Baisse inquiétante des chirurgies du cancer de la peau pendant le COVID

Baisse inquiétante des chirurgies du cancer de la peau pendant le COVID


Partager cet article

Les interventions chirurgicales pour le carcinome basocellulaire ont chuté pendant la pandémie, affectant en priorité les patients âgés et comorbides. Une nouvelle étude autrichienne soulève des inquiétudes sur les retards de soins et interroge les choix sanitaires défendus par l’OMS. La crise de COVID-19 a laissé bien plus que des chiffres sur la mortalité. A cause des politiques sanitaires, elle a bousculé durablement les chaînes de soin, fragilisé les diagnostics précoces et repoussé des interventions critiques, comme celles liées aux carcinomes basocellulaires.

Une nouvelle étude réalisée en Autriche vient de révéler un impact de la pandémie du Covid-19 sur les chirurgies du carcinome basocellulaire (CBC). Les chercheurs ont constaté une baisse de la fréquence des interventions, surtout entre 2019 et 2020. Selon leur observation, les candidats à la chirurgie sont aussi de plus en plus âgés et présentent davantage de comorbidités.

Diminution de 32,5 % des interventions chirurgicales

Le carcinome basocellulaire est une tumeur maligne qui se forme suite à des anomalies au niveau de l’ADN des cellules basales. C’est le type de cancer cutané le plus fréquent. Il touche principalement les individus de peau blanche. La chirurgie est l’une des solutions médicales préconisées pour le traiter.  Une étude observationnelle rétrospective et monocentrique menée à la Klinik Hietzing de Vienne, en Autriche, a révélé que le nombre des chirurgies du carcinome (CBC) a diminué pendant la pandémie du Covid-19.

Pour arriver à cette conclusion, les investigateurs ont étudié les cas de 727 participants ayant déjà subi une intervention chirurgicale avant le Covid-19 (entre 2017 et 2019) et pendant le Covid-19 (entre 2020 et 2022). Ils ont alors constaté que le groupe pré-pandémique comprenait 434 patients, dont 205 femmes et 229 hommes. En revanche, le groupe pendant le Covid-19 n’incluait que 293 patients, dont 151 femmes et 142 hommes.

Une étude rétrospective menée à Vienne (Autriche) révèle un impact net de la pandémie de COVID-19 sur la prise en charge du carcinome basocellulaire . Entre 2020 et 2022, les chirurgies ont chuté de 32,5 % par rapport à la période pré-COVID. En 2019, 434 patients avaient été opérés, contre seulement 293 durant la pandémie.

La baisse la plus significative s’est produite en 2020, avec l’arrivée des premiers confinements. Les chiffres, en 2022, n’avaient toujours pas retrouvé les niveaux d’avant-crise, malgré une reprise relative des soins hospitaliers.

Les auteurs de cette étude ont observé que les patients souffrant de carcinome basocellulaire ayant subi des interventions chirurgicales pendant la pandémie sont de plus en plus âgés. Avant le Covid-19, leur âge moyen était de 73,9 ans. Il est passé à 75,6 ans pendant la pandémie. En outre, le nombre de comorbidités a augmenté. Il est passé de 2,6 à 2,9.

L’étude a également mesuré la complexité des interventions chirurgicales sur une échelle de 6 points.Les chercheurs ont pris en compte des données démographiques, notamment la distance entre le domicile et l’hôpital. Les chercheurs ont constaté que la complexité de l’intervention chirurgicale est restée stable dans les deux groupes. Ils ont aussi indiqué que la tête et le cou étaient les zones les plus fréquemment excisées.

Les causes de cette baisse

A quoi est due cette diminution des CBC ? Les investigateurs ont déclaré que « pendant la pandémie, les médecins ont été confrontés à de nombreux défis, tels que la réorganisation des capacités hospitalières pour prendre des décisions sur le traitement prioritaire des patients tout en essayant de maintenir le nombre d’infections parmi les patients et les prestataires de soins de santé aussi bas que possible.

« Les médecins ont dû arbitrer entre risques infectieux et nécessité de traiter les cancers », expliquent les chercheurs.

Les tensions au niveau des systèmes de santé ont  provoqué des retards des traitements. Concernant le fait que les patients ayant subi une intervention chirurgicale sont de plus en plus âgés, ils ont indiqué que les médecins ont priorisé les individus à haut risque. Cela pourrait aussi expliquer la hausse des comorbidités.

