Amnesty International ne parle plus seulement de crimes de guerre russes mais aussi ukrainiens – et ça ne plait pas à Kiev

Amnesty International ne parle plus seulement de crimes de guerre russes mais aussi ukrainiens – et ça ne plait pas à Kiev


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Dans un rapport publié jeudi, Amnesty International accuse les forces ukrainiennes de mettre en danger la vie de nombreux civils avec les tactiques de combats qu’elles ont adoptés. En effet, pour repousser les Russes, elles ont installé leurs bases dans les zones résidentielles incluant des écoles, des hôpitaux. Pour Agnès Callamard, la secrétaire générale de l'ONG, il s’agit d’une violation des lois de la guerre et du droit international humanitaire dans une vidéo, Zelensky n’a pas tardé à faire savoir son mécontentement, il accuse Amnesty International de « transférer la responsabilité de l’agresseur à la victime ».

Kiev a toujours dénoncé l’invasion russe, et les crimes de guerre commis sur son territoire. Depuis le début du conflit,  la Russie accuse également l’Ukraine d’utiliser la population comme « bouclier humain » . Les deux camps s’accusent mutuellement de barbarie. De son côté, l’Union européenne a toujours condamné avec la plus grande fermeté les atrocités commises, selon elle, par les forces russes. Dans une synthèse publiée le 6 mai intitulée ‘He’s Not Coming Back’: War Crimes in Northwest Areas of Kyiv Oblastse », Amnesty International avait accusé les forces russes de crimes de guerre commis dans la région au nord-ouest de Kiev. Des accusations rejetées par Moscou, même si Dimitri Medvedev, l’ancien président russe, déclarait, sur son fil Telegram, à propos d’une accusation récente formulée à l’encontre de l’armée russe: « Des choses se passent à la guerre. Il arrive que des prisonniers de guerre soient torturés. Aucune armée au monde n’est épargnée ».

Cette fois, c’est au tour de l’armée ukrainienne de se retrouver sous la lumière des projecteurs: après une enquête de quatre mois, Amnesty International a publié jeudi 4 août un rapport accusant l’armée ukrainienne d’utiliser des tactiques qui violent le droit humanitaire international. Selon l’ONG, les forces ukrainiennes mettent systématiquement en danger la population civile en « établissant des bases et en utilisant des systèmes d’armement dans des zones résidentielles habitées, notamment des écoles et des hôpitaux ». Kiev s’est dit « indigné » par les accusations « injustes » d’Amnesty International. Pour l’heure, ses principaux alliés, l’Europe et les États-Unis ne se sont pas encore exprimés.

Des attaques lancées depuis des zones résidentielles peuplées selon le rapport

Une équipe d’Amnesty International a mené une enquête sur des attaques menées par les forces russes à Mykolaïv, Kharkiv et Donbas entre avril et juillet. Inspection des sites de frappes et interrogation des victimes et des témoins étaient au programme. Les enquêteurs ont aussi utilisé la télédétection et ont analysé les armes utilisées durant ces attaques. Grâce à ces investigations, ils ont découvert que les forces ukrainiennes ont violé les lois de la guerre.

En effet, cette enquête de l’Amnesty International a révélé que l’Ukraine a installé ses bases militaires dans des zones habitées situées dans 19 villes et villages. Les militaires ont également lancé des attaques depuis des bâtiments civils. Pourtant, ils avaient le choix de mener les opérations depuis d’autres zones.

Selon le rapport, des survivants et des témoins de frappes russes dans les régions de Donbas, Kharkiv et Mykolayiv ont déclaré aux chercheurs d’Amnesty International que l’armée ukrainienne avait opéré près de leurs maisons au moment des frappes, exposant ainsi les zones à des tirs de représailles des forces russes. Les forces ukrainiennes n’ont même pas demandé aux civils qui occupaient les bâtiments de quitter les lieux et n’ont fourni aucune aide pour assurer leur évacuation et leur protection.

