Angleterre : hausse inquiétante des décès liés à l’alcool, un héritage toxique des confinements

Angleterre : hausse inquiétante des décès liés à l’alcool, un héritage toxique des confinements


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Selon une étude publiée dans la revue Lancet Public Health, le nombre de décès liés à l’alcool en Angleterre a fortement augmenté pendant la pandémie. Le taux de mortalité est particulièrement élevé chez les hommes, les personnes issues des quartiers défavorisés et les individus âgés de 50 à 69 ans. Les chercheurs estiment qu’il est urgent de prendre les bonnes mesures afin d’éviter d’autres décès.  Si le Covid-19 a affecté physiquement les individus, il a également mis en exergue la hausse des syndromes d’addiction et de dépression.

Une étude parue dans The Lancet Public Health révèle une hausse alarmante des décès causés uniquement par l’alcool en Angleterre, en particulier depuis le début de la pandémie de COVID-19. En cause : une politique de confinement aux effets secondaires dévastateurs, notamment sur les comportements addictifs.

Une hausse de 13,5% entre 2020 et 2022

Une équipe de chercheurs a mené une étude sur les décès liés à l’alcool. Les résultats sont publiés dans la revue Lancet Public Health. Lors de cette recherche, les experts ont analysé les chiffres de l’Office for National Statistics (ONS) sur les décès causés uniquement par l’alcool en Angleterre. Selon leur première constatation, les taux de mortalité ont fortement augmenté pendant la pandémie, alors qu’ils étaient stables entre 2009 et 2019.

En 2020, une hausse d’un cinquième du nombre de personnes tuées par l’alcool a été constatée. Puis, entre 2020 et 2022, les taux de mortalité ont grimpé de 13,5%, soit 3911 décès supplémentaires par rapport à la période pré-pandémique. Le nombre de décès est particulièrement élevé chez les hommes, les personnes issues de quartiers défavorisés et les individus âgés de 50 à 69 ans.

Selon les chercheurs, les cas de lésions hépatiques causées par l’alcool ont augmenté. Ils estiment donc que c’est la principale cause des décès. Les experts attribuent cette hausse des cas de maladie du foie par l’augmentation de la consommation d’alcool chez les grands buveurs et les beuveries plus fréquentes. Pourtant, l’accès aux services de santé a été réduit au cours de la pandémie. Mais les décès peuvent aussi être liés à des causes aiguës comme l’intoxication alcoolique qui ont également augmenté considérablement.

Dans leur étude, les chercheurs ont indiqué que la prise de poids et le mode de vie plus sédentaire pendant la pandémie ont favorisé le risque de décéder suite à une maladie hépatique liée à l’alcool. De plus une cirrhose établie augmente de deux à trois fois le décès par infection au Covid-19.

L’impact d’une « politique enfermiste » décrié

De nombreux experts pointent la responsabilité des politiques de confinement prônées par l’OMS et reprises par les gouvernements. Le repli sur soi, l’isolement social, le stress psychologique et l’accès réduit aux soins ont favorisé l’aggravation de comportements à risque, en particulier chez les buveurs réguliers et les personnes déjà vulnérables.

Selon l’auteur principal de l’étude, le Dr Melissa Oldham de l’Institut d’épidémiologie et de soins de santé de l’UCL, « la forte augmentation des décès liés à l’alcool pendant la pandémie n’était pas un feu de paille. Ce taux élevé a persisté et s’aggrave chaque année ». Les chercheurs estiment que les gens ont du mal à se défaire des habitudes prises pendant le confinement. Mais on peut aussi attribuer à la crise du coût de la vie et à la dégradation de la santé mentale cette tendance à la hausse du taux de mortalité due à l’alcool en Angleterre.

Le professeur Colin Angus de la Faculté de médecine de santé des populations de l’Université de Sheffiled, a dénoncé les inégalités de santé. Il a indiqué que les hommes et les personnes issues des quartiers les plus défavorisés ont plus de risque de mourir suite à la consommation d’alcool, que ceux issus des quartiers  les moins défavorisés.

Les chercheurs estiment qu’il est nécessaire de prendre des mesures urgentes pour prévenir des décès supplémentaires. Le co-auteur de l’étude et membre de la division de médecine de l’UCL, le Dr Gautam Metha, recommande la mise en place de « nouveaux traitements et de nouvelles stratégies de dépistage précoce », afin de prévenir les décès liés à la cirrhose du foie.

Le phénomène ne se limite pas à l’Angleterre. Des hausses comparables sont observées en Allemagne, Estonie, Lettonie, Bulgarie, Australie et États-Unis. À New York, plus de 8 000 décès annuels sont désormais attribués à l’abus d’alcool.

Aux États-Unis, les confinements ont aussi provoqué une explosion de la vente de substances illicites sur le Dark Web et une hausse des overdoses aux opioïdes. En 2021, plus de 107 000 décès par overdose ont été recensés, en majorité liés au fentanyl, selon l’ONU.


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