Les médias occidentaux commencent à évoquer une prochaine défaite russe en Ukraine. Que faut-il penser de ce pronostic ? Thibault de Varenne passe en revue la presse des BRICS pour voir les choses "de l'autre côté de la page".

L'analyse de l'état réel des capacités russes dans le conflit en Ukraine souffre souvent d'une polarisation excessive au sein des médias occidentaux. Pour obtenir une évaluation rigoureuse, dépassionnée et stratégiquement viable de la situation de la Fédération de Russie en 2026, il s'avère indispensable d'examiner exclusivement les analyses politiques, les rapports de sécurité et les données économiques émanant des puissances du Sud Global et des pays non alignés.
En croisant les perspectives chinoises, iraniennes, turques, arméniennes, brésiliennes et sud-africaines, ce papier cherche à déterminer si la Russie est effectivement en train de perdre la guerre en Ukraine, en évaluant ses forces et ses vulnérabilités sur les plans tactique, macroéconomique et géopolitique.
Analyse tactique et opérationnelle : impasse sur le front et vulnérabilités de l'arrière
Sur le plan strictement militaire, la thèse d'une déroute russe imminente est largement réfutée par les observateurs de terrain du Sud Global. Les correspondants du quotidien brésilien Folha de S.Paulo, ayant effectué un séjour prolongé dans les régions de Donetsk, Zaporijia, Kherson et en Crimée, constatent que la Russie accélère le rythme de ses opérations militaires et progresse d'une manière inédite depuis le début de l'invasion en 2022. Loin de reculer, l'appareil d'État russe cristallise sa présence civile et militaire dans ces quatre régions annexées en y menant d'importants travaux d'infrastructure routière et ferroviaire afin d'intégrer définitivement ces territoires à la Fédération de Russie.
Cette réalité est confirmée par les analyses de la presse étatique chinoise, qui soulignent que les succès des forces armées russes sur le terrain constituent le socle inamovible sur lequel Moscou fonde ses exigences lors des négociations de paix confidentielles avec les États-Unis. Pour les négociateurs russes, l'intégration des territoires occupés — qui représentent environ 20% de la superficie de l'Ukraine en mai 2026 — est une condition sine qua non à toute résolution du conflit.

La guerre des drones et la fragilisation de la sécurité intérieure russe
Cependant, cette consolidation territoriale n'occulte pas les revers tactiques majeurs subis par Moscou au début de l'année 2026, largement documentés par la presse sud-africaine et turque. L'intégration massive de la technologie des drones par les forces ukrainiennes a transformé le conflit en une guerre d'usure technologique hautement asymétrique. Les médias turcs de la Daily Sabah rapportent que l'Ukraine mène désormais les attaques de drones les plus vastes et les plus dévastatrices de la guerre à l'arrière du front russe, atteignant régulièrement la banlieue de Moscou et provoquant d'importants dégâts matériels ainsi que des pertes civiles.

Ces incursions aériennes à répétition ont forcé le Kremlin à ordonner des coupures d'accès à l'internet et des restrictions de réseau pour perturber les signaux GPS des appareils ukrainiens, suscitant une frustration croissante au sein de la population urbaine russe. En outre, les frappes ukrainiennes visent des cibles hautement sensibles au sein même des territoires contrôlés par la Russie, comme l'attaque contre un dortoir d'étudiants dans la région occupée de Louhansk, qui a causé la mort de plusieurs adolescents et fait des dizaines de blessés, illustrant l'incapacité des systèmes de défense antiaérienne russes à sanctuariser totalement l'espace aérien.


Les défaillances de sécurité et la guerre de l'ombre
La vulnérabilité interne de la Russie se manifeste également par des failles critiques au sein de son appareil de sécurité et de son commandement militaire.


