministre déléguée ou la une de Elle.

Et pendant ce temps-là ? Pendant que ces dames se disputent le micro doré, les caissières qui se font peloter par leur chef de rayon, les aides-soignantes qui bossent en 12 heures sans pause pipi, les mères célibataires qui galèrent avec 900 € par mois, elles, personne ne vient interrompre leur vie pour leur demander justice. Elles n’ont pas le bon look, pas le bon réseau, pas le bon quartier. Leur souffrance n’est pas assez « intersectionnelle-chic » pour mériter une manif avec pancartes violettes et slogans en anglais.

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Alors oui, Brigitte a raison : « sales connasses », c’est un peu rude, mais c’est honnête. Et demain, quand l’une de ces jeunes hystériques bien nées aura remplacé l’actuelle locataire de l’Élysée, elle traitera à son tour les suivantes de « petites arrivistes » ou de « folles furieuses ». C’est la loi de la jungle dorée : plus on monte, plus on tire l’échelle.

Le vrai scandale, ce n’est pas le gros mot de Brigitte.

C’est que, dans cette France-là, même le féminisme est devenu un sport de riches.


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