Vous avez versé 1.000€ en liquide sur votre compte ? vous êtes signalé à Tracfin

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Peu de Français connaissent la cellule Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins) rattachée au ministère des Finances, chargée d’enquêter sur les fraudes financières en tous genres. Beaucoup imaginent que l’activité d’une cellule de ce type cible essentiellement la mafia, les terroristes ou quelques bandits de haut vol. En réalité, Tracfin entend parler de vous dès que vous faites circuler 1.000€ en liquide. Et le flicage financier ne s’arrête pas là.

Il faut absolument lire le dernier rapport Tracfin, qui dévoile les coulisses de la traque au fraudeur, dans ce qu’elle a de plus anxiogène et de plus inquisitorial. On y mesure l’étendue de la surveillance dont les Français sont l’objet au jour le jour. La synthèse du rapport dresse d’ailleurs un résumé saisissant de cette activité, qui en dit long sur le raidissement du pouvoir en France.

Il faut ici comprendre que Tracfin procède essentiellement sur dénonciation obligatoirement adressée par certaines professions, comme les banques, les assurances, les commissaires-priseurs, et autres. Là encore, les Français n’ont pas forcément conscience que des lois en France obligent leur banquier, leur assureur-vie, leur agent immobilier, à les dénoncer au fisc en cas de soupçon de fraude.

Des millions de signalements que vous ne soupçonnez pas

Pour preuve de cette banalisation de la délation sous couvert de lutte contre la fraude, on retiendra dans le bilan de Tracfin pour 2020 ces chiffres hallucinants :

  • près de 4 millions de signalements reçus pour dénoncer des particuliers qui avaient versé au moins 1.000€ en espèce, soit sur leur compte, soit à autrui, ou qui avaient cumulé 2.000€ de versements en un mois…
  • plus de 37 millions de signalements pour des particuliers qui ont retiré 10.000€ en espèces de leur compte
  • plus de 67.000 enquêtes menées.

Ces chiffres donnent le tournis, bien évidemment, puisqu’ils montrent que l’activité de TRACFIN ne se limite à quelques bandits de grand chemin, mais concerne probablement plusieurs millions de Français. Peut-être vous aussi.

Une augmentation exponentielle des dénonciations

Plus inquiétante encore est l’envolée des chiffres de la délation ces dernières années.


   

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Comme on le voit, les dénonciations provenant des seules professions financières ont augmenté de 80% entre 2016 et 2020. Autant dire que la délation est devenue un sport national, avec des pourvoyeurs privilégiés que sont les banques et les établissements de paiement. Ces deux types d’institutions ont cumulé à eux seuls plus de 93.000 signalements.

On comprend l’astuce : dès qu’un employé de banque a le moindre doute sur une transaction, il la signale à Tracfin, même si elle concerne Mme Michu qui retire des espèces pour ses vacances en Thaïlande. Le phénomène est devenu proprement délirant.

Un recul de la fraude

Cette inflation de dénonciations explique-t-elle la baisse de la fraude ? Soit que les fraudeurs se méfient, soit que, noyée sous une masse de déclarations insignifiantes, Tracfin n’ait plus le temps de distinguer le bon grain de l’ivraie ?

Toujours est-il que la fraude fiscale, pour n’évoquer que ce point, est en baisse notable :

En 2020, Tracfin a moins saisi le fisc qu’en 2017. Et, depuis 2017, les enjeux financiers présumés des dosssiers n’ont cessé de baisser. C’est bien le signe que la fraude fiscale n’atteint pas les proportions extravagantes parfois décrites dans une certaine presse. Et c’est aussi le signe qu’une débauche de moyens, une inflations de dénonciations, ne correspond pas à une augmente effective de la délinquance financière. Bien au contraite. Plus il y a de suspects, moins il y a de coupables.


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