Toutefois, même sans la pandémie, le retard de prise en charge des personnes atteintes par le carcinome basocellulaire est très courant. Des études antérieures en Australie et aux Etats-Unis ont révélé que le nombre de dépistages et de diagnostics de cancer de la peau a diminué. « Néanmoins, l’augmentation des comorbidités et la réduction prolongée des interventions chirurgicales soulignent la nécessité d’une vigilance continue pour prévenir de futures augmentations de la morbidité », ont déclaré les auteurs de l’étude.

Une tendance mondiale : des cancers sous-diagnostiqués

Cette étude s’inscrit dans une tendance mondiale bien documentée. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît dans ses propres rapports que la pandémie a provoqué un effondrement temporaire du dépistage du cancer. En 2020, jusqu’à un quart des nouveaux cas auraient échappé au diagnostic.

Des études similaires menées en Australie, au Royaume-Uni ou aux États-Unis confirment une chute massive des consultations en dermatologie et en oncologie, et une baisse des diagnostics de cancers cutanés, gynécologiques ou prostatiques. En Angleterre, une publication dans BJU International évoque 20 000 cas de cancer de la prostate non diagnostiqués en 2020.

Ironie tragique : l’OMS, aujourd’hui promotrice d’un traité mondial sur les pandémies, a été l’une des principales institutions à soutenir des mesures sanitaires strictes durant la crise – confinements, suspensions de soins non-COVID, téléconsultations généralisées.

En voulant éviter la surcharge hospitalière, ces politiques ont contribué à retarder voire empêcher des traitements vitaux, notamment pour les pathologies chroniques ou oncologiques. L’organisation, souvent comparée à un pyromane jouant les pompiers, semble vouloir maintenant réguler ce qu’elle a contribué à dérégler.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Vers l’ère de l’entrepreneur innovant souverain, par Eric Lemaire
Photo by Luigi Estuye, LUCREATIVE® / Unsplash

Vers l’ère de l’entrepreneur innovant souverain, par Eric Lemaire

La numérisation débouchant sur l’intelligence artificielle est une innovation originale car elle ne bouleverse pas seulement l’économie par ses capacités mais par la vitesse inédite à laquelle elle diffuse ses effets. Uber n’a pas supprimé les chauffeurs, il a transformé leur environnement en quelques années. En Ukraine, les soldats n’ont pas disparu, leur métier a été redéfini en temps réel. La puissance ne repose plus uniquement sur la taille ou les ressources mais sur la capacité d’adaptation


Rédaction

Rédaction

Dislocation de l'OPEP : une victoire du souverainisme... et de l'Occident! par Thibault de Varenne

Dislocation de l'OPEP : une victoire du souverainisme... et de l'Occident! par Thibault de Varenne

N'en déplaise à ceux qui imaginent une marche triomphale du Sud global vers l'écrasement d'un Occident décadent (il faut savoir sortir de sa bulle, mes amis, même si ça pique les yeux !), l'UAExit de l'OPEP est un point marqué par l'Occident contre les BRICS. Voici pourquoi. L'annonce est tombée le 28 avril 2026 comme un couperet sur l'ordre mondial du XXe siècle : les Émirats Arabes Unis quittent l'OPEP. Ce « UAExit », effectif dès le 1er mai, n'est pas une simple péripétie technique sur les q


Rédaction

Rédaction

Quand Merz dit haut et fort que l'Iran a humilié Trump, par Thibault de Varenne

Quand Merz dit haut et fort que l'Iran a humilié Trump, par Thibault de Varenne

Friedrich Merz est le premier dirigeant occidental à dire que "le roi est nu" et qu'il y a un problème Trump. Que l'Iran ait humilié les USA, voilà qui devient une évidence, et le chancelier allemand s'autorise à le dire publiquement. Le décor est presque dérisoire : le gymnase Carolus-Magnus de Marsberg, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. C’est là, devant une poignée de lycéens attentifs lors d’une « Journée de l’UE », que le chancelier Friedrich Merz a choisi de briser le dernier tabou de la dip


Rédaction

Rédaction

Pourquoi les macronistes sont-ils accros aux diplômes et aux apparences sociales ? par Elise Rochefort

Pourquoi les macronistes sont-ils accros aux diplômes et aux apparences sociales ? par Elise Rochefort

Le macronisme, personne ne sait ce que c'est. Pour une raison simple : ce n'est pas une idéologie, mais un comportement, un mode de vie, une somme de traits de personnalité (voilà une définition de ce qu'est une CASTE), qu'Elise Rochefort analyse aujourd'hui à partir du modèle Hexaco. Le macronisme n'est pas seulement un positionnement « ni droite, ni gauche » ; c'est, au sens opérationnel, une structure de personnalité collective. Pour comprendre pourquoi ce camp s'accroche avec une telle ferv


Rédaction

Rédaction