Après la deuxième tribune des militaires, le gouvernement jette délibérément de l’huile sur le feu

Après la deuxième tribune des militaires, le gouvernement jette délibérément de l’huile sur le feu


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Loin de tenir compte de la publication d'une deuxième tribune, rédigée par des militaires d'active, le gouvernement a décidé de jeter de l'huile sur le feu. Les déclarations gouvernementales se sont succédées le 10 mai 2021, pour condamner le nouvel avertissement des militaires au gouvernement sur les risques que court le pays. On comprend bien la stratégie que joue Emmanuel Macron, dont la seule chance d'être réélu réside dans un affrontement brutal avec "l'extrême-droite". Il s'agit cependant d'une stratégie dangereuse, qui relève de la fuite en avant et ne peut qu'alimenter une logique de guerre civile.

A la fin d’un entretien essentiellement consacré au déconfinement sanitaire, Jean Castex est interrogé sur la deuxième tribune des militaires. Le Premier ministre part bille en tête:  » De quoi parlons-nous ? C’est une tribune politique d’extrême droite, appelons un chat un chat. »

On avait pensé, suite au conciliabule entre Emmanuel Macron et les chefs d’état-major en marge de la cérémonie du 8 mai, que le gouvernement avait compris combien son attitude était contre-productive: la dénonciation de la première tribune, celle des militaires en retraite, par Madame Parly, Ministre de la Défense, n’avait pas pas empêché, bien au contraire, la mobilisation de l’opinion, à 58% en faveur des signataires.

Visiblement, il n’en est rien. Le gouvernement a choisi de franchir un palier dans la confrontation. Jean Castex dénie toute légitimité aux auteurs du texte:  « Ils prétendent parler au nom de l’armée ? On peut tous se dire militaires et signer sous couvert d’anonymat une tribune!« . Le Premier ministre va donc jusqu’à traiter les signataires d’imposteurs: « Qu’est-ce qui prouve que ce sont vraiment des militaires ? Qui sont-ils ? ».  Tout à sa veine complotiste,  l’hôte de Matignon plonge dans l’injonction paradoxale: « Qu’ils s’affichent et qu’ils assument s’ils considèrent que l’essentiel est en jeu ».

Un gouvernement complotiste et méprisant

Gérald Darmanin a d’ailleurs eu recours, dans la foulée de son Premier ministre, au même type d’arguments.

« Excusez-moi, mais ce n’est pas sérieux, il y aura bientôt plus de signatures que de militaires« , a ironisé le Ministre de l’Intérieur sur RTL  ce 11 mai.  Curieuse remarque de la part d’un membre du gouvernement, qui devrait montrer un peu plus de respect pour ceux qui sont en charge de le protéger en dernier recours. « Moi je trouve que les gens courageux, ils donnent leur nom.« , a poursuivi le ministre de l’Intérieur qui, apparemment, trouve approprié de traiter des militaires d’active de couards.

« Il faudra qu’ils donnent leurs noms et puis, s’ils ont des idées politiques, qu’ils se présentent aux élections. « , a-t-il ajouté.

Une stratégie réfléchie et qui prend le risque de la guerre civile

Clairement, ces propos sont destinés à blesser et radicaliser les militaires signataires des tribunes.  Alors que le gouvernement devrait rassembler la nation, il cherche à dresser les Français les uns contre les autres. Traiter les militaires signataires de suppôts de l’extrême-droite, les soupçonner d’être des imposteurs, pire les traiter de lâches: tout est fait pour jeter de l’huile sur le feu. Comme on ne fera ni à Jean Castex ni à Gerald Darmanin l’insulte de les soupçonner de bêtise, il faut comprendre ce qui se joue.

On aura remarqué que le président de la République est resté muet, aussi bien après la première tribune qu’après la deuxième. Mais les déclarations des ministres ne peuvent pas se faire sans l’aval du chef des armées.  Que cherche Emmanuel Macron?

La polarisation contre l’extrême-droite est la ficelle grossière que le Président veut utiliser tant qu’elle ne craquera pas pour garder une chance d’être réélu, à l’occasion d’un second tour sur mesure face à Marine Le Pen.  Alors, il n’apparaît pas dans la polémique sur les publications des militaires. Mais il laisse Florence Parly, Jean Castex, Gérald Darmanin envenimer les choses. Il pourra se payer le luxe d’un mot d’apaisement. A moins qu’il juge qu’il a intérêt à la radicalisation.

245 000 Français ont déjà signé la tribune, en soutien aux militaires d’active: et si on changeait le peuple?

Mardi 11 mai à 16h, Valeurs Actuelles annonçait sur son site que plus de 245 000 Français avaient signé le texte de la tribune des militaires d’active, comme ils en avaient la possibilité.  Il n’allait pas de soi, a priori, que tant de gens signent à l’appel d’un journal classé comme conservateur. Evidemment, cela alimente le complotisme du pouvoir, qui ne cesse de surenchérir sur la « manipulation d’extrême-droite ».  Mais on pense aussitôt à la célèbre formule de Brecht après la révolte des ouvriers en RDA en 1953: « Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple«

Tout se passe comme si Emmanuel Macron et son gouvernement préféraient la fuite en avant à la réconciliation nationale. Depuis trois semaines, la gauche et le gouvernement nous parlent de « putsch », du spectre de la « guerre civile ».  Alors que la tribune des militaires d’active est, comme nous l’avons montré hier, un texte d’esprit profondément républicain, les Parly, Darmanin, Castex prétendent exclure les signataires du débat républicain.   Ce faisant, Emmanuel Macron voudrait que l’opinion assimile « guerre civile » et « extrême droite ».

C’est prendre le peuple français pour moins intelligent qu’il n’est. Mais c’est aussi pratiquer une fuite en avant qui comporte, elle, un véritable risque de chaos pour le pays.


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