Un décret paru au Journal officiel ce 30 avril officialise le retour de Pierre-André Imbert comme secrétaire général de l'Élysée. Son précédent, Emmanuel Moulin, lorgne la Banque de France. Derrière ces nominations techniques se dessine une stratégie de placement institutionnel en cette fin du deuxième mandat de Macron.

Pierre-André Imbert, inspecteur général des finances et ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée de 2020 à 2023, deviendra lundi 4 mai le nouveau secrétaire général de la présidence de la République. Il succède à Emmanuel Moulin, un fidèle d’Emmanuel Macron qui brigue la tête de la Banque de France, vacante après le départ anticipé de François Villeroy de Galhau en juin. Un jeu de chaises musicales qui sent la consolidation du pouvoir macronien face à l’échéance présidentielle de 2027.
Emmanuel Moulin en route vers la Banque de France
Le départ d’Emmanuel Moulin n’est pas une sortie, mais une promotion en préparation. Âgé de 57 ans, cet énarque au CV macroniste impeccable: conseiller économique de Nicolas Sarkozy en 2009, directeur de cabinet de Bruno Le Maire en 2017, directeur du Trésor en 2020, puis bras droit de Gabriel Attal à Matignon est aujourd’hui donné favori pour succéder à François Villeroy de Galhau à la tête de la Banque de France.

Ce dernier a annoncé le 9 février son départ anticipé, alors que son mandat courait jusqu’à fin 2027. Une décision qui redonne à Emmanuel Macron la main sur une nomination clé. Le futur gouverneur siègera au conseil des gouverneurs de la BCE et son mandat courra jusqu'en juin 2032 , soit sur l'intégralité du prochain quinquennat.

La Banque de France, dont le gouverneur siège au conseil de la Banque centrale européenne, joue un rôle déterminant dans la politique monétaire de la zone euro. Installer un profil aligné jusqu’en 2032 revient à prolonger l’influence macronienne au-delà du mandat présidentiel.

Ce mouvement s’inscrit dans une série de nominations controversées, comme celle d’Amélie de Montchalin à la Cour des comptes en février, qui avait déjà suscité des critiques sur la politisation des institutions de contrôle. À mesure que l’échéance de 2027 approche, l’exécutif semble verrouiller tous les leviers stratégiques.
Des résistances qui ne pèsent pas
Moulin aurait mené une campagne discrète auprès des parlementaires, condition nécessaire à sa validation. Mais son profil, jugé très proche du chef de l’État, suscite des réserves. Éric Coquerel (LFI), président de la commission des Finances de l'Assemblée, dénonce une "question d'indépendance et de neutralité", jugeant qu'Emmanuel Moulin "ne coche pas vraiment les cas".

Il rappelle que la nomination d'Amélie de Montchalin à la Cour des comptes en février avait "causé pas mal d'émoi". Jean-Philippe Tanguy (RN) est plus direct : Moulin serait "l'une des pires personnalités de la Macronie".

Ces protestations, aussi légitimes soient-elles, risquent fort de rester symboliques. Le vote parlementaire requis pour valider la nomination est consultatif. Macron n'a, techniquement, pas besoin du consensus.
Dans une France qui aspire à tourner la page, ces nominations sentent surtout la prolongation d’un système qui s’accroche. Le Frexit monétaire, lui, n’a jamais semblé aussi pertinent face à une BCE et une Banque de France verrouillées par les mêmes cercles.
