La Commission nationale des sanctions frappe fort et nomme les coupables. La Galerie Maeght, fleuron du marché français, est condamnée à 100 000 euros d’amende et à une interdiction d’un an avec sursis pour huit manquements graves à la lutte anti-blanchiment. Ses dirigeants subissent des sanctions personnelles. Un avertissement clair pour tout un écosystème.

Pour la première fois, la Commission nationale des sanctions (CNS) publie des décisions nominatives contre des galeries d’art. La prestigieuse Galerie Maeght, héritière de la dynastie Adrien Maeght, écope de 100 000 euros d’amende et d’une interdiction d’exercer d’un an avec sursis. Ses dirigeants, Isabelle et Julien Maeght, sont également sanctionnés personnellement. Derrière la beauté des œuvres se cache une réalité moins esthétique : celle des flux financiers opaques.
Une sanction exemplaire et inédite
La décision du 21 janvier 2026 marque une rupture. La Commission nationale des sanctions, rattachée à Bercy, a choisi de nommer publiquement les contrevenants, rompant avec une tradition d’anonymisation. La galerie de la rue du Bac est lourdement sanctionnée : 100.000 euros d’amende et une interdiction d’exercer d’un an avec sursis. Ses dirigeants écopent, à titre personnel, de 10.000 et 5.000 euros d’amende, ainsi que d’une interdiction d’exercer de 18 mois.
La CNS retient huit manquements aux obligations de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT). Parmi eux, des défaillances élémentaires : absence de cartographie des risques, défaut de vérification de l’identité des clients, procédures internes inexistantes.
Une récidive ignorée par les autorités… jusqu’ici
Plus accablant encore : la galerie avait déjà été contrôlée en septembre 2020. Une injonction de mise en conformité avait été adressée en janvier 2021. Pourtant, lors d’un nouveau contrôle mené en janvier 2024 par la DNRED, les manquements persistaient. Pour la CNS, cette inertie constitue un « caractère aggravant ».

Un recours a été déposé devant le tribunal administratif de Paris, signe que la bataille juridique ne fait que commencer. Une seconde décision, rendue le 6 mars 2026, vise également une galerie d’art, confirmant une offensive ciblée de l’administration.

L’art, un secteur à haut risque selon Tracfin
Tracfin l’a confirmé dans son Focus n°1 publié en février 2026 : les déclarations de soupçon liées à l’art ont bondi de 35 % en 2024, atteignant 1 109 cas. Transactions internationales, valorisation subjective, culture de la discrétion : le marché de l’art concentre tous les facteurs de risque.
La CNS, qui avait prononcé 212 sanctions en 2024 (surtout dans l’immobilier), étend désormais sa vigilance au luxe. Transactions discrètes, valorisations subjectives, intermédiaires multiples : les failles structurelles sont connues.
Reste une question : pourquoi avoir attendu 2026 pour appliquer des règles pourtant en vigueur depuis des années ? Entre tolérance implicite et rattrapage réglementaire, l’État semble découvrir tardivement un angle mort qu’il n’osait pas regarder.