« Les chercheurs d’Amnesty International ont été témoins de tels agissements en de nombreux endroits « , indique le rapport.. Lors d’une investigation à Kharkiv, ils ont bel et bien entendu les tirs venant des positions des forces ukrainiennes à proximité des immeubles d’habitation.

L’organisation a aussi découvert que les soldats lançaient des attaques depuis des endroits situés près d’un hôpital et que les soldats venaient chercher des nourritures dans les hôpitaux. En ajout à tout cela, ils ont utilisé des écoles comme bases militaires. Pour prouver les informations recueillies par les hommes de terrain, le Laboratoire de preuves du programme Réaction aux crises d’Amnesty International a analysé les images satellites.

Les forces ukrainiennes accusées de violation du droit international humanitaire

L’ONG accuse les forces ukrainiennes d’avoir violé le droit international humanitaire qui exige des parties à un conflit qu’elles « évitent, dans toute la mesure du possible, de placer des objectifs militaires à l’intérieur ou à proximité de zones à forte densité de population ».

En effet, Amnesty a constaté sur le terrain que les forces ukrainiennes ont lancé des frappes depuis des zones résidentielles peuplées et se sont basées dans des bâtiments civils dans 19 villes et villages de trois régions du pays. En s’installant à proximité de ces zones, explique l’ONG les forces ukrainiennes mettraient en danger la vie de nombreuses personnes non combattantes. Ces habitations et établissements étaient devenus des cibles pour les Russes.

La secrétaire générale d’Amnesty International, Agnès Callamard, demande au gouvernement ukrainien « de prendre les mesures nécessaires pour placer ses forces loin des zones habitées, et pour évacuer les civiles dans les zones où l’armée mène des opérations ».

L’organisation a souligné que les deux parties devraient veiller à ce que les affrontements aient lieu dans des endroits éloignés des lieux d’habitation. Elles devraient également choisir les armes à utiliser pour limiter les préjudices subis par les civils. Amnesty International a aussi condamné les attaques sans discrimination menées par les forces russes. L’organisation a transmis les conclusions de l’enquête au ministère de la Défense de l’Ukraine le 29 juillet 2022.

Un rapport au centre des polémiques

Le rapport a été sévèrement critiqué par les responsables ukrainiens et des représentants de la société civile en Ukraine. La critique la plus surprenante est sans doute celle de Oksana Pokalchuk, responsable d’Amnesty International Ukraine qui a déclaré « nous avons fait tout ce que nous pouvions pour empêcher ce rapport d’être rendu public ». Elle et son équipe affirment que le rapport, compilé par des observateurs étrangers, sans aucune aide du personnel local, comporte plusieurs incohérences. Elle a annoncé sa démission afin de protester contre le rapport de son organisation qui, selon elle, accable l’Ukraine.

Pour le président ukrainien Volodymyr Zelenskiy, ce rapport est une tentative de « transférer la responsabilité de l’agresseur à la victime ». Sur Facebook,son ministre de la défense, Oleksiy Reznikov, a qualifié le rapport de « perversion » pour avoir remis en question le droit des Ukrainiens à défendre leur pays.

Face à ces critiques, Mme Callamard a déclaré que le fait d’être en position défensive « ne dispense pas les militaires ukrainiens de respecter le droit international humanitaire. » Le conseiller présidentiel ukrainien, Mykhaylo Podolyak a également accusé Amnesty International de participer à la campagne de désinformation menée par Moscou pour discréditer les forces ukrainiennes.

Mais pour Mme Callamard, il est impensable de céder à la pression « même si les « foules et trolls » ukrainiens et russes sur les médias sociaux attaquaient Amnesty International ». Cela s’appelle, selon elle, « de la propagande de guerre, de la désinformation, de la mésinformation. Cela n’entamera pas notre impartialité et ne changera pas les faits », a-t-elle déclaré sur Twitter.

Les médias d’État russes et les médias pro-Kremlin ont  abondamment cité le rapport. Sur Telegram, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova a juste écrit: »nous en parlons tout le temps, qualifiant les actions des forces armées ukrainiennes de tactique consistant à utiliser la population civile comme « bouclier humain ».


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