L'issue du vote sur la publication ou non du rapport de Charles Alloncle sur l'audiovisuel public semble la première des préoccupations d'une certaine droite... pendant que le destin de la France se joue ailleurs, loin de l'hémicycle. Décidément, l'avachissement a contaminé tout le monde.

Impossible d'échapper aujourd'hui à cette information, placée en "une" de tous les journaux : la commission parlementaire sur l'audiovisuel, à l'issue de sa réunion à huis clos de 14h, votera ou non la publication du rapport de Charles Alloncle, le député ciottiste qui a transformé l'Assemblée en scène de western pendant plusieurs semaines ?
Allons plus loin, au sein du mouvement conservateur, cette question épiphénoménale est devenue un enjeu essentiel (au sens propre), pour ainsi dire identitaire. Une France sans la publication du rapport ne serait plus vivable à les en croire. Au fond, le destin national dépendrait de cette publication.
L'occasion était trop belle pour ne pas en dire quelques mots un peu caustiques et provocateurs.

Sur le fond : bien entendu qu'il faut donner un grand coup dans la fourmilière de l'audiovisuel public, lieu de connivences par exemple.
Connivence financière, entre producteurs d'émissions et acheteur de ces émissions, dans un esprit malsain d'endogamie et de combinazioni.
Connivence politique au sein d'une bien-pensance que l'on pourrait qualifier de "centre-gauche" avec quelques excroissances mélenchonistes parfaitement avachies. Combien, dans les couloirs de France Télévision, aiment la France Insoumise par conformisme, par forfanterie, et si et seulement si elle ne remet pas en cause leurs habitudes bourgeoises et leurs cachotteries nouées sur le dos du contribuable.
Connivence sociale, car l'audiovisuel public est la chasse gardée d'une élite parisienne d'autant plus méprisante qu'elle professe la bienveillance et la diversité. Là encore, les leçons de vertu proférées à la manière des Pharisiens servent de vitrines pour dissimuler des pratiques ostracisantes, malicieuses, souvent brutales.
L'objectif final de ces connivences est bien connu : dans la militarisation de l'information qui s'est généralisée depuis 30 ans, l'audiovisuel public est un maillon-clé pour "tenir" la population. Regardez un journal de Léa Salamé, et vous comprendrez que son objectif n'est pas d'informer, mais d'orienter le public et de lui donner confiance dans des institutions de plus en plus claudicantes.
Bref, l'audiovisuel public est une forteresse de la caste, et c'est une excellente chose de le démontrer, de la purger et d'en réduire la voilure. Il n'y a là aucune réserve à avoir sur ce point.
Toute la question est de savoir si les postures de Savonarole, de Fouquier-Tinville, prises par Alloncle ont vraiment contribué à une réforme positive de ces structures conniventes, ou si elles ont surtout servi à Alloncle pour donner des gages de fidélité à un Bolloré qui a besoin d'abattre un concurrent financé par l'Etat.
Seul Alloncle peut répondre à cette question, bien entendu.
Ce qui est incontestable, en revanche, c'est qu'Alloncle a conçu son rôle de rapporteur d'une commission multipartite de façon très militante et solitaire. Dans cette attitude, il a régulièrement bafoué le principe de l'apparente impartialité pour se montrer très combatif.
Qu'un député ait des convictions est assez naturel, et même plutôt rassurant. Qu'en revanche il ne parvienne pas à les modérer pour se montrer à la hauteur de sa fonction de rapporteur donne quelques indications sur ce qui nous attend dans l'hypothèse d'une victoire de son camp aux prochaines élections.
Qu'Alloncle dénonce la dérive militante de l'audiovisuel public est très sain ! Dès lors que le contribuable finance une activité, celle-ci doit être impartiale.
Le problème est qu'Alloncle a exprimé une ligne différente : il ne s'agit pas de condamner une dérive partiale de l'État, il s'agit plutôt de remplacer une partialité de gauche par une partialité de droite. Et cela, ça pose un vrai problème.
J'en ressors avec la conviction que les ciottistes et leurs amis du RN ne veulent pas l'impartialité de l'État. Ils veulent récupérer l'État pour le mettre au service de leur idéologie, et là nous aurons, nous avons déjà un problème.

Si nous vivions dans un monde harmonieux où la place de la France n'était pas menacée, le fait que tout un pays soit polarisé autour de cette question de la publication ou non de Charles Alloncle serait une anecdote parmi d'autres. Le problème est que nous ne vivons pas dans ce monde idéal.
Nous vivons dans un monde chaotique où la France s'effondre, et où ceux qui prétendent l'aimer et la défendre devraient avoir bien d'autres chats à fouetter que le rapport d'un député dont le comportement n'incarne certainement pas la dignité nécessaire à la représentation nationale. Notre approvisionnement énergétique est menacé et le prix du carburant explose. Notre industrie est aux abois, les plans sociaux se succèdent. Malgré une pression fiscale à des niveaux jamais atteints, le déficit public galope. Et encore ne parlè-je pas de la situation géopolitique anxiogène, dont la France est désormais absente.
Bref, s'il y a bien un moment où les patriotes, les amoureux de la France, les défenseurs de notre identité, devraient rassembler pour proposer une alternative crédible et enthousiasmante, c'est aujourd'hui.
Mais il est vrai que proposer, c'est ingrat, et ça divise. Attiser les passions tristes, les colères, ça fait de l'audimat et ça fédère les mécontents.
Préférer fédérer dans la facilité plutôt que construire dans l'effort : voilà une bonne définition de l'avachissement français, ce mal qui nous terrasse. Voilà un bon portrait du ciottisme, aussi.
