Macron face à un atterrissage budgétaire 2018 à haut risque

Les mauvais chiffres de la croissance pour 2018 sont annonciateurs d’un automne difficile pour Emmanuel Macron. Affaibli par les feuilletons politiques de l’été, sa légitimité à prendre des mesures capables de tenir les promesses de déficit reste à démontrer. À l’approche du débat budgétaire, la situation est rendue d’autant plus compliquée que les salaires des fonctionnaires exigeront sans doute des hausses d’impôt. 

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Pour Emmanuel Macron, la rentrée budgétaire risque d’être rendue encore plus compliquée par les affaires de l’été. Il n’avait pas besoin de cette épreuve supplémentaire, tant l’atonie économique rend à elle seule la situation du gouvernement extrêmement délicate et annonce à elle seule un débat budgétaire délicat à mener sans polémique majeure.

L’impact des mauvais chiffres de la croissance sur le budget

À quoi ressemblera la croissance en 2018? La Banque de France penche pour un chiffre de 1,8% contre 2% initialement prévus par le gouvernement. L’INSEE penche pour 1,7%. Autrement dit, la performance est dégradée de 10 à 15% par rapport aux prévisions initiales, ce qui n’est pas très bon. 2018 avait donné lieu à des prévisions optimistes et une réalisation terne, l’exact inverse de 2017, parti sur une prévision de croissance à 1,5% du PIB, et achevé sur une belle performance de 2,2%.

Comme l’a très bien écrit la Cour des Comptes en juin à propos du déficit de 2017 dans un rapport sur les finances publiques:

« La réduction du solde structurel (0,3 point de PIB en 2017) tient ainsi en totalité à une élasticité élevée des recettes au PIB tandis que l’effort en dépense, qui correspond à la variation structurelle des dépenses rapportées au PIB, aura été nul. « 

Le problème vaut pour 2018: les recettes de l’État sont très sensibles à la croissance, alors que les dépenses ne le sont pas. Qu’il pleuve ou qu’il vente, les dépenses sont les dépenses. 

Les recettes budgétaires 2018 en situation difficile

Selon la situation mensuelle du budget de l’État au 30 juin 2018, la situation des recettes de l’État est plutôt tendue. Les recettes fiscales nettes sont en baisse de 4 milliards sur l’ensemble, avec des postes lourdement sacrifiés, comme l’impôt sur les sociétés (en baisse de 1 milliard), et les taxes diverses (en baisse de 6 milliards).

Heureusement, la fiscalité sur les particuliers évite la catastrophe budgétaire globale: l’impôt sur le revenu progresse de 1 milliard €, la taxe sur le carburant de 500 millions €, la TVA de 2 milliards €. De là à soutenir que le gouvernement fait payer sa politique aux Français pour épargner les entreprises, il n’y a qu’un pas. 

En tout cas, la panne de croissance risque de rendre la situation particulièrement complexe politiquement. Dans un contexte dégradé par ailleurs, s’exposer au risque des critiques sur un privilège accordé aux entreprises et sur un surcroît d’efforts demandé aux ménages est un jeu dangereux. 

L’atterrissage budgétaire risque d’être compliqué à expliquer

Dans le même temps, et comme le notait la Cour des Comptes en juin, les dépenses sont assez peu « élastiques ». Autrement dit, elles peinent à baisser. Or, si Emmanuel Macron veut maintenir un affichage favorable sur sa maîtrise des déficits publics, il devra donc aligner une baisse des dépenses sur sa baisse relative de recettes. L’alignement sera d’autant plus indispensable si la fin d’année se relève encore plus tendue économiquement que prévu. 

Or la baisse des dépenses publiques en cours d’année est toujours un exercice sensible, et il le sera tout particulièrement cette année. L’affaire Benalla a en effet interrogé l’autorité d’Emmanuel Macron sur son administration. Il est très probable que les fissures qui sont apparues plusieurs fois dans le pont qui relie le gouvernement et les départements ministériels (notamment avec la démission du général de Villiers l’an dernier) nourrissent une relative passivité dans l’obéissance des hauts fonctionnaires. 

C’est particulièrement gênant en l’état. En effet, les dépenses publiques continuent à progresser sous l’effet de la masse salariale des fonctionnaires de l’État qui semble incontrôlable. Or, être capable de tailler dans ce vif va constituer un défi majeur qui devrait susciter de vraies résistances. 

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