Un second tour Macron-Zemmour à l’horizon


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Les droites de Husson n°36 - (1) les courbes de Zemmour, Valérie Pécresse et Marine Le Pen vont-elles se croiser avant la fin février? (2) Valérie Pécresse: "Sarko m'a tuer...!". (3) Pourquoi Eric Zemmour va gagner la primaire à droite avec Marine Le Pen. (4) Le match à venir Macron-Zemmour sera plus serré qu'il n'y paraît

Un des enjeux des prochaines semaines : le duel pour la 3ème place dans les sondages.

2 dynamiques opposées :
↗️ Eric Zemmour progresse
↘️ Valérie Pécresse ne contient pas un effritement des intentions de vote en continu depuis début Janvier pic.twitter.com/CpywKdEf0j

— Jean-Poll (@jp_datapolitics) February 10, 2022

Les courbes de Zemmour, Valérie Pécresse et Marine Le Pen vont-elles se croiser avant la fin février?

Notre ami Jean-Poll enregistre clairement à la date du 10 février l’effritement du soutien à Valérie Pécresse et la remontée d’Eric Zemmour.  Lundi 7 février, il donnait des chiffres d’agrégation sondagière indiquant très clairement un resserrementde l’écart entre Marine Le Pen, Valérie Pécresse et Eric Zemmour:

Petit point sur le TOP 5 en ce lundi.
1) Macron 24,1%
2) Le Pen 16,8%
3) Pécresse 16,0%
4) Zemmour 13,7%
5) Mélenchon 10,0% pic.twitter.com/BhREElVUxm

— Jean-Poll (@jp_datapolitics) February 7, 2022

Alors même qu’Emmanuel Macron n’est pas entré en campagne, il a gagné la primaire au centre avec Valérie Pécresse. Leurs deux courbes n’ont amorcé une symétrie qu’entre le début décembre et le début janvier, dans le mois qui a suivi le Congrès LR.  C’est la raison pour laquelle, malgré sa fragilité indéniable dans les sondages – 23/24% d’intentions de vote pour un président sortant, ce n’est pas fameux ( Giscard avait fait 28% en 1981, Mitterrand 34% en 1988, Nicolas Sarkozy 27%=Emmanuel Macron restera vraisemblablement au-dessus de 20% au terme du premier tour. 

En revanche, les courbes de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour, par leur symétrie, nous disent que la primaire de la droite n’est pas tranchée: 

La campagne avance, mais la quasi-symétrie de ces deux courbes reste toujours aussi nette. pic.twitter.com/1wAbCQeOXh

— Jean-Poll (@jp_datapolitics) February 8, 2022

Valérie Pécresse: "Sarko m'a tuer....!"

Marine Le Pen et Valérie Pécresse sont compagnes d’infortune. Elles subissent des défections. Cette semaine, c’est au tout de Valérie Pécresse de subir le ralliement d’Eric Woerth à Emmanuel Macron puis celui….de Nicolas Sarkozy. 

En fait, rien de très surprenant à la connivence entre la Sarkozie et la Macronie. Le dialogue entre les réseaux existe depuis l’élection d’Emmanuel Macron. C’est le cas, par exemple du réseau Descartes, qui regroupe un certain nombre d’anciens collaborateurs de Nicolas Sarkozy quand il fut ministre de l’Intérieur et du Budget qui fait passer des notes régulièrement – d’abord par l’intermédiaire de Gérard Collomb puis, aujourd’hui par Gérard Darmanin. Il y a bien entendu les relations complexes mais complices entre Nicolas Sarkozy et l’actuel président, que décrivent en détail Olivier Beaumont et Nathalie Schuck dans Chérie, j’ai rétréci la droite.  Mais la question est en fait structurelle: le sarkozysme s’est, depuis la fin de la campagne manquée de 2012, progressivement vidé de sa substance patriote – qui a fait de Nicolas Sarkozy le meilleur président depuis Georges Pompidou –  pour devenir une des variantes du néo-conservatisme à la française, au même titre que le giscardisme ou le chiraquisme. 

Alors Valérie Pécresse aura beau se plaindre du traitement que lui réserve Nicolas Sarkozy, elle subit: il y a quelques jours il se moquait de sa campagne; aujourd’hui 11 février il la reçoit sans rien lui promettre; dimanche 13 février il ne sera pas au meeting du Zenith. Et parallèlement, Eric Woerth, Nora Berra et d’autres récitent tous les mêmes éléments de langage: la droite LR serait à la fois ringarde et « radicale », incapable de penser à l’avenir et de faire exister la France au XXIè siècle.  

Ces contenus sont pathétiques mais ils disent une chose: (l’UMP puis) LR a perdu tout instinct de survie. Il est en train de se casser en deux. Emmanuel Macron, d’un côté, Eric Zemmour de l’autre vont se partager les dépouilles.  Et si Nicolas Sarkozy imagine profiter d’une possible cohabitation avec Emmanuel Macron – car La République En marche est faible, il se trompe: le peuple français est désireux de tourner la page. 

Pourquoi Eric Zemmour va gagner la primaire à droite avec Marine Le Pen

Les chiffres sont sans appel. Tandis que le parti d’Eric Zemmour se rapproche lentement mais sûrement des 100 000 adhérents, le Rassemblement National, d’après les chiffres que j’ai pu vérifier, compte aujourd’hui un peu plus de 23 000 adhérents. Même en tenant compte des adhérents 2021 qui n’ont pas renouvelé leur cotisation, on n’arrive pas à prêter plus de 30 000 adhérents au Rassemblement National. En 2012, pour la première candidature de Marine Le Pen, le parti comptait 40 000 adhérents, la candidate avait fait 17%. En 2017, meilleur score jamais obtenu par un candidat du Front National, avec 21%, le parti comptait un peu plus de 80 000 adhérents. Les fédérations manquent de colleurs d’affiche et de militants pour tracter sur les marchés. Les salles de meeting se remplissent mieux que celles de Valérie Pécresse mais beaucoup moins facilement que celles d’Eric Zemmour.  Le chiffre des adhésions indique une tendance: Marine Le Pen devrait faire moins de 15%. 

Si l’on regarde le regroupement que fait Jean-Poll des tendances politiques, ce qu’il appelle « extrême-droite » et qu’il est plus juste d’appeler « droite », représente un peu plus de 32%. Il s’agit essentiellement d’Eric Zemmour et de Marine Le Pen – leurs scores combinés s’élèvent à 30% environ, le reste étant partagé entre Nicolas dupont-Aignan et Florian Philippot. Ce que Jean-Poll qualifie de « droite », et qui est en fait « le centre », représente un peu moins de 16%. Il s’agit de Valérie Pécresse. Le « centre » de Jean-Poll est en fait le progressisme macronien. Il est à 24,5 points selon l’agrégation des sondages. Le déclin annoncé de Valérie Pécresse va permettre à Emmanuel Macron et Eric Zemmour d’élargir un peu leur assise. Il est cependant probable que les ralliements type Eric Woerth suivent le ralliement d’électeurs LR à Emmanuel Macron. Alors qu’Eric Zemmour pourrait profiter plus largement d’un ralliement de la mouvance Ciotti/Wauquiez. Ajoutons la possibilité d’un soutien de Marion Maréchal; qui permettrait de faire basculer définitivement des électeurs LR mais aussi RN. Et puis n’oublions pas les gaffes de Marine Le Pen comme celle consistant à expliquer que dans l »électorat de Zemmour il y a « des catholiques et des nazis » – qui lui aliène l’électorat catholique conservateur définitivement. 

Au total, les courbes d’Eric Zemmour et de Marine Le Pen sont aussi appelées à se croiser. Selon la qualité de la dernière partie de campagne du candidat, le rapport ira de 16/14 à 18/12. 

Le match à venir Macron-Zemmour sera plus serré qu'il n'y parait

Heureusement que #Zemmour veille sur nous ! 😂 pic.twitter.com/tcmc28KFc1

— 🇨🇵Valloo🇫🇷#ZemmourPrésident#UniondesDroites (@VallooValloo) February 11, 2022

C’est le dernier argument utilisé par les LR qui cherchent à défendre la candidate Pécresse: elle serait la mieux placée face à Emmanuel Macron au second tour (elle est à 46-54). Et Marine Le Pen fait aussi valoir de meilleurs sondages de second tour (44-56) qu’Eric Zemmour, pour l’instant à 36-64). 

Notons qu’Eric Zemmour est d’emblée au-dessus du score réalisé par Marine Le Pen au second tour de 2017 (34-66). Un autre sondage le donne même dans un rapport 39-41 . 

Cependant, est-ce la fin de l’histoire? 

  • quel sera l’effet d’une projection toujours plus fréquente d’Eric Zemmour au second tour? 
  • pour l’instant, les sondeurs perçoivent de mauvais reports des électeurs de Marine Le Pen vers Eric Zemmour au second tour. Mais cela pourrait changer dans le cas d’un soutien de Marion Maréchal à Eric Zemmour. 
  • Eric Zemmour ferait un bien meilleur débatteur que Valérie Pécresse ou Marine Le Pen face à Emmanuel Macron. 

Et puis il y a bien d’autres facteurs à prendre en compte. Quel sera l’effet des débats sur la politique sanitaire, dans les prochaines semaines, en particulier si les convois de la liberté arrivent à s’enraciner dans la société? 

Pour ma part je fais le pari que les faiblesses d’Emmanuel Macro, en partie camouflées par la mauvaise campagne de Valérie Pécresse, apparaîtront bien plus clairement au second tour. 

Imaginons qu’Eric Zemmour ne monte pas au-dessus de 41/42%,  l’effet  serait malgré tout saisissant pour la reconstruction d’une droite unie. On est sans aucun doute à la veille d’un grand bouleversement politique.


